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Trop «gelé» pour commettre un meurtre

Les proches de Serge Shinck étaient nombreux à assister à la lecture du jugement, vendredi, au palais de justice de 
Salaberry-de-Valleyfield. Plusieurs portaient des masques faits à l’effigie de la victime et des manteaux à sa mémoire.

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Les proches de Serge Shinck étaient nombreux à assister à la lecture du jugement, vendredi, au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield. Plusieurs portaient des masques faits à l’effigie de la victime et des manteaux à sa mémoire.

Un toxicomane a été acquitté vendredi du meurtre prémédité de l’homme qui l’a hébergé à sa sortie de prison, car il était très intoxiqué lors du crime. 

Si Jonathan Lessard évite ainsi une peine automatique de détention à vie, il ne sera pas libre comme l’air pour autant.

La juge de la Cour supérieure Myriam Lachance a rejeté l’accusation la plus grave du Code criminel, mais elle a déclaré l’homme de 38 ans coupable d’un homicide involontaire.

Lors de son procès, qui s’est tenu avant les Fêtes, Lessard avait d’ailleurs reconnu être à l’origine de la mort de Serge Schinck.

Serge Schinck

Photo tirée de Facebook

Serge Schinck

Le criminel au lourd casier judiciaire maintenait toutefois qu’il était en psychose toxique lors du drame, et qu’il n’avait pas l’intention de tuer l’homme de 54 ans. 

Les faits remontent au 16 septembre 2017. Sorti de prison quatre jours plus tôt, Lessard n’avait ni logement ni argent.

Après un passage chez sa mère, il serait allé vivre dans le logement de M. Schinck, à Salaberry-de-Valleyfield, en Montérégie.

Coke, Meth et alcool  

Dans les heures ayant précédé le crime, Lessard a consommé cocaïne, méthamphétamines et alcool en grande quantité. 

Plusieurs témoins qui l’ont vu durant ses quelques jours de liberté ont noté qu’il tenait des propos incohérents, parlant notamment d’extraterrestres, de Jésus et d’archanges. Dans son délire, pour une raison qui demeure plutôt nébuleuse, il a frappé M. Schinck à la tête à au moins trois reprises avec une clé à tuyau.

Lessard a ensuite emmailloté le corps de la victime avec une couverture et un rideau de douche et s’en est débarrassé dans un secteur marécageux.

Sans nouvelles de son père, une des filles de M. Schinck a contacté la police le lendemain. Elle avait trouvé étrange que Lessard occupe le logement de son père, utilise son Jeep et porte ses vêtements.

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Disparu pendant deux jours  

Lessard a été arrêté le jour même, mais ce n’est que le 19 septembre que la dépouille de M. Schinck a été retrouvée. 

La Couronne, représentée par Mes Patrick Cardinal et Karim Ainmelk, prétendait que le tueur avait battu la victime à mort dans le but de s’approprier son domicile et ses biens, une explication que la juge Lachance n’a pas retenue.

« L’ensemble de la preuve ne me laisse aucun doute sur la forte intoxication de l’accusé. [...] Néanmoins, l’ensemble de la preuve révèle de façon manifeste des symptômes qui vont au-delà de la seule intoxication », a conclu la magistrate vendredi.

Lorsque le verdict d’homicide involontaire a été prononcé, des larmes sont montées aux yeux de Lessard, qui semblait on ne peut plus soulagé du dénouement.

Quant aux nombreux proches de la victime, ils sont sortis promptement de la salle d’audience, sous le choc, et ont refusé de s’adresser aux médias.

Mort à cause de la drogue  

« Quand on dit qu’il y a un lien entre la toxicomanie et la criminalité, peut-on avoir un meilleur exemple ? Il y a un homme qui est décédé qui n’aurait jamais dû mourir », a commenté Me Martin Latour, qui défend l’accusé avec Me Emmanuelle Rheault.

Jonathan Lessard demeure détenu en attendant sa sentence, qui sera débattue au printemps.