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François Legault refuse d'exempter les itinérants, malgré la demande de Montréal

Le premier ministre François Legault a refusé mardi la demande de la mairesse de Montréal Valérie Plante, qui souhaitait que les itinérants soient exemptés du couvre-feu.

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«Je n’aime pas demander une permission spéciale, mais il n'en demeure pas moins que la situation à Montréal, elle est intenable», a dit Mme Plante mardi matin, deux jours à peine après le décès d'un itinérant dont le corps a été retrouvé dans une toilette chimique sur Le Plateau-Mont-Royal. Il s'était retrouvé à l'extérieur durant le couvre-feu.

«Ce que je demande au gouvernement du Québec, c’est de faire une exemption pour les personnes en situation d’itinérance concernant le couvre-feu. Je veux que les gens se sentent en sécurité à Montréal. Je ne veux pas exacerber cette fragilité, cette vulnérabilité qui est déjà présente», a soutenu la mairesse.

Pas d'exception 

La réponse est venue quelques heures plus tard lors d'une conférence de presse de M. Legault. Celui-ci a refusé la demande d'exemption, disant se fier au jugement des policiers.

«Moi j’ai très confiance en nos policiers. Je pense qu’ils font un travail extraordinaire et ils ne font pas exprès pour donner des contraventions à des itinérants», a-t-il dit.

«Il faut comprendre que si on mettait dans les règlements le fait qu’un itinérant ne peut pas recevoir de contravention, n’importe qui pourrait dire "moi, je suis un itinérant, donc vous n'avez pas le droit de me donner une contravention"», a soutenu M. Legault durant sa conférence de presse mardi.

«Il n’est pas envisagé d’offrir une exception aux personnes en situation d’itinérance concernant le couvre-feu», a confirmé Amélie Paquet, attachée de presse de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

Possible de vérifier 

Le constitutionnaliste Louis-Philippe Lampron s’insurge contre l’affirmation de François Legault. Selon lui, les policiers ont tous les pouvoirs pour vérifier si une personne est belle et bien itinérante. De plus, il existe déjà plusieurs exceptions au couvre-feu beaucoup plus difficiles à vérifier. «Je n’ai qu’à dire que je suis en situation d’urgence, que je vais voir un proche qui a eu un malaise, ou tout simplement que je vais m’acheter des médicaments à la pharmacie», a-t-il souligné.

«De dire qu’une exception trop complexe pour les itinérants, ça devient difficile à justifier quand on peut sortir une laisse à la main avec un chien. La gravité de l’atteinte aux droits est à géométrie variable avec le couvre-feu. Elle est gravissime pour les personnes en situation d’itinérance qui n’ont pas de résidence», a poursuivi M. Lampron.

Le décès de Raphaël André est un «drame qui aurait pu être évité» avec une exception pour les sans-abris. «Il s’est caché parce qu’il avait peur de recevoir une contravention», a ajouté le professeur de droit à l’Université Laval.

Les refuges débordent 

Il peut être difficile pour les personnes qui vivent dans la rue de trouver refuge passé 20 heures dans la métropole. Malgré un «nombre record» de lits pour les personnes itinérantes créés depuis la pandémie, il continue d'y avoir des débordements, a affirmé la mairesse mardi. La semaine dernière, les refuges étaient déjà à pleine capacité, selon elle. Une centaine de nouvelles places devraient s’ajouter prochainement aux quelque 1366 places existantes.

La mairesse s'est dite «profondément choquée» par le décès de Raphaël André, cet homme qui a été retrouvé mort dans une toilette chimique située près du refuge Open Door. La halte-chaleur était fermée la nuit.

La mairesse croit qu'une exemption n’encouragerait pas les gens à dormir dans la rue. Selon elle, une telle mesure faciliterait la vie non seulement aux sans-abris, mais aussi aux policiers.

Pas de nouvelles tentes 

L’organisme CARE Montréal a commandé une vingtaine d’abris offrant une protection contre les intempéries pour distribuer aux personnes itinérantes, au coût d'environ 200 $ chacun. L’administration Plante ne semble pas chaude à l’idée d’emboîter le pas.

«Il y a des gens qui donnaient des tentes aussi pendant l’été à des itinérants et ils le font de bon cœur, moi je ne juge pas. Mais il faut se poser la question : est-ce que c’est ça qu’on veut comme société aussi, qu’il y ait des gens qui dorment dehors? Moi, je privilégie un lit, des ressources», a commenté la mairesse de Montréal.

«Je sais qu’il y a toujours des gens qui vont toujours se dire "moi, je ne veux pas aller en refuge". Mais de là à encourager, à dire "on vous donne une tente", moi, je ne suis pas là», a-t-elle poursuivi.

Pour Benoît Langevin du parti d’opposition municipal Ensemble Montréal, le minimum consiste à offrir un toit plutôt que des tentes, d’autant plus «qu’on a plein d’espaces à Montréal qui sont vides, inoccupés, inutilisés».

Trop tard 

Bien qu’en accord avec la demande d’exemption, M. Langevin trouve que la mairesse prend la parole trop tard. «Pourquoi il a fallu attendre que quelqu’un meure avant de formellement adresser une demande à Québec publiquement?»

Si les travailleurs essentiels ont des documents leur permettant de circuler durant les heures du couvre-feu, ce n’est pas impossible de fournir des documents attestant qu’une personne fréquente un refuge par exemple, a suggéré M. Langevin.

- Avec Charles Lecavalier, Bureau parlementaire