/news/faitesladifference

Je ne me reconnais pas dans le CF Montréal

Club de Foot Montréal, c’est oublier Bernier, Piatti, DiVaio, Biello.  

C’est oublier LE BUT de Cameron Porter à la 90e minute contre Pachuca au Stade olympique. C’est oublier le tour du chapeau de Didier Drogba à son premier match à Montréal. 

CF Montréal, c’est tourner le dos sur 27 ans d’histoire dans le simple but de faire oublier les performances décevantes du club sur le terrain. Sinon, pourquoi se défaire d’un nom bilingue, significatif, mémorable et apprécié de tous? 

Même phonétiquement, Impact crée un impact sonore, un nom fort et solide, court et imagé. 

Quand j’entends Impact, j’entends le cuir du soulier de soccer taper dans le ballon. J’entends une collision entre deux joueurs qui se donnent à fond. Quand j’entends Impact, j’entends un moment fort et marquant, qui fait tourner les têtes. Alors que Club de Foot Montréal, j’entends un Européen hautain me dire que notre club de foot ne gagnerait même pas un match de deuxième division en Europe. 

« Le soccer, c’est un nom très nord-américain, le football c’est un nom européen » - Kevin Gilmore 

Oui. Le soccer est un nom nord-américain. Montréal est une ville nord-américaine. Notre club joue dans une ligue nord- américaine. La MLS. La Major League Soccer. Pourquoi cette honte d’être une équipe nord-américaine? 

Aussi, pourquoi choisir consciemment de placer ce débat au coeur du nom du club? L’abréviation « foot » n’est pas un nouveau mot. C’est la même chose que dire football. Et, comme l’a dit le président du club, c’est un terme européen. 

Du coup, on parle du flocon?

La saison régulière de la MLS se joue de mars à octobre. 

Comme le Stade Saputo est à toit ouvert, les matchs à Montréal commencent souvent plus en avril. La majorité des matchs que jouera le CF Montréal seront dans le chaud, sans neige, sans tempête, mais surtout sans flocon. « Oui mais Montréal, c’est la neige! » dirait mon ami européen. Mais pas un Montréalais. 

Montréal, c’est le Festival de Jazz, c’est OSHEAGA, les terrasses, les parcs, les bars, les bons restos, l’ambiance festive, les 30 langues maternelles, pas JUSTE la neige. En plus, un flocon, ça ne fout rien. Quand la tempête arrive, le flocon n’est plus dans la conversation. Personne ne dit : dehors, c’est la tempête! Fais attention aux flocons! 

C’est beau à dire « ensemble nous devenons une tempête, une force de la nature », mais ce n’est pas ça sur le logo. Sur le logo, c’est un flocon. Un flocon fragile. Un flocon qui fond au soleil. Le même soleil sous lequel se déroule la grande majorité de la saison régulière. 

Et un snowflake, c’est effectivement une insulte. Un terme péjoratif qui se moque de la fragilité émotionnelle des générations Y et Z. 

Est-ce qu’on a oublié que les Montréalais déplorent le fait qu’au moindre impact, les joueurs de soccer tombent comme des... comme des flocons? 

Si on veut aller chercher des nouveaux partisans pour remplir les sièges, il faut prendre en considération pourquoi ils ne viennent pas en premier lieu. Et défaire les idées préconçues, pas les alimenter. 

« Go ahead insult us, underestimate us, see a snowflake as a weakness, fine. [...] Appelez-nous des flocons, ça va nous aider», dit le directeur de création, Justin Kingsley. 

La carte du underdog (le sous-estimé) marche quand on rit de nos défauts, mais être un snowflake, ce n’est pas un de nos défauts. On s’est donné ce défaut. On a donné cette insulte à nos adversaires. On s’est donné cet handicap. Et un handicap, dans les sports, on en donne aux joueurs qui sont trop forts, aux équipes trop dominantes, pas à l’équipe qui finit au 9e rang de sa conférence. 

A-t-on consulté les partisans?

Kevin Gilmore a répété à plusieurs reprises qu’ils avaient fait leurs recherches. Kingsley a dit qu’ils avaient consulté Statistiques Canada. Mais est-ce qu’on a consulté les partisans? Les amateurs de sport? Les détenteurs de billets de saison? Les Montréalais? 

J’ai travaillé pour l’Impact de Montréal. J’ai aussi été détenteur de billets de saison, et je ne me reconnais pas dans le Club de Foot Montréal. 

En deux ans de travail, l’équipe de Kevin Gilmore a créé un nouveau club, une nouvelle marque. Une belle nouvelle marque, mais ce n’est pas une évolution de l’Impact de Montréal. 

En laissant de côté l’héritage du onze montréalais, le Club de Foot Montréal s’est fortement compliqué la tâche. Avant d’aller chercher de nouveaux supporters pour remplir le stade, ils devront d’abord regagner le plus important, le cœur des partisans de l’Impact. 

Votre opinion
nous intéresse.

Vous avez une opinion à partager ? Un texte entre 300 et 600 mots que vous aimeriez nous soumettre ?