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Le contrôle exercé par Valérie Plante dérange

Photo d'archives Agence QMI, Joël Lemay

La mairesse de Montréal et son entourage n’hésitent pas à contrôler ce que disent et font leurs élus, allant jusqu’à retirer des publications des réseaux sociaux pour soigner l’image du parti. Une situation qui n’est pas étrangère aux récents départs de Projet Montréal. 

Le 17 décembre, la conseillère du Vieux-Rosemont­­, Christine Gosselin, est la troisième élue à quitter le navire en moins d’un mois. Elle dénonce alors l’« autoritarisme » de Valérie Plante. 

Au cours des dernières semaines, notre Bureau d’enquête s’est entretenu avec six élus et membres du personnel politique de Projet Montréal qui rapportent des situations similaires. Ils avaient quitté le parti ou l’ont quitté depuis. Quatre d’entre eux ont requis l’anonymat par crainte de représailles. 

Certains pointent l’« insécurité » de Valérie Plante par rapport à son image pour expliquer un contrôle accru de la part de son cabinet. 

« Ça se passerait beaucoup mieux si Valérie n’était pas constamment préoccupée par ce que les gens pensent d’elle sur les réseaux sociaux », affirme un ancien proche de la mairesse. Il souligne que la phrase : « Il faut protéger la mairesse » est souvent prononcée par des membres du cabinet. 

Contrôle sur les réseaux sociaux  

Le départ de Mme Gosselin a été précédé de celui du conseiller de Loyola, Christian Arseneault. Les deux font état d’un contrôle de ce qu’ils publiaient sur les réseaux sociaux. 

« La mairesse ne comprend pas que les élus doivent pouvoir exprimer leur désaccord et parler au nom de leur district », juge M. Arseneault. 

Le directeur des communications de la mairesse Plante, Youssef Amane, explique qu’il est « normal » que le cabinet exerce un certain contrôle, « comme cela se fait au niveau provincial et au fédéral avec le whip ». 

« On est là pour s’assurer que nos élus ne se mettent pas les pieds dans les plats, déclare M. Amane. C’est normal que parfois, des gens soient insatisfaits, mais il faut une solidarité quand une décision a été prise en caucus. » 

Mme Gosselin comprend qu’il faut serrer les rangs, mais déplore une surveillance « automatique » et « trop muselante ». 

« Ça peut être sur des choses qui ne sont pas en lien avec la politique municipale, comme des conflits internationaux, relate-t-elle. Il faut souvent choisir entre nos convictions et le silence. Ça ne va pas avec l’ADN de Projet Montréal. » 

Selon la professeure à l’UQAM spécialisée en politique municipale, Danielle Pilette, la structure politique montréalaise mène assurément à un contrôle qui vient du haut de la pyramide. 

« Avec tous les arrondissements, il y a un grand risque de partir dans toutes les directions et aucun parti ne peut se permettre ça », analyse Mme Pilette. 

Changement attendu  

Ces insatisfactions s’ajoutent à celles des dissensions internes à Projet Montréal rapportées par Radio-Canada et La Presse dans les derniers mois. 

Selon nos sources, certains préfèrent se taire, bien qu’ils soient mécontents. 

« Plusieurs élus espèrent après chaque départ [d’un membre du caucus] que ce sera la goutte qui fera déborder le vase. Il faut des changements assez drastiques, sinon c’est la fin pour cette administration », assure un militant de longue date.

Party controversé pour Duvernay-Tardif     

La mairesse Valérie Plante a publié des photos d’elle avec Laurent Duvernay-Tardif sur les réseaux sociaux.

Photo d'archives, Agence QMI

La mairesse Valérie Plante a publié des photos d’elle avec Laurent Duvernay-Tardif sur les réseaux sociaux.

En février 2020, la mairesse Valérie Plante a invité le footballeur chouchou des Québécois, Laurent Duvernay-Tardif, à venir célébrer sa conquête du Super Bowl au parc Jean-Drapeau. 

La fête de quelques heures pour le garde des Chiefs de Kansas City a coûté 22 000 $ à la Société du parc Jean-Drapeau, révèlent des factures obtenues par notre Bureau d’enquête. Cet organisme paramunicipal est en grande partie financé par les fonds publics de la Ville de Montréal.

La mairesse a ensuite publié des photos d’elle enlaçant le sportif sur ses réseaux sociaux. 

La mairesse Valérie Plante a publié des photos d’elle avec Laurent Duvernay-Tardif sur les réseaux sociaux, dont celle devant une réplique en glace du trophée Vince-Lombardi, remis aux champions du Super Bowl.

Capture d'écran Facebook

La mairesse Valérie Plante a publié des photos d’elle avec Laurent Duvernay-Tardif sur les réseaux sociaux, dont celle devant une réplique en glace du trophée Vince-Lombardi, remis aux champions du Super Bowl.

Certains chez Projet Montréal ont vu l’événement comme une opération ne servant qu’à mousser l’image de la mairesse.

« Il y a des dossiers importants qui traînent et on a mobilisé plusieurs hauts fonctionnaires pour trouver un lieu et dans quel budget on ferait passer ça », déplore une source. 

Selon Danielle Pilette, c’est logique que ce genre d’événements puisse heurter à Projet Montréal.

« Les militants croient aux valeurs historiques du parti d’équité et d’environnement. L’aspect show et le paraître, c’était plus dans l’âme de l’équipe [de l’ancien maire] Coderre. »

Le directeur des communications de la mairesse dit, pour sa part, ne pas avoir reçu de critiques à l’interne relativement à cet événement.

Elle pense beaucoup à son image     

Nos sources citent ces exemples qui illustrent le contrôle des élus et l’importance que la mairesse et son équipe accordent à ce qui est véhiculé sur les réseaux sociaux.


Écarté d’une commission pour un commentaire Facebook

En août dernier, le conseiller Christian Arseneault a perdu son poste à la Commission sur le Bureau de l’inspectrice générale, après avoir exprimé sur Facebook son désaccord sur la nomination d’une station du REM au nom de l’ancien premier ministre Bernard Landry. 

« J’ai reçu un appel de quelqu’un au cabinet et on m’a dit : “On s’attend à ta solidarité”, relate-t-il. J’ai demandé une rencontre avec la mairesse, que je n’ai jamais eue. » 

L’élu n’a pas aimé la façon dont il a été « muselé ». Il affirme que ce n’est pas cet événement qui l’a décidé à partir de Projet Montréal, mais plutôt un déséquilibre budgétaire récurrent envers son arrondissement.  

Selon Youssef Amane, M. Arseneault­­­ a refusé de se ranger derrière une position prise en caucus. Et c’est pourquoi « il y a eu des conséquences ».


Deux publications effacées

En juillet 2019, Christine Gosselin­­ a critiqué sur Facebook le président du comité exécutif, Benoit Dorais. Le Journal venait de révéler que celui-ci avait été interpellé à 171 km/h sur l’autoroute et que cette infraction n’était pas son premier excès de vitesse. 

« C’est un comportement à risque qui met en danger la vie des autres », a-t-elle écrit, reprochant à Valérie Plante d’avoir réitéré sa confiance en M. Dorais. 

Christine Gosselin Facebook

Capture d'écran Facebook

On a demandé prestement à Mme Gosselin de retirer sa publication.  

Cette histoire rappelle celle de l’ancien maire du Plateau, Luc Ferrandez, qui avait dû effacer en avril 2019 une publication à propos du climat commençant par « Fuck you nous autres ». Deux semaines plus tard, il quittait la politique.  

Le directeur des communications de la mairesse reconnaît avoir aussi demandé à « d’autres élus » de retirer des publications.  

PH-Facebook

Capture d'écran Facebook

« Si ça ne respecte pas la décision prise en caucus ou que ça peut nuire à un autre élu, [on demande de l’enlever], précise Youssef Amane. Et souvent, ils le font et il n’y a pas de conséquence. »