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Annuler la réussite

Monsieur Jean-François Roberge, Madame Danielle McCann, 

Mon fils est en 5e secondaire et il a la « malchance » d’être un élève qui réussit et qui vise l’excellence. Il a apporté sa contribution à la société en étant aide-préposé aux bénéficiaires d’un CHSLD cet été et tuteur pour élèves en difficultés dès le mois de novembre. Ses rêves tombent les uns après les autres, mais il s’accroche. Plus d’expo-sciences, plus de hockey, mais il lui reste l’école et les amis qu’il ne voit qu’en classe. 

Il ira au cégep l’an prochain avec le désir de réussir. Savez-vous quoi ? Il n’est pas le seul ! Il y a des centaines d’élèves comme lui. 

Votre décision d’annuler les examens du ministère vient tout chambouler sous prétexte que ça enlèvera du stress aux élèves... mais voyons ça de plus près. 

En temps normal, les élèves ont trois bulletins. Dès le mois de novembre, on sait si ça va bien ou non. Et puis, à la fin, ils ont les examens du ministère qui comptent aussi pour leur note finale. 

Le fait d’avoir diminué les exigences à deux bulletins a bien sûr réduit le stress des professeurs. Mais avec seulement deux bulletins, dont le deuxième sera pondéré à la hausse, n’est-il pas vrai qu’on ne fait que reporter le problème ? Les retards pris de mars à juin étaient prévisibles, et des mesures de rattrapage auraient dû être mises en place dès l’été.

Les examens du ministère sont importants 

Monsieur le ministre de l’Éducation, les examens du ministère auraient constitué pourtant un moyen d’évaluer les impacts de l’enseignement en contexte de pandémie et de faire un diagnostic par établissement pour ensuite mettre en place des dispositifs d’accompagnement dans les établissements ciblés.

Madame McCann, avez-vous été consultée pour la décision d’annuler les examens ministériels ? Une cohorte complète n’aura pas eu d’examens du ministère ni en 4e secondaire ni en 5e secondaire. Cela fera en sorte de bousiller les efforts qui ont été mis en place pour le calcul de la fameuse cote R permettant d’uniformiser de façon égalitaire l’ensemble des étudiants du cégep afin de se préparer à l’admission dans les universités.

Un 80 % donné par l’école A où les exigences sont moins élevées n’a pas nécessairement la même valeur qu’à l’école B où les exigences dépassent celles prescrites par le programme. Qu’allez-vous faire pour corriger les flagrantes iniquités qui seront créées pour ceux qui visent l’excellence ? 

Niveler par le bas 

Quel message le gouvernement envoie-t-il à nos jeunes ? Que peu importe l’effort fourni, la société a choisi de niveler par le bas. N’aurait-il pas été plus utile d’exiger la passation des examens du ministère et donner les outils à ceux qui éprouvent des difficultés ? Par exemple, vous auriez pu permettre à ceux qui n’aspirent pas à aller au cégep et à l’université une exemption de passer les examens. Pour les autres qui se dirigent vers les études supérieures, les examens auraient pour effet une uniformisation et une équité pour l’ensemble des élèves du Québec pour qui la cote R est importante dans les admissions de programmes contingentés. 

La société a fait le choix d’enseigner aux adultes en devenir que, dès qu’on a une épreuve, il faut capituler et rendre les armes plutôt que de faire face à l’adversité, se fixer des buts et tout faire pour les atteindre.  

La vie n’a jamais été facile et ne le sera jamais. Donnons aux jeunes des outils pour y faire face plutôt que leur montrer l’art de se mettre la tête dans le sable. Autrement, un jour ou l’autre, ils finiront par frapper un mur.   

Helene Sauvageau
Bachelière en architecture, travailleur autonome et maman de trois garçons
Drummondville

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