/news/law

Une nounou philippine se dit victime de trafic humain

Bloc justice

Photo d'archives, Fotolia

Une domestique philippine qui affirme avoir été exploitée et abusée pendant quatre ans par son employeur, à Montréal, vient d’intenter une poursuite civile de 1,64 million $ contre ce dernier, qu’elle accuse de trafic humain.

« Elle travaillait pratiquement tous les jours de 5 h à 22 h. Durant tout ce temps, elle n’a pas eu une journée de libre. Elle n’avait pas de chambre ou d’espace de rangement privé. Dans la résidence, elle devait rester debout ou s’asseoir par terre, elle n’avait pas le droit d’utiliser les fournitures », peut-on lire dans la poursuite civile déposée au palais de justice de Montréal.

La femme quadragénaire, qui n’est identifiée que par ses initiales en raison des abus – notamment sexuels – qu’elle dit avoir subis, explique dans le document de cour être originaire de l’Asie du Sud-Est. 

Et pour subvenir aux besoins de sa famille, elle avait été embauchée comme nounou à l’étranger. C’est là qu’elle a rencontré Alaa Ibrahim, l’employeur qu’elle poursuit maintenant.

Une vie dégradante  

Dans le document de cour, la femme explique avoir commencé à agir comme nounou aux Émirats arabes unis, où elle dit avoir été piètrement traitée. Puis, une fois au Canada, la situation ne se serait pas améliorée. Car même si elle était censée être payée autour de 1500 $ américains par mois, son employeur aurait conservé l’argent « à de multiples reprises ».

« Il a abusé de sa vulnérabilité pour l’assujettir à du travail forcé en tant que domestique, il l’a fait travailler des heures excessives, l’a dénuée de vie privée, a restreint sa liberté, indique la poursuite. Il l’a intimidée, menacée, isolée, retenu son salaire et l’a assujettie à des conditions de vie dégradantes et humiliantes. »

Et c’était sans compter les gestes de nature sexuelle dont elle dit avoir été victime « au moins deux fois par semaine ». Comme son visa de travail n’avait pas été renouvelé, elle avait peur de sortir par crainte de se faire arrêter. 

Ce n’est qu’en juillet 2019 que la femme dit avoir pu s’extirper des griffes de son employeur, grâce à un homme qu’elle a rencontré sur internet. Quand elle lui a expliqué la situation, cet homme lui aurait dit que cela n’avait aucun sens, et qu’elle devait appeler la police. 

« Il lui a expliqué qu’au Canada, la police aidait les gens, il a essayé de la rassurer », indique le document de cour.

De bons conseils  

Peu après, la femme suivait ces conseils et contactait la police de Montréal, indique le document de cour. Elle a intenté un recours où elle réclame 1,64 M$ pour ses salaires impayés, les dommages moraux « causés par le trafic humain et le travail forcé », ainsi que pour les dommages en raison des agressions sexuelles alléguées.

À moins d’une entente à l’amiable, l’affaire sera prochainement présentée à un juge. Il n’a pas été possible de joindre l’employeur, qui attend également la suite d’un procès pour agression sexuelle dans une autre affaire.

La femme vit maintenant en Montérégie.