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Évitons de faire du «sous-Biden»

Quand l’économie des États-Unis attrape la grippe, celles du Québec et du Canada éternuent.

En politique, des phénomènes similaires s’observent aussi.

«L’espoir»

Lorsque la campagne électorale québécoise a été lancée en 2008, nous étions au lendemain de la victoire, chez nos voisins du sud, de Barack Obama.

Tous les chefs de partis au Québec (Charest, Marois, Dumont et le tandem David-Khadir) avaient évidemment tenté de récupérer le thème de l’«espoir» pour le transposer chez nous. On ne peut certainement pas leur reprocher. C’est là un sentiment puissant. Et l’élection d’Obama était historique.

Mais il faut bien l’avouer, ils avaient tous fait du «sous-Obama». Jean Charest allant jusqu'à ajouter un «OUI» obamien au bout de son slogan: «L'économie d'abord, OUI!»

Sous-Biden

Hier, c’est François Legault qui a tenté de récupérer le thème central de l'ancien VP et nouveau président américain, Joe Biden: l’unité.

On le comprend d’insister sur cette idée. L’assaut meurtrier des trumpistes, suprémacistes et autres complotistes sur le Capitole à Washington était l’aboutissement de réelles «divisions» malsaines, entretenues par des gens déconnectés de la réalité et, ou, de mauvaise foi; cultivant des mensonges de manière éhontée. «Pendez Mike Pence!», scandaient-ils.

Certes, des phénomènes de divisions malsaines existent aussi dans notre démocratie et ont des causes similaires: les théories du complot, nourries par les médias sociaux.

(Moi par exemple, je ne suis qu’un gérant d’estrade et il m’arrive d’être pris à partie de manière totalement excessive. L’autre jour, un agité sur Twitter m'écrivit que je méritais d'être accusé de «crimes contre l’humanité». Rien que ça?)

J'imagine ce que nos décideurs doivent endurer, en premier lieu les chefs de gouvernement. D’ailleurs, de plus en plus d'élus, dont François Legault, portent plainte contre des écervelés qui les ont menacés de mort.

M. Legault a donc raison de nous prévenir contre ce type de «division» toxique.

L’ennui, c’est qu’il l’a fait hier en parlant d’une question particulière - l’application du couvre-feu aux itinérants- et en pointant du doigt ces critiques comme s’ils appartenaient à des groupes haineux qui disjonctent.

Saines divisions

Toute société démocratique est «divisée». Il faut même y cultiver les saines «divisions»: entre partis, entre courants de pensée.

«Dans cette pièce, à certains moments, il arrivera que les journalistes et la présidence ne verront pas les choses du même œil», a souligné Jen Psaki, porte-parole de Biden, lors de son premier breffage, hier. «Mais cela est normal en démocratie.»

M. Legault est conscient de cela. Mais ébranlé par les critiques face à son refus net - et exprimé malhabilement mardi- d’exempter les itinérants du couvre-feu, critiques qui viennent notamment de la mairesse de Montréal Valérie Plante et du ministre fédéral Mark Miller, il a pensé récupérer le thème central du nouveau président américain, l’«unité».

Or, bien que nous observions chez nous certains phénomènes inquiétants, nous n’émergeons pas, comme aux États-Unis, d’une période trumpiste délirante.

Et bien que dures, les critiques à l’endroit du gouvernement ne justifiaient aucunement son appel à «l’unité» d’hier, qui ne cherchaient qu'à faire taire les critiques.

C’était, en somme, du sous-Biden.