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Restaurer la rivière Bécancour coûtera cher

Les montagnes de résidus miniers amiantés empiètent par endroits directement sur la rivière Bécancour et la contaminent.

PHOTO COURTOISIE

Les montagnes de résidus miniers amiantés empiètent par endroits directement sur la rivière Bécancour et la contaminent.

Il coûterait au moins 2 M$ pour dépolluer en partie la rivière Bécancour à Thetford Mines. Et c’est sans compter les coûts pour sauver les lacs alimentés par la rivière qui se meurent. 

«Le portrait est désolant, c’est pathétique et horrible», dit l’ingénieur en hydrologie Miroslav Chum en parlant du réseau hydrographique de la région de Thetford Mines.

Ce dernier a été mandaté par l’Association de protection du lac à la Truite d’Irlande (APLTI) pour proposer des solutions afin de restaurer ce qu’il est encore possible de sauver de la rivière Bécancour. 

Cette rivière est bordée de haldes (montagnes) de résidus miniers d’amiante. «De toute évidence, depuis le début des activités minières de la région, les cours d’eau ont subi un apport de sédiments originaires de haldes», peut-on lire dans le rapport de l’ingénieur, dont Le Journal a obtenu une copie.

Photo courtoisie, Miroslav Chum, ingénieur en hydrologie

Prioritaire

En août dernier, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, dans son rapport d’enquête sur l’amiante, jugeait «prioritaire» la mise en place d’aménagements pour empêcher la contamination des écosystèmes aquatiques par les résidus miniers amiantés. 

À cela s’ajoute la contamination par les coliformes fécaux causés par des années de déversements d’eaux usées. Toute cette pollution se déverse ensuite dans les lacs où la rivière se jette. 

C’est le cas du lac à la Truite de la municipalité d’Irlande, qui est en train de se remplir de sédiments et de mourir comme nous l’écrivions dans notre dossier sur les pires lacs du Québec cet été. C’est aussi le cas pour le lac William à Saint-Ferdinand.

«Quand le lac à la Truite sera rempli, les sédiments vont aller plus loin, soit dans le lac William, explique M. Chum. Et là, ça va faire réagir, car la rive est très exploitée avec des résidences et des activités récréotouristiques.» De fait, le lac William a déjà commencé à se remplir.

Photo courtoisie, Miroslav Chum, ingénieur en hydrologie

Détourner la rivière

L’ingénieur a ainsi proposé différents scénarios de restauration dont les coûts varient de 1,6 à 1,8 M$. L’un d’eux impliquerait la construction d’un pont, dont le coût n’est pas inclus dans l’estimation. Il faudra aussi ajouter à cette facture les coûts stabilisation des haldes.

«Il y aura aussi les lacs à restaurer, donc ça coûtera beaucoup plus cher que ça. Et plus on attend, plus ça coûtera cher », souligne Réjean Vézina, président de l’APLTI.

Le projet proposé est de rediriger la rivière Bécancour pour la raccorder à l’ancien lac Noir, qui a été transformé en un puits d’exploitation de 400 mètres de profondeur.

À l’origine, la rivière Bécancour alimentait le lac Noir, mais elle a été détournée par la minière Lake Asbestos of Quebec dans les années 50 pour assécher et draguer le lac et y exploiter un gisement d’amiante. La mine est fermée depuis 2012.

Ce raccordement permettrait à la rivière de se décharger d’une partie de ses résidus miniers et de nutriments avant d’atteindre les lacs avoisinants.

Lac d’Amiante

Photo courtoisie, Miroslav Chum, ingénieur en hydrologie

Lac d’Amiante

Le puits, qui est aussi appelé «lac d’Amiante», agirait comme une sorte de «barrière tampon», explique le chercheur Olivier Jacques, qui étudie justement la santé de cinq plans d’eau du réseau de la rivière Bécancour.

Il croit toutefois qu’une étude d’impact environnemental devrait être réalisée préalablement pour s’assurer que l’eau du puits minier ne soit pas chargée en métaux toxiques et en fibres d’amiante.

«Ça a coûté presque 35 M$ dans les années 50 pour détourner la rivière, ils auraient pu prévoir de l’argent pour la restauration, déplore M. Vézina. Les compagnies se mettent plutôt en faillite et rien n’est fait.»

L’Association a remis l’analyse à la députée caquiste de la région, Isabelle Lecours. M. Vézina demande maintenant au gouvernement de financer le projet. Pour le moment, aucune rencontre entre la députée et le ministre de l’Environnement n’est prévue.

La députée explique plutôt qu’elle rencontrera prochainement l’association pour discuter du rapport.