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Déforestation: le Québec et le Canada pourraient en faire plus

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Environ 80 millions d’hectares de forêts tropicales ont disparu de la surface de la Terre en 13 ans, soit l’équivalent de la moitié de la superficie du Québec. Si la déforestation est loin d’être aussi dramatique ici qu’en Amazonie, nos gouvernements ne sont pas pour autant irréprochables, plaident des militants écologistes.

«Il n’y a peut-être pas de déforestation, mais il y a de la dégradation. On gère mal nos forêts», a dénoncé en entrevue Olivier Kölmel, porte-parole de Greenpeace Canada.

M. Kölmel s’insurge entre autres que l’industrie forestière replante seulement des espèces d’arbres à potentiel commercial sur les sites où ont eu lieu les coupes.

Ainsi, à des endroits où poussait une grande diversité de végétation, on n’y trouve plus que de l’épinette, par exemple.

«Les forêts les moins diversifiées sont plus susceptibles d’épidémies d’insectes, de champignons, de feux de forêt», a relaté Henri Jacob de l’Action boréale.

L’industrie appelée à changer

Selon lui, il serait possible de moins exploiter la forêt québécoise, quitte à réaffecter les travailleurs vers la transformation.

«En ce moment, on ne fait qu’exploiter la matière première. Tout le bois qu’on exploite est envoyé aux États-Unis. Dans la transformation, les travailleurs seraient encore mieux payés», a avancé M. Jacob, qui assure qu’il n’est pas contre l’industrie forestière.

Il pense même que la surexploitation fait mal à l’industrie.

«Les compagnies ramassent chaque année le seuil fixé par le ministère de la Forêt, mais ce n’est pas tous ces arbres-là qui sont exploitables. Comme on exploite de plus en plus vite, les arbres n’ont pas le temps de pousser. En bas d’une certaine grandeur, les arbres ne sont pas rentables», a expliqué l’écologiste.

Une annonce qui déçoit

Henri Jacob se fait également du souci pour la biodiversité au Québec, notamment pour les populations de caribous en Abitibi et celles d’orignaux dans la Réserve faunique La Vérendrye.

Pour faire face à cet enjeu, le gouvernement Legault a annoncé en décembre que 17 % du territoire terrestre allait faire partie d’une aire protégée.

«On ne conteste pas le chiffre, mais 99,2 % de ce qui est protégé est au nord du 49e parallèle. Pour protéger la biodiversité, il faut que les aires protégées correspondent à des échantillons de tout le territoire. Sinon, c’est comme une couverture avec des trous dedans», a imagé M. Jacob.

Le fédéral complice du Brésil

Quoi qu’il en soit, ils reconnaissent que la forêt québécoise est entre de bonnes mains si on la compare à celle de Bornéo, en Asie-du-Sud-Est, ou à l’Amazonie, en Amérique du Sud.

D’après un rapport publié cette semaine par le Fonds mondial pour la nature (WWF), la planète a perdu 42 millions d’hectares de forêts entre 2004 et 2017 sur «les 24 fronts principaux de la déforestation».

Et encore, c’était avant l’élection au Brésil du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui a accéléré le processus de déforestation dans le pays.

Alarmé par ce carnage, Greenpeace Canada implore le gouvernement Trudeau à rompre les négociations en vue d’un accord de libre-échange avec le bloc commercial du Mercosur, dont fait partie le Brésil.

«La forêt est transformée en terres agricoles. Or, on sait en plus que cet accord vise justement à importer du bétail et du soja, notamment», a insisté le porte-parole Olivier Kölmel.

Le Rapport du WWF en bref:

- 43 millions d’hectares de forêts, soit la taille d’un pays comme l’Irak, ont été perdus sur les 24 fronts principaux de la déforestation dans le monde entre 2004 et 2017

- Sur ces 24 points chauds de la déforestation mondiale, neuf se trouvent en Amérique latine, huit en Afrique et sept en Asie-Pacifique

- Ils concentrent à eux seuls plus de moitié (52 %) de la déforestation tropicale mondiale

- Les zones les plus affectées sont l’Amazonie brésilienne et la région du Cerrado au Brésil, l’Amazonie bolivienne, le Paraguay, l’Argentine, Madagascar, et les îles de Sumatra et Bornéo en Indonésie et Malaisie.

- Près de la moitié (45 %) des forêts restantes dans ces 24 zones ont subi des dégradations ou des fragmentations, les rendant plus vulnérables, notamment aux incendies comme les mégafeux qui se sont multipliés ces dernières années

- La région brésilienne du Cerrado est, par exemple, principalement affectée par le développement de l’agriculture, avec une perte de trois millions d’hectares de forêts entre 2004 et 2017 et une disparition de plus de 30 % de sa surface forestière totale depuis l’an 2000

- Selon un rapport de l’ONU en septembre: la forêt a perdu presque 100 millions d’hectares sur la planète en deux décennies, tombant à 31,2 % (4,1 milliards d’hectares) de la surface terrestre en 2020, contre 31,5 % en 2010 et 31,9 % en 2000

*Avec l’AFP

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