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Psychologue : une profession en voie d’extinction dans le réseau public

En plus d’observer une augmentation de l’utilisation des antidépresseurs chez les Québécois pendant la pandémie (La Presse, 8 janvier 2021), on note une hausse des symptômes compatibles avec une dépression majeure ou un trouble d’anxiété généralisée dans les derniers mois.  

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Un jeune adulte sur deux est maintenant affligé par de tels symptômes. De plus, les idéations suicidaires sérieuses sont plus répandues et les homicides intrafamiliaux plus fréquents depuis la pandémie. Derrière ces chiffres d’une tristesse infinie se trouvent des gens qui souffrent, des gens qui ont souvent essayé plusieurs choses pour aller mieux par eux-mêmes, mais qui n’y arrivent tout simplement pas. Certains prennent leur courage à deux mains et demandent de l’aide psychologique, une aide essentielle à laquelle ils ont droit. Et que leur offre-t-on en retour? 

Un programme qui n’est pas adapté pour tous   

Le gouvernement a débuté l’implantation d’un programme qui s’appelle le PQPTM (Programme québécois pour les troubles mentaux). Il s’agit d’un programme par étapes dans lequel la plupart des gens se font initialement offrir des applications mobiles, des guides d’autosoins, des groupes de psychoéducation ou des services basés sur des manuels qui dictent ce qui devrait être abordé à chaque rencontre. 

Ce type d’intervention peut être utile pour des personnes qui ont un bon niveau de fonctionnement et dont les symptômes sont moins sévères, mais que se passera-t-il avec les autres? Que se passera-t-il avec ceux dont les problématiques chroniques, sévères ou multiples ne cadrent pas avec les « cases » diagnostiques très restrictives visées par les autosoins et les interventions manualisées? 

Que se passera-t-il avec les gens qui nécessitent une psychothérapie individuelle dès le départ? La plupart devront passer par plusieurs de ces étapes. Imaginez à quel point la souffrance risque d’augmenter chez ces personnes qui n’iront pas mieux après chacune de ces étapes! Ces personnes auront l’impression qu’elles ont échoué et que les services ne servent à rien. Leur souffrance s’en verra aggravée et risque de se chroniciser. 

Dans les autres pays qui ont instauré des programmes similaires, les patients abandonnent souvent leur suivi. Évidemment, cela fait bien paraître les listes d’attente! 

Des psychologues désertent la profession   

Au Québec, plusieurs psychologues ont donné leur démission à la suite de l’implantation de ce programme dans leur milieu de travail puisqu’ils n’étaient plus en mesure d’aider les gens comme ils devaient être aidés. Et malheureusement, plusieurs autres psychologues songent à emboîter le pas puisqu’on leur exige de terminer une psychothérapie, alors que la personne est encore en souffrance ou d’utiliser une approche spécifique ou des questionnaires qui ne correspondent pas aux besoins de l’individu. 

Alors que le gouvernement présente le PQPTM comme un programme visant l’amélioration de l’accessibilité aux services en santé mentale, il fait plutôt fuir certains professionnels qui ont une expertise pointue dans ce domaine et dont la population pourrait grandement bénéficier. Ainsi, le PQPTM diminue l’accès à la psychothérapie. 

Pénurie   

Bien évidemment, tous les professionnels habilités ont un rôle à jouer dans la gestion de la crise de santé mentale sans précédent que nous traversons collectivement; travailleuses sociales, psychoéducatrices, infirmières, médecins, intervenantes communautaires, etc. 

Toutefois, nous aimerions mettre fin à un phénomène bien documenté depuis plus d’une décennie: la pénurie artificielle de psychologues dans le réseau public. Alors que 75 % des finissants au doctorat en psychologie choisissent d’aller travailler dans le secteur privé directement après leurs études et que plusieurs psychologues quittent pour aller travailler dans le privé, le nombre de psychologues dans le réseau public diminue sans cesse. D’ici deux ans, il manquera presque le tiers des psychologues dans le réseau. À ce rythme, une extinction quasi complète de la profession est à prévoir dans un avenir rapproché. 

Plusieurs postes de psychologues sont affichés et restent vacants ou sont carrément remplacés par d’autres corps d’emploi. Chaque professionnel est important, mais chacun a un rôle distinct et la profession de psychologue devrait garder sa place au cœur du réseau public. 

Malheureusement, le gouvernement ne fait rien pour prévenir l’extinction de cette profession et améliorer l’accès à la psychothérapie pour la population. Bien au contraire, tout suggère qu’ils considèrent les psychologues comme un luxe. Après tout, à ses yeux, les gens souffrant d’une dépression majeure peuvent se traiter eux-mêmes en lisant un guide d’auto-soins... Un peu comme on assemble un meuble IKEA. 

Mentionner rapidement que la santé mentale est importante lors des conférences de presse, rendre des applications disponibles, donner des guides d’auto-soins, faire du dépistage pour orienter les gens vers des services avec une attente sans fin ou offrir de la « Mac Thérapie », sont loin d’être ce que les Québécois ont besoin quand ils cherchent de l’aide psychologique. Les Québécois méritent d’avoir accès à des traitements psychologiques adaptés à leurs besoins. 

Les services sociaux ne sont pas une ligne de montage où la variable de succès est la rapidité d’exécution ou la longueur des listes d’attente. La variable principale à considérer devrait être la santé psychologique de la population, et ce que la recherche nous dit présentement, c’est qu’elle se détériore... 

Des solutions existent    

  • Offrir un traitement basé sur l’état du patient plutôt que sur des objectifs de gestion ou des statistiques;    
  • Augmenter le nombre de psychologues dans le réseau public en leur offrant des conditions de travail adéquates;    
  • Exiger un meilleur ratio de psychologues par étudiants dans les écoles, les cégeps et les universités;    
  • Impliquer des psychologues au niveau de la santé publique pour que les débats futurs prennent réellement en ligne de compte la santé mentale dans l’élaboration des mesures d'aide à la population.       

904 signataires (206 psychologues/neuropsychologues; 698 médecins) membres de la Coalition des psychologues du réseau public québécois

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