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Rassemblements: trois interventions en moins de 24 h dans des synagogues d’Outremont

Les policiers du Service de police de Montréal (SPVM) ont mis fin samedi matin à deux autres rassemblements ayant réuni plusieurs dizaines de personnes dans des synagogues de l’arrondissement d’Outremont, portant à trois le nombre de leurs sorties dans ce secteur de la métropole en moins de 24 h.

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Deux arrestations ont été effectuées et 66 personnes s’exposent à un constat d’infraction après que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) eut analysé leur dossier. Les responsables des lieux pourraient aussi écoper d’une amende.

CAPTURE D'ÉCRAN, TVA NOUVELLES

La première des deux interventions de samedi matin a eu lieu dans un lieu de culte situé à l’angle des rues Hutchison et Saint-Viateur.

Un membre de la communauté religieuse rencontré par TVA Nouvelles a expliqué que les règles entourant les rassemblements religieux ne seraient «pas claires». Il croyait que le maximum de 10 personnes rassemblées dans un lieu de culte pouvait s’appliquer pour chaque pièce munie d’une porte donnant sur l’extérieur, selon ses dires.

«Il y a eu un malentendu quant à savoir si c’était par pièce ou pour le bâtiment [la règle de 10 personnes maximum]. Ils ne l’ont pas dit. La dernière fois, c’était 25 personnes par pièce si elles sont séparées. Ce n’était pas clair. Ils sont venus vendredi pendant le shabbat, alors ce n’était pas clair», a dit un porte-parole de la communauté hassidique.

L’appel pour signaler ce premier rassemblement illégal de samedi a été fait vers 9 h 30.

«On a constaté sur place qu’il y avait plus de 10 personnes. On a donc fait un rapport d'infraction général pour 17 personnes, ce qui sera soumis au DPCP et exposant les contrevenants aux mêmes conséquences qu’un constat d’infraction», a relaté à l’Agence QMI l’agente Véronique Comtois, porte-parole du SPVM.

Deux arrestations 

Une première personne a été arrêtée sur place pour entrave au travail des policiers. Des images de TVA Nouvelles ont montré ce membre de la communauté juive orthodoxe se faisant escorter à l’extérieur, les mains menottées derrière le dos.

Puis, vers 11 h 45, les policiers ont dû se rendre à nouveau à la synagogue où ils étaient intervenus vendredi soir, soit au coin des rues Durocher et Lajoie. Il s’agissait alors du troisième déploiement policier en moins d’une journée pour non-respect des mesures sanitaires édictées par le gouvernement du Québec.

Selon le SPVM, beaucoup de gens étaient massés à l'extérieur, mais il ne s’agissait pas d’un rassemblement organisé. Les gens se sont rapidement dispersés.

En revanche, plus de 10 personnes – la limite pour tout rassemblement religieux selon le décret gouvernemental – se trouvaient à l’intérieur de la synagogue. Encore là, un mandat d’infraction général a été rédigé, cette fois pour 14 contrevenants qui s’exposent à un constat d’infraction à la suite d’une décision du DPCP.

Vendredi soir, au même endroit, ce sont 35 contrevenants qui ont fait l’objet d’un rapport d’infraction général qui sera soumis encore là au DPCP.

C’est à cet endroit qu’est survenue la deuxième arrestation, cette fois après qu’un caméraman de TVA Nouvelles qui prenait des images eut été menacé. Un homme de 44 ans a été arrêté après avoir dit au caméraman qu’il pourrait avoir de sérieux problèmes («you’re gonna be dead meat»).

«Le suspect s’est approché et a proféré des menaces, il été arrêté», a dit l’agente Comtois.

Inacceptable, selon le maire d'Outremont 

Le maire de l’arrondissement d’Outremont, Philipe Tomlinson, a réagi à toutes ces interventions du SPVM, notamment celle de vendredi soir dans une synagogue au coin de la rue Durocher et de l’avenue Lajoie.

«Concernant l'événement d'hier soir dans une synagogue à Outremont, je trouve déplorable que presque un an après le début de la pandémie, il demeure toujours des petits groupes qui ne comprennent pas les impacts d'aller à l'encontre des directives de santé publique, écrit-il dans un message sur Facebook. Toutes et tous doivent respecter les règles et le SPVM est là pour les faire appliquer. C'est pour assurer la santé de toutes et tous.»

Des policiers ont par ailleurs été bousculés vendredi soir par des gens qui quittaient la synagogue. Quatre policiers ont été victimes de voies de fait, mais aucun agent ou citoyen n’a été blessé pendant l’intervention, a indiqué le SPVM.

«La comparaison au régime nazi, évoquée par certains hier soir, est inacceptable et doit être dénoncée, poursuit M. Tomlinson sur Facebook. Les lieux de culte ont la permission d'accueillir jusqu'à 10 personnes. C'est aux dirigeants d'assurer le respect de ce maximum. De plus, les interventions physiques envers les policiers sont tout aussi intolérables.»

Le maire Tomlinson dit comprendre que le travail des policiers est «difficile en ce moment».

«Mais ils doivent justement faire appliquer le décret, c'est une question de santé publique. Nous devons toutes et tous, sans exception, nous serrer les coudes pour arriver au bout de ce virus. En espérant que les fautifs comprendront qu'ils ont, eux aussi, un rôle important à jouer», a-t-il ajouté.

«Les règles sont les mêmes pour tous» 

Appelé à réagir, le cabinet de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a rappelé que «les règles sont les mêmes pour tous».

«Ce n'est pas le temps de se rassembler. La situation est toujours fragile dans nos hôpitaux et agir de la sorte est inacceptable en ce moment», a indiqué à TVA Nouvelles l'attaché de presse de Mme Guilbault, qui a par ailleurs salué le travail des policiers.

Condamnation «d’une seule voix» de la communauté juive

Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec (CIJA-Québec), qui se veut le porte-voix de la communauté juive au Québec, s’est dissociée des actions des membres de la communauté hassidique. «La communauté juive condamne d’une seule voix les événements des dernières 24 heures à #Outremont. Les actions d’une petite fraction de la communauté hassidique sont totalement inacceptables», a déclaré l’organisation sur Twitter.

«Le SPVM mérite la gratitude et le soutien de tous les Montréalais. L'agression de policiers est un acte criminel et inexcusable, tout comme le fait de les qualifier de nazis», a-t-on ajouté, en soulignant que le respect des mesures sanitaires est la position défendue par la communauté juive institutionnelle depuis le début de la pandémie.