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La gouverneure générale Julie Payette démissionne après un rapport cinglant

La gouverneure générale Julie Payette a remis sa démission, jeudi, alors qu’un rapport accablant sur le climat de travail toxique qu’elle a instauré venait d’être conclu.

 

«Pour le bien de notre pays, pour l'intégrité de ma fonction vice-royale et de nos institutions démocratiques, je suis arrivée à la conclusion qu’un nouveau gouverneur général devrait être nommé. Les Canadiens méritent la stabilité en ces temps incertains», a déclaré Mme Payette dans une déclaration officielle.

Elle y souligne qu’aucune plainte officielle ou grief officiel n'a été formulé, mais que «des tensions sont apparues à Rideau Hall au cours des derniers mois». «J'en suis désolée», écrit-elle.

Cette annonce survient après des mois de tourmente.

Dans la foulée d’une enquête coup de point de CBC, le Bureau du Conseil privé a lancé l'été dernier un «examen approfondi indépendant et impartial» quand des allégations de harcèlement au sein du bureau de la gouverneure générale ont fait surface.

Le rapport commandé à une firme externe a été remis au ministre des Affaires intergouvernementales et président du Conseil privé, Dominic LeBlanc.

L’ancienne astronaute Julie Payette aurait instauré un véritable climat de terreur dans son équipe, a rapporté CBC en juillet en se basant sur les propos d’une dizaine de sources anonymes.

Plusieurs ont qualifié leur lieu de travail de véritable «maison des horreurs».

La représentante de la reine au Canada aurait notamment crié après ses collaborateurs et les aurait humiliés publiquement. Conséquence de ces éclats, plusieurs membres de l'équipe du Bureau du secrétaire du gouverneur général (BSGG) auraient claqué la porte.

En début de soirée, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué que cette annonce était l'occasion d'insuffler un vent nouveau à la direction de Rideau Hall.

«Tous les employés du gouvernement du Canada ont le droit de travailler dans un milieu sain et sécuritaire, et nous prendrons toujours cette question très au sérieux», a-t-il évoqué par communiqué.

M Trudeau a par ailleurs fait savoir que c'est Richard Wagner, juge en chef du Canada, qui assurera les fonctions de gouverneur général de façon intérimaire jusqu'à la nomination d'un remplaçant.

L’histoire se répète     

Mme Payette a été nommée en 2017 par le premier ministre Justin Trudeau, peu après avoir quitté le Comité olympique canadien où deux enquêtes internes avaient été lancées concernant son comportement envers les employés et des allégations de harcèlement verbal.

L’année précédente, en 2016, elle avait reçu une indemnité de départ d'environ 200 000 $ après avoir démissionné du Centre des sciences de Montréal à la suite, encore une fois, de plaintes relatives à la façon dont elle traitait ses employés.

«Le Journal» a par ailleurs révélé en 2017 que l’ex-astronaute a été arrêtée et accusée d’agression en 2011 alors qu’elle vivait au Maryland, aux États-Unis.

Que se passe-t-il maintenant?     

Il n’était pas clair, jeudi, si le rapport sur le comportement de Mme Payette à Rideau Hall serait rendu public dans son entièreté ni à quel moment. Le «Globe and Mail» a toutefois rapporté que certaines conclusions pourraient être partagées dès cette semaine.

«La démission de Julie Payette démontre encore plus que le gouvernement doit rendre public immédiatement le rapport sur les conditions de travail à Rideau Hall. Maintenant, le poste vacant de gouverneur général est une belle occasion de remettre en question l’utilité d’une fonction dépassée et qui n’a pas sa place en démocratie», a déclaré le député bloquiste Rhéal Fortin.

Quel est son rôle ?     

Bien que protocolaire, la fonction du gouverneur général n’en est pas moins essentielle au bon fonctionnement de nos institutions.

C’est par exemple lui qui convoque, proroge et dissout le Parlement, ou encore qui signe des documents officiels, comme les décrets, pour assurer leur entrée en vigueur.

D’ici la nomination d’un successeur, un gouverneur général suppléant assurera l’intérim. La nomination d’un remplaçant pourrait intervenir dès les prochains jours.

- Avec Émilie Bergeron, Agence QMI