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Voyages: éloge du modèle «Kiwi»

Ottawa considérerait une «gamme d'options» pour limiter les déplacements internationaux.

Il faut dire «enfin». D'abord parce que les nouveaux variants de la COVID-19 n'ont rien de rassurant.

«Enfin», aussi, parce que depuis le début de la pandémie il y a un an, le gouvernement Trudeau n'a pas hésité à donner des leçons dans les champs de compétences des provinces. Mais s'est toujours montré trop hésitant dans certaines de ses responsabilités, au premier chef la gestion des frontières.

Urgence

Pourquoi ne pas invoquer la Loi des mesures d'urgence?

C'est la «loi des mesures de guerre» 2.0. Elle fut refaite en 1988, à l'ère Mulroney. Elle inclut maintenant dans son préambule une protection quasi absolue des droits. Ainsi, même s'il applique des «mesures extraordinaires» dans une situation d'urgence, le gouvernement fédéral devrait respecter, entre autres, la Charte des droits et libertés.

Une telle législation d'exception rappellerait tout de même un mauvais souvenir aux Québécois: la loi invoquée en 1970 qui a conduit à l'arrestation arbitraire de près de 500 personnes.

Trudeau père la fit adopter à l'époque. Trudeau fils ne s'est pas excusé officiellement pour cette décision de son paternel; mais n'a aucunement envie d'être associé à un geste pouvant paraître aussi liberticide.

Justin Trudeau pourrait du reste aussi imiter un autre geste fort de son père: la loi anti-inflation de 1976 qui envahissait massivement les champs de compétence des provinces au nom de la «Paix», de «l'ordre» et du «bon gouvernement» (POBG), inscrit dans la constitution de 1867. Ottawa dicta alors les prix et salaires !

En invoquant POBG à son tour, Justin Trudeau pourrait contrôler toute la lutte anti-COVID d'un océan à l'autre. Mais lui qui ne gère aucun hôpital et connaît peu les réalités locales a-t-il envie de se lancer dans une guerre totale contre les provinces en pleine pandémie? Poser la question...

Outils

D'autant plus que si Ottawa veut limiter les déplacements aux frontières, il a déjà tout ce qu'il faut dans sa «loi sur la quarantaine».

À l'article 58, tout est clair. Il peut, par décret interdire l'entrée à «toute catégorie de personnes» qui ont «séjourné dans un pays étranger [...] aux prises avec l’apparition d’une maladie transmissible».

Il s'en est servi dans un décret pour bloquer les vols en provenance du Royaume-Uni.

Kiwi

Il y a enfin le modèle «kiwi», celui préconisé par la Nouvelle-Zélande, mais aussi, dans certaines mesures, par l'Australie.

C'est ce qu'a réclamé François Legault jeudi au premier ministre fédéral: imposer une quarantaine de 14 jours à tous les voyageurs entrant au Canada, dans un hôtel, à leurs frais.

Il s'agit en fait d'une forme de taxe spéciale au déplacement que les voyageurs doivent défrayer en argent, mais aussi en temps. Il serait alors moins nécessaire pour Ottawa de définir ce qui est ou non essentiel. On laisserait les «consommateurs» juger!

On dira que les voyageurs fortunés et retraités seraient avantagés. Les membres de diasporas, notamment, présentes au Québec et au Canada, rechigneront.

Ce serait quand même mieux pour eux qu'un bouclage complet des frontières.

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