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Nos enfants en détresse : «on ne sait plus trop comment les aider»

La santé mentale de nos enfants et nos adolescents a été mise à rude épreuve depuis le début de la pandémie, mais les ressources mises à leur disposition sont limitées, particulièrement dans le réseau public. Une situation «alarmante» qui pousse plusieurs professionnels à lever un drapeau rouge.

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«Il y a beaucoup d’enfants qui viennent nous voir pour des problèmes de santé mentale. Il y en avait déjà beaucoup, mais depuis la pandémie, le nombre a augmenté. Les enfants sont en détresse et leur famille aussi.»

C’est le constat implacable que fait la pédiatre d’expérience France De Villers. Dans son bureau, les cas en santé mentale ont explosé récemment.

«Quand j’ai commencé, environ 10 % des problèmes que je retrouvais au bureau étaient de nature psychologique ou psychosociale. Maintenant, on est aux alentours de 60 %, voire 70 %. C’est énorme», note-t-elle.

D’autant plus que le domaine de la pédiatrie se spécialise en santé physique et non en santé mentale.

«On est capable de donner de la médication, mais de la médication sans psychothérapie, ce n’est pas une solution à long terme, explique la Dre De Villers. On est à bout de ressources, on ne sait plus trop comment les aider.»

Manque criant de psychologues   

C’est justement ce manque de suivi par des psychologues qui inquiète le milieu de la santé mentale jeunesse. Lundi, 904 membres de la Coalition des psychologues du réseau public québécois ont signé une lettre concernant le manque de psychologues dans le réseau public.

«Malheureusement, le gouvernement ne fait rien pour prévenir l’extinction de cette profession et améliorer l’accès à la psychothérapie pour la population. Bien au contraire, tout suggère qu’ils considèrent les psychologues comme un luxe», peut-on lire dans la lettre.

La psychologue Karine Gauthier, qui a cofondé la coalition, rappelle que les suivis en psychothérapie sont souvent nécessaires.

«Surtout pour les enfants et les adolescents, on préfère vraiment avoir la psychothérapie. Si les enjeux sont vraiment de nature psychologique, la médication peut aider, mais elle a une limite», mentionne-t-elle.

Or, peu d’entre eux sont en mesure d’obtenir ce soutien à court terme.

Au niveau scolaire, le ratio est d’un psychologue pour plus de 2000 élèves. Dans les centres de services scolaires de Montréal, on parle d’un psychologue pour 2750 élèves.

«Les psychologues scolaires ne peuvent pas faire de psychothérapies. Ils font des évaluations, ils font des gestions de crise, mais ils n’ont pas le temps d’intervenir beaucoup auprès des jeunes», regrette Karine Gauthier.

«Les familles se retrouvent démunies, elles ne savent plus où aller, alors c’est pour ça qu’on les a beaucoup dans notre bureau», ajoute la Dre De Villers.

La pédiatre redirige ces patients à des centres psychosociaux où différents services de soutien psychologique sont offerts, mais là aussi, la demande excède les capacités humaines.

«Ces centres-là sont submergés d’appels. Les intervenants – travailleurs sociaux ou psychoéducateurs – font ce qu’ils peuvent pour aider les enfants, mais ça prend souvent l’intervention d’un psychologue et quand on ne l’a pas, le problème reste, s’amplifie et devient chronique», déplore Dre De Villers.

Certains parents qui en ont les moyens choisissent donc de se tourner vers le réseau privé, où les listes d’attente sont beaucoup plus courtes. Mais le réseau privé n’est pas en mesure de fournir le même niveau de multidisciplinarité, prévient la Dre Gauthier.

«Par exemple, si on parle de jeunes qui ont des troubles alimentaires, le psychologue au privé ne se sentira pas à l’aise d’être en solo pour faire ce type de suivi», indique-t-elle.

Selon les données gouvernementales, il pourrait manquer pas moins de 900 psychologues d’ici deux ans dans le réseau public, soit près du tiers des effectifs actuels.

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