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Comprendre l’univers des biotechs, à l’origine des premiers vaccins contre la COVID-19

L’américaine Moderna ou l’allemande BioNTech (associée à Pfizer)... Les «biotechs», lancées dans la course contre la COVID-19, font parler d’elles en sortant les premiers vaccins autorisés en Europe et aux États-Unis. Mais de quoi s’agit-il exactement? On fait le point sur le fonctionnement de ces jeunes pousses de la santé. 

Au cœur de l’innovation

Les biotechs sont, le plus souvent, de petites entreprises qui développent des médicaments innovants dans le domaine très large des biotechnologies, que ce soit l’immunothérapie, la thérapie du génome, l’oncologie... «Très souvent, ces sociétés sont créées à partir d’une technologie issue des laboratoires académiques», relève Maryvonne Hiance, présidente du fonds de dotation HealthTech For Care.

Ce mouvement date de quelques décennies déjà. Car le modèle traditionnel du grand laboratoire, qui développe en interne toute sa recherche, a vécu. «Toute l’innovation était concentrée auparavant dans de grands groupes. Mais la recherche est gourmande en capital. Pour développer un nouveau médicament, cela va de plus d’une centaine de millions d’euros jusqu’à 1,5 milliard d’euros», rappelle Hervé Ronin, associé spécialisé dans les sciences de la vie au cabinet Bryan, Garnier & Co.

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Pour se diversifier, les grands groupes ont donc externalisé la recherche, se concentrant sur quelques secteurs et piochant dans les innovations des start-up. En raison du besoin de diversité technologique, il n’est guère surprenant, finalement, que les premiers vaccins soient issus de ces sociétés, selon Franck Mouthon, président de l’association France Biotech.

D’ailleurs, ces dernières années, «plus des deux tiers des produits innovants enregistrés au niveau des autorités sanitaires américaines provenaient de la recherche et du développement de biotechs», explique-t-il. 

Un modèle économique à part

Concrètement, une biotech va devoir employer des dizaines de personnes, voire plus, et financer de coûteuses études cliniques, sans aucun produit à vendre avant plusieurs années. 

À partir du moment où un laboratoire de recherche académique a trouvé un concept, «il faut faire la preuve préclinique sur des modèles animaux, appuyée sur des outils d’intelligence artificielle, une étape qui peut prendre trois ou quatre ans», détaille Maryvonne Hiance.

S’ensuivent alors les phases un, deux et trois des essais cliniques [qui correspondent aux diverses étapes, de l’examen de l’innocuité du traitement chez un sujet sain jusqu’à son efficacité chez des patients]. En fonction des maladies, il faudra tester le médicament sur des milliers de patients, avec un coût, en moyenne, de 40 000 euros par personne, précise Mme Hiance.

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Pour y parvenir, les biotechs s’appuient principalement sur l’argent des fonds de capital-risque. Puis, «à partir de la phase deux, c’est là où les options s’ouvrent, et des partenariats dans de bonnes conditions économiques avec de grands laboratoires deviennent possibles», souligne Hervé Ronin.

Ces partenariats peuvent être réalisés via des licences sur certains produits, ou aller jusqu’à des acquisitions. Les grands groupes n’hésitent d’ailleurs pas à faire de gros chèques pour des candidats médicaments prometteurs.

«Plus récemment, des solutions intermédiaires ont émergé, avec des financements de la Communauté européenne ou de Bpifrance», ajoute M. Ronin. Enfin, les sociétés peuvent aussi opter pour l’introduction en bourse afin de lever des capitaux.

Un retard européen?

C’est notamment sur cet aspect que l’on observe le décalage entre les États-Unis et l’Europe, pointent du doigt les spécialistes du secteur. 

Souvent, des biotechs européennes vont en effet choisir de se faire coter sur le prestigieux Nasdaq américain, le marché boursier des valeurs technologiques.

«La population des investisseurs est tellement plus profonde aux États-Unis que cela en fait une place incontournable au niveau mondial», souligne M. Ronin.

Un processus compliqué, mais qui en vaut la peine, selon lui: «Là, comme pour le capital-risque, les fonds sont bien plus importants», dit-il.

Selon une étude de 2019 du cabinet de conseil McKinsey & Company sur les biotechs en Europe, celles-ci reçoivent même cinq fois moins de financements privés que leurs homologues américaines.

Plus largement, c’est tout l’écosystème qui est différent outre-Atlantique, soulignent les spécialistes. Avec «une forte mobilité de talents entre les groupes pharmaceutiques et les biotechs», remarque Franck Mouthon.

Enfin, regrette Mme Hiance, il n’y a pas en Europe assez d’analystes financiers spécialisés dans les sciences de la vie, même si les choses commencent à évoluer.

Cette dernière table d’ailleurs sur un changement de culture à l’aune de la pandémie. «Il y a une volonté de mettre de l’argent aussi bien au niveau européen qu’au niveau des gouvernements», se réjouit-elle.