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«J’ai réalisé à quel point je suis chanceux» - Sylvain Marcel

Photo : Dominic Gouin / TVA Pub

Durant notre entretien, Sylvain Marcel se surprend à révéler un fait récent qu’il voulait garder pour lui. L’été dernier, tandis que le gouvernement Legault lançait un appel à tous pour pallier le manque de personnel dans les CHSLD, le comédien relevait ses manches et mettait l’épaule à la roue. Durant deux mois, il a fait du bien. Il en sort grandi.

«Je ne voulais pas en parler pour ne pas donner l’impression que je me faisais de la publicité avec ça, commence-t-il par dire. Si je le fais, c’est pour rendre hommage aux gens qui travaillent dans le domaine de la santé et qui sont dévoués à tous ces bénéficiaires qui pourraient être nos parents.»

En zone rouge

En avril dernier, le comédien devait tourner dans la deuxième saison de la série «Les Honorables», mais les contraintes sanitaires en ont décidé autrement. «Ç’a été reporté à l’automne, puis Patrick (Huard) a commencé “La tour”, et c’était devenu impossible. Je n’avais pas grand-chose devant moi, alors j’ai donné mon nom à Je contribue. Je ne pensais même pas avoir de réponse mais, deux jours plus tard, on m’appelait. La demande est tellement forte!»

S’il a fait cette démarche, c’est autant pour lui que pour les autres. «Après un mois à ne rien faire à la maison, soit je faisais une dépression, soit j’allais aider du monde. Psychologiquement, ça m’a fait un bien fou.»

Sylvain, rappelons-le, a été préposé aux bénéficiaires durant 10 ans avant de se consacrer exclusivement à son métier de comédien. Il savait donc dans quoi il s’embarquait. «Je suis allé donner un coup de main au CHSLD de Rosemère. J’étais officiellement aide de service, mais j’ai surtout pris soin des personnes âgées. J’étais dans une zone rouge. C’était difficile pour les usagers, parce qu’ils étaient enfermés dans leur chambre sans pouvoir en sortir.»

En juin et juillet, il a donc renoué avec une réalité qu’il connaissait déjà. Aujourd’hui, plus que jamais, il est admiratif devant le travail du personnel. Il se dit ému d’en parler. «Ça m’a donné une belle leçon d’humilité, parce que ces gens-là travaillent fort sans bon sens. Ils sont sous-payés, et j’espère que le gouvernement va tenir sa promesse de mieux les rémunérer. Ce sont des anges gardiens. Ils s’occupent des gens du troisième âge d’une façon extraordinaire. J’ai réalisé à quel point je suis chanceux d’avoir mon travail d’acteur. C’est vraiment facile à faire en comparaison de ce qu’ils font.»

Ce travail, Sylvain l’a accompli dans le plus strict anonymat et n’en a parlé à personne jusqu’à aujourd’hui. Il a trouvé l’expérience à ce point enrichissante qu’elle lui fait dire: «Je m’ennuie encore des personnes dont je m’occupais. Hier, je suis passé devant le CHSLD et ça m’a fait un pincement au cœur. Je n’ai pas donné ma démission. Si, en raison de la pandémie, mes tournages sont annulés, il est fort probable que j’y retourne pour donner un coup de main.»

En attendant «Aline»

Les tournages auxquels il réfère sont ceux de la série «L’Échappée», dans laquelle il incarne Thomas Bourgoin, le nouveau directeur du centre. «Au début, j’étais un peu nerveux, parce que j’entrais dans une gang qui se connaît depuis cinq ans. En plus, la première scène que je tournais était un long monologue. C’était stressant.»

Il a eu tôt fait de se sentir à l’aise. Si le comédien a pu accepter ce rôle, c’est en raison des impondérables de la crise sanitaire. Parce que l’automne dernier, outre le tournage des «Honorables», il devait se rendre en France afin d’assister à la première parisienne du film «Aline», en plus d’en assurer la promotion.

Bien sûr, la sortie n’a pas encore eu lieu, tant là-bas qu’ici. «Je devais m’y rendre en novembre dernier. C’est reporté en février prochain, mais on peut s’attendre à ce que ce soit encore décalé», déplore-t-il, résigné.

Au moment où nous mettions sous presse, nous avons appris que la sortie du film était finalement reportée au mois de novembre prochain. «Aline», on le sait, est une comédie dramatique réalisée par Valérie Lemercier, qui défend aussi le rôle-titre. Une histoire inspirée de celle de Céline Dion, dans laquelle Sylvain trouve sa place dans le personnage de Guy-Claude, son gérant et mari.

«Qu’on aime ou pas Céline, les gens vont adorer, croit-il. C’est un “feel-good movie”. Lemercier est extraordinaire! En France, la rumeur est excellente, et on dit que c’est le prochain “Les intouchables”. Là-bas, ça s’annonce comme un succès retentissant.» Sorti en 2011, «Les intouchables» détient le record du plus grand succès au box-office pour un film tourné dans une autre langue que l’anglais.

Sylvain est d’autant plus déçu du report de la première d’«Aline» qu’il fonde des espoirs pour la suite: «Ça peut m’ouvrir des portes pour travailler à l’international. J’espère qu’ils vont être patients et le sortir quand tous pourront le voir.»

Ces aléas mis de côté, il conserve d’excellents souvenirs du tournage. Il en parle comme s’il rêvait tout éveillé. «J’ai passé deux mois à Paris, avec un “appart” à moi. Mon chauffeur venait me chercher pour aller tourner en banlieue de Paris. La fin de semaine, je disposais d’une voiture. J’ai joué au golf en mars, ce que je n’ai jamais fait ici. En plus, j’étais payé pour faire la chose que j’aime le plus au monde. J’étais devenu un Parisien avec mes habitudes.»

Comme une cerise sur le sundae, sa blonde, Geneviève, est allée le rejoindre à deux reprises. «C’était le paradis!»

Enfin, une fille!

Amoureux de Geneviève depuis deux ans, l’homme de 56 ans est père de quatre garçons et, jusqu’au 13 septembre dernier, était grand-père de trois petits-fils. Le lendemain naissait — enfin! — une petite-fille dans la famille, Marylie.

Tout en s’en réjouissant, il ne peut réprimer un élan de tristesse. «Je ne l’ai jamais prise dans mes bras. Aux Fêtes, quand on est allés porter les cadeaux aux enfants, je l’ai vue, mais de loin. On n’est même pas entrés dans la maison...»

Lors de sa récente participation à l’émission «Bijoux de famille», à TVA, il a livré un numéro sur la famille. «Le “stand-up” n’est pas mon métier, alors j’ai travaillé fort. J’étais nerveux à l’enregistrement, mais ç’a bien été. Je parle de la famille et du fait que je n’ai jamais eu de fille. Je l’ai enregistré juste avant la naissance de Marylie.»

Bien que la famille de Sylvain Marcel soit nombreuse, les Fêtes ne sont plus ce qu’elles étaient, et la crise sanitaire s’est posée en obstacle. «J’ai passé les miennes avec mon plus jeune, Mathis, ma blonde et son fils, Manuel.»

Dans son enfance, et pendant presque 40 ans, c’était autre chose! «Ma grand-mère maternelle a eu 14 enfants. On avait de très, très gros partys de famille. Parfois, on était près de 150 dans une salle louée pour faire la fête. Quand tu voulais présenter ta blonde, ça prenait une heure pour faire le tour de la parenté! Aujourd’hui, j’aime que ce soit plus intime.»

Boucler la boucle

L’été dernier, Sylvain retournait aux sources en renouant avec le métier de préposé aux bénéficiaires. Comme pour boucler une boucle, il retrouve ces jours-ci le théâtre Harpagon, où il a fait ses débuts comme comédien. «J’y ai commencé avec mon chum Claude Paiement. Avec la pandémie, on a décidé de reprendre ça. On fait du théâtre virtuel en ligne.»

Ainsi, via le web, on peut assister à la pièce humoristique «Virus et Versa». «Ça se passe en direct. Claude Paiement a écrit les textes, et je joue avec Frédéric Desager. Nos personnages sont deux gars qui se rencontrent sur Internet pendant la pandémie et qui essaient de se rejoindre. Ça dure une demi-heure et ensuite, on répond en direct aux questions des spectateurs. Et ce n’est vraiment pas cher!»

On peut en avoir un avant-goût en consultant la page Facebook du théâtre Harpagon.

Oui, la vie et la carrière de Sylvain Marcel se portent très bien, merci. Et il est pleinement conscient de compter parmi les privilégiés. «J’ai des amis comédiens qui souffrent énormément de la pandémie. Je suis gâté pourri.»

«L’Échappée» est diffusée le lundi à 20h et «Bijoux de famille», le dimanche à 20 h, à TVA. Les places pour la pièce «Virus et Versa», présentée par le théâtre Harpagon, sont en vente sur lepointdevente.com.