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La pandémie ne peut servir de bouc émissaire pour les élèves en difficulté

La pandémie a mis à mal la santé mentale d’une partie importante de la population, mais elle ne peut plus être tenue responsable de tous les maux qui existaient avant son arrivée. Elle ne peut plus servir de bouc émissaire pour les élèves en difficulté et leur santé mentale.  

Je suis de ceux qui ont poussé un soupir de soulagement lorsque le gouvernement a annoncé que les écoles primaires allaient rouvrir à la date prévue après les Fêtes. Je crois que les élèves du secondaire doivent être en classe et non devant un ordinateur. 

On commence à peine à mesurer les conséquences de la fermeture des écoles, au printemps, sur les apprentissages des élèves. Cela prendra des années avant que l’on puisse faire un portrait global. Et encore. On ne peut qu’imaginer les effets dévastateurs d’une nouvelle pause. Nous jonglons avec l’incertain, multipliant les hypothèses plus ou moins pessimistes. 

Difficulté du langage

Ce que l’on sait toutefois, c’est que 80 % des troubles d’apprentissages sont liés à des difficultés sur le plan du langage et que ces mêmes difficultés peuvent mener à un trouble de santé mentale. Ainsi s’enclenche un cercle vicieux puisque les problèmes de communication et d’audition sont une barrière à l’accès aux soins en santé mentale. 

Une personne ayant des difficultés de langage ou d’audition ne comprend ou n’est pas en mesure d’assimiler tout ce qui lui est dit ni de bien exprimer ce qu’elle ne saisit pas ou ce qu’elle ressent. Imaginez lorsque l’on ajoute les masques, l’école à distance, les écrans, les micros et les caméras fermés à l’équation ! 

Ne nous mettons pas la tête dans le sable, les problèmes d’anxiété ou de dépression que vivent les élèves en difficulté ne sont pas uniquement dus à la crise sanitaire actuelle. 

Au Canada, seulement un enfant sur cinq ayant besoin de services en santé mentale les recevait avant la pandémie. Certes, celle-ci les a exacerbés, les études le confirment, et je ne remets pas en question les mesures sanitaires. Seulement, l’isolement et la distanciation sociale ne sont pas les seuls facteurs minant le moral des élèves en difficulté. Avec la concentration des apprentissages et des évaluations par manque de temps arrivent la pression de performer, le sentiment de ne pas être à la hauteur, la honte de ne pas comprendre et d’être incapable de le dire. Sans oublier que peu reçoivent des services professionnels adaptés et au moment où ils en ont vraiment besoin. 

La socialisation

La mission de l’école est triple : instruire, socialiser et qualifier. On s’inquiète souvent de la première alors que la socialisation est essentielle et permet aux élèves d’être disponibles pour apprendre. Lorsque l’école n’est plus un plaisir, mais seulement une obligation, il faut s’inquiéter. Pourtant, c’est la perception des élèves avec des difficultés de langage et d’apprentissage ainsi que leurs parents, et ce, depuis bien longtemps.

Paul-André Gallant
Président de l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ)

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