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«Yé où Youri ?»

François Legault avait suscité l’hilarité, début septembre 2018, à Saint-Colomban, lors d’un point de presse électoral.

«Yé où Youri?», s’était écrié le chef de la CAQ avec son ton si particulier, alors que l’équipe s’apprêtait à prendre une photo de groupe.

La phrase était instantanément devenue une sorte de leitmotiv dans l’autobus des journalistes, qui aiment se détendre en imitant les politiciens qu’ils suivent pas à pas.

D’autant plus qu’à ce moment, depuis quelques jours, tout le monde sur la caravane se demandait justement où était le candidat caquiste dans Saint-Jérôme.

Ses positions défendues à l’époque où il était à l’Institut économique de Montréal (contre la gestion de l’offre en agriculture et sceptique face au marché du carbone, etc), compliquaient les points de presse économiques du chef, forcé d'expliquer que sur l’ensemble de ces positions, le candidat avait changé d'idée...

Traitement «Fitz» 

L’anecdote m’est revenue lorsque Radio-Canada nous a appris, pendant le temps des Fêtes, que M. Chassin se trouvait à l’étranger, tout comme le libéral Pierre Arcand (qui se trouvait, lui, à la Barbade).

Depuis que ce dernier a été puni par sa chef Dominique Anglade, (pertes des dossiers de porte-parole en matière de Transports et Métropole), plusieurs se demandent «Yé où Youri ?».

Qu’advient-il en effet du député de Saint-Jérôme? Il est un des seuls élus d'ici – voire le seul – à n’avoir subi aucune conséquence au fait d’avoir voyagé à l’étranger, en dépit de cette recommandation formelle des chefs de gouvernements et de partis de s’abstenir. En Alberta, en Ontario, au PLQ de Dominique Anglade, on a sévi. Pas à la CAQ. Et on ne semble pas près de le faire.

Pérou 

M. Chassin est rentré du Pérou le 9 janvier. Il termine donc sa quarantaine samedi. Dans les officines de la CAQ, on rappelle que le déplacement du député fut autorisé fin novembre par les hautes autorités du parti.

Ç’en n’était «pas un d’agrément», fait-on valoir, en écho aux entrevues accordées par M. Chassin fin décembre. Il s’agissait d’aller passer du temps avec son conjoint qu’il n’avait pas vu depuis longtemps. Un processus de parrainage est en cours pour faire immigrer l’homme au Québec.

Le voyage lui a-t-il permis de régler des choses en lien avec cette procédure? Était-il nécessaire d’y être en personne? Impossible d’avoir de précisions sur ce dossier personnel.

Les cas Chassin et Arcand ont ceci en commun: leur déplacement avait été autorisé. On comprend l’ancien chef par intérim d’être amer d’avoir perdu ses dossiers. Et le député de Saint-Jérôme de plaider pour ne pas être puni par ceux, précisément, qui lui ont permis de voyager.

En même temps, il faut comprendre la colère populaire: le gouvernement qui implore tout un chacun de respecter les règles, jour après jour, permet à un des leurs de l'enfreindre.

Mais, argue-t-on à la CAQ, aller voir son mari, c’est presque humanitaire. Rien de très convainquant pour les Québécois qui se privent depuis des mois de voir leurs proches, qui ont accepté des Fêtes austères... D’où les incessants «Yé où Youri ?».