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Des «Iglous» conçus pour les itinérants qui dorment dehors

Louis-Philippe Messier/24h

Dans l’espoir de prévenir des morts par hypothermie chez les itinérants qui couchent dehors malgré le couvre-feu, l’organisme CARE Montréal a importé de la République tchèque vingt abris imperméables isolants en mousse polyéthylène.

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« Notre objectif est de répondre aux besoins de gens qui ne peuvent pas être dans un centre, soit par manque de places, soit parce qu’ils vivent de la stigmatisation à l’intérieur des refuges, et qui préfèrent passer l’hiver dehors dans des cabanes de carton», explique Michel Monette, le directeur de l’organisme qui a dépensé 4000$ pour ces abris nouveau genre, soit un prix d’environ 200$ chacun, livraison comprise.

Imaginées en 2017 par un jeune ingénieur français basé en République tchèque qui les a baptisées «Iglous», même si leur forme rappelle plutôt une maison longue, ces «tentes» n’ont jamais été utilisées dans un contexte aussi rigoureux que l’hiver québécois, mais elles sont faciles à assembler, imperméables, elles ne sont pas sujettes à la combustion (elles fondent au lieu de brûler).

Les abris de polyéthylène Iglou sont relativement légers et faciles à transporter. Ici, Daniel Guillet, le directeur adjoint de l'organisme CARE Montréal, rapporte l'Iglou prêté à notre journaliste pour un essai. Ce type d'abri devrait bientôt être distribué aux itinérants.

Photo Louis-Philippe Messier/24h

Les abris de polyéthylène Iglou sont relativement légers et faciles à transporter. Ici, Daniel Guillet, le directeur adjoint de l'organisme CARE Montréal, rapporte l'Iglou prêté à notre journaliste pour un essai. Ce type d'abri devrait bientôt être distribué aux itinérants.

La température à l'intérieur des abris est augmentée de 15 à 20 degrés par rapport à la température extérieure. «S’il fait moins 15 dehors, il fait zéro à l’intérieur du modèle simple, et si tu rajoutes à cela les vêtements et les sacs de couchage, ça permet de se tenir minimalement au chaud», raconte M. Monette.

Quant au modèle double fait pour deux occupants, la température intérieure y atteint vingt degrés de plus que celle de l’extérieur, selon le fabricant. L’«Iglou» mesure sept pieds de longueur; les modèles simples et doubles ont respectivement 4 pieds et 5 pieds de largeur.

Campements cachés     

Depuis le démantèlement forcé des campements de fortune les plus visibles de Montréal le 8 décembre dernier et malgré l’interdiction de se trouver dehors après 20h depuis le 10 janvier, il y a toujours dans la métropole des «campeurs» et des bidonvilles dissimulés loin des regards.

Sur le bord de la piscine désormais vide de l'ex-YMCA d'Hochelaga-Maisonneuve converti en refuge pour itinérants, le directeur de CARE Montréal Michel Monette et son adjoint Daniel Guillet assemblent leur premier Iglou.

Photo Louis-Philippe Messier/24h

Sur le bord de la piscine désormais vide de l'ex-YMCA d'Hochelaga-Maisonneuve converti en refuge pour itinérants, le directeur de CARE Montréal Michel Monette et son adjoint Daniel Guillet assemblent leur premier Iglou.

«Lundi soir, il y avait un gars, sur la place Valois, à Hochelaga, qui refusait obstinément de se rendre à un refuge, alors le policier lui a alors dit d’aller dormir dans un endroit où personne ne le verrait», raconte un intervenant qui réclame l’anonymat.

«Je pense que les abris "Iglous" pourraient servir à ces cas extrêmes, surtout si les policiers participent et proposent eux-mêmes ce genre de solution aux itinérants complètement récalcitrants.»

Expérience     

En République tchèque, certains corps de police se font un devoir de proposer de ces «Iglous» aux itinérants lorsque l’automne arrive, selon Caroline Leblanc, de CARE Montréal, qui consacre en ce moment sa thèse de doctorat à cette catégorie d’itinérants récalcitrants aux refuges, à leurs raisons comme à leurs besoins.

«Je recense toutes les initiatives à l’intention de ces gens-là autour du monde et celle des "Iglous" en République tchèque m’a paru pertinente pour le Québec, alors j’en ai parlé à l’organisme CARE qui a décidé d’aller de l’avant. C’est vraiment une solution de dernier recours, mais ça peut faire la différence entre la vie est la mort dans certains cas.»

Les «Iglous» seront distribués au «cas par cas» par les intervenants de CARE Montréal au cours des prochains jours. Si la rétroaction des utilisateurs est encourageante, l’organisme s’en procurera une plus grande quantité. En Europe, ces abris de polystyrène isolant servent aussi dans les camps de demandeurs d'asile. 

LOUIS-PHILIPPE MESSIER/24 HEURES/AGENCE QMI

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