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Quarantaines obligatoires... à peu près pas surveillées

Des Québécois qui reviennent d’un voyage à l’étranger sont peu impressionnés par les appels automatisés du gouvernement afin de s’assurer qu’ils respectent bien les règles de quarantaine.

« C’est un appel robotisé qui te pose quelques questions. Mais même si on m’appelait et que j’étais à l’épicerie, par exemple, je pourrais peser sur le 1 pour répondre que “oui”, je suis à la maison », raconte Diane Champagne, en quarantaine après un voyage en République dominicaine.

Depuis juillet, elle a fait trois voyages dans le Sud. Pendant ses quarantaines, jamais une « personne physique » n’a fait de vérification auprès d’elle, assure-t-elle.   

« Je n’ai jamais parlé à quelqu’un de vive voix. Comment peuvent-ils savoir si on sort de notre maison ? » se demande-t-elle.

Les voyageurs doivent également fournir quotidiennement certains renseignements après leur entrée au Canada via l’application ArriveCAN. 

L’application « n’utilise pas le GPS ni aucune autre technologie [...] pour suivre votre position », précise le site du gouvernement fédéral. 

« Je reçois une notification de l’application chaque matin et je produis un rapport sur mon état de santé. C’est une seule question à savoir si j’ai développé des symptômes [de la COVID-19]. Ça prend quelques secondes à remplir », explique Pierre-Alexandre Jamot, qui a visité ses parents vivant en France pendant le temps des Fêtes.

Pas stressant de mentir  

M. Jamot a reçu trois appels automatisés à des moments aléatoires pendant sa quarantaine, qui s’est terminée vendredi.

« Je me serais attendu à parler à quelqu’un au bout du fil. Les appels robotisés, ç’a ses limites. Les gens peuvent dire n’importe quoi. Mais s’il y avait quelqu’un au téléphone, ça serait plus stressant de mentir », estime celui qui assure avoir respecté sa quarantaine à la lettre.

Kristina Michaud, porte-parole du Bloc québécois en matière de sécurité publique, a le même écho de la part de voyageurs qu’elle a questionnés au sujet de la quarantaine. 

« Ils ont eu à remplir un questionnaire à l’aéroport, mais sans plus. Il passe plusieurs jours avant que les voyageurs reçoivent un appel. Et quand ils en reçoivent un, c’est un appel automatisé », relate-t-elle.

Plus de contrôle demandé   

La députée exhorte le gouvernement fédéral à assurer un suivi plus serré, notamment en envoyant des agents cogner aux portes des voyageurs de retour au pays ou en désignant des lieux de quarantaine dans des hôtels. 

« On peut aussi aller à la source du problème. [...] La solution, c’est que les gens ne voyagent pas quand ce n’est pas essentiel », insiste Mme Michaud. 

De son côté, Diane Champagne souhaite également plus de contrôle puisqu’elle craint que certains voyageurs ne respectent pas cette période d’isolement, qu’elle juge essentielle.   

« Je me sentirais rassurée si un inspecteur venait cogner à ma porte. Au moins, je saurais qu’on surveille un peu les gens », laisse-t-elle tomber.  

Peu d’interventions            

Interventions par les forces de l’ordre depuis l’entrée en vigueur en mars 2020 de l’obligation de s’isoler au retour d’un voyage       

-126 contraventions       

-8 infractions punissables par procédure sommaire       

-196 avertissements verbaux       

-22 avertissements écrits             

Source : Agence de santé publique du Canada (au 5 janvier 2021)

Un agent frontalier veut contribuer            

Un agent frontalier qui a vu sa charge de travail diminuer considérablement depuis mars se demande pourquoi il ne pourrait être appelé à vérifier que les voyageurs de retour au pays respectent leur quarantaine. 

« Je comprends que ce n’est pas dans nos tâches habituelles, mais il faut se rappeler qu’on n’est pas dans une situation normale. À une situation exceptionnelle, ça prend des mesures exceptionnelles », lance celui qui a requis l’anonymat par peur de représailles de son employeur. 

Selon lui, les agents frontaliers sont les mieux placés pour procéder à la vérification des voyageurs, notamment en allant cogner aux portes. 

« Je ne dis pas qu’on doit aller cogner à toutes les portes de tous les voyageurs. Mais si on en faisait un peu dans nos journées de travail, ça donnerait au moins l’impression [...] qu’il y a un certain contrôle », souligne le douanier. 

« On n’a rien à faire de nos journées. Il n’y a plus de vol touristique qui arrive à notre aéroport, donc, plusieurs agents sont payés à rien faire », poursuit-il.  

Pas fermé à l’idée          

De son côté, le Syndicat des douanes et de l’immigration ne ferme pas la porte à cette suggestion. 

« C’est quelque chose que le gouvernement [fédéral] aurait pu regarder. Je présume que ça prendrait de la formation. Et il ne faudrait pas que ça se fasse au détriment du travail qu’on a à faire », explique le président national, Jean-Pierre Fortin. 

Pour l’instant, le rôle des douaniers « se limite » à faire de la sensibilisation auprès des voyageurs et à les informer de l’obligation de respecter une quarantaine, précise Jean-Pierre Fortin.


Depuis le 22 décembre, seulement trois contraventions ont été remises à des voyageurs qui ne respectaient pas leur quarantaine, selon les plus récentes données de l’Agence de santé publique du Canada. L’agence reconnaît ne pas savoir si elle a un portrait complet de la situation puisque les forces de police locales ne sont pas tenues d’envoyer les informations.