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Fin tragique pour un militaire qui avait survécu à tout

François Dupéré

Photo courtoisie Marie-France L’Écuyer

Après avoir survécu à un attentat-suicide en Afghanistan qui l’a privé d’un œil, d’un poumon et de l’usage d’une main, le caporal François Dupéré a fait preuve d’une résilience exemplaire en continuant de vivre sa vie à fond. L’homme de 40 ans a perdu la vie cette semaine lors d’une banale chute accidentelle. Des proches contactés par Le Journal ont tenu à rendre hommage au jeune vétéran, qui était source d'inspiration pour plusieurs. 

« C’est une tristesse incommensurable de le perdre, mais je souris en pensant à lui parce que je n’ai vécu que de beaux moments à ses côtés. Et c’est ce qu’il aurait voulu », souffle Peter Burcew, aussi vétéran des Forces armées canadiennes et ami de longue date du soldat François Dupéré.

Ce dernier, que tous ses intimes surnommaient Frank, ne laissait personne indifférent par son courage et son attitude positive face à l’adversité.

« Il a vécu une vie très haute en couleur. Il a marqué beaucoup de gens par sa force de caractère et sa résilience. Malgré tout, il est toujours resté humble », confie Jean-François Godmer, son voisin de Laval il y a une trentaine d’années, qui le considère comme son frère. 

François Dupéré, âgé de 40 ans, a perdu la vie dans la nuit de mardi à mercredi en faisant une chute accidentelle. Une enquête du coroner se chargera de faire la lumière sur les circonstances du drame. 

Plusieurs le décrivent comme un homme « plus grand que nature ». Ils se souviendront notamment de lui pour sa joie de vivre, son côté bouffon, mais, surtout, pour son courage, ont-ils rapporté unanimement au Journal

Dupéré s’était enrôlé dans l’armée quand il avait à peine 17 ans. Il a servi comme fantassin et disséminateur au sein de l’infanterie et l’équipe tactique d’opérations psychologiques du Royal 22e régiment.

Après une première mission en Bosnie, en 2006, il a été déployé à deux reprises en Afghanistan.

Le soldat François Dupéré lors de sa mission en Afghanistan, en 2007.

Photo courtoisie, tirée de Facebook

Le soldat François Dupéré lors de sa mission en Afghanistan, en 2007.

En avril 2011, le cours de sa vie a changé. Le soldat né à Sept-Îles a été victime d’un attentat-suicide d’un kamikaze chargé de 150 livres d’explosifs, qui s’est fait détoner à deux mètres de lui.

Projeté comme une poupée  

« On marchait dans un bazar [...] quand dans la foule un kamikaze s’est fait exploser. [...] J’ai été projeté comme une poupée de chiffon », avait décrit le caporal dans le documentaire Vétérans : La vie après les Forces, réalisé par Marie-France L’Écuyer.

« J’ai commencé à faire un check personnel, pour voir s’il me manquait des morceaux. En levant la tête, j’ai vu qu’il y avait une jambe sur moi. Jusqu’à tant que je réalise que ce n’était pas ma jambe. C’était celle du kamikaze puisqu’il y avait une sandale au bout », avait-il ajouté.

En faisant le décompte de ses blessures, il a remarqué qu’il avait la veine jugulaire – une veine du cou – sectionnée. Le caporal avoue avoir pensé mourir. 

Peter Burcew, qui était en mission à quelques kilomètres du camp de son ami, se souviendra toujours de cette journée.

« Je venais de revenir à ma base [militaire] et on a reçu une alerte que deux Canadiens avaient été gravement blessés. Je ne sais pas pourquoi ni comment, mais je savais que c’était Franck », se remémore-t-il.

« En même temps, je ne me voyais pas annoncer son décès à sa famille ou porter son cercueil. C’est moi qui aurais eu cette tâche, car j’étais son représentant désigné. Je savais qu’il allait s’en sortir », poursuit-il.

Un miracle   

Dupéré a miraculeusement survécu, mais la liste de ses blessures était longue : œil crevé, mâchoire fracturée à 12 endroits, tympan défoncé, perte d’un poumon ainsi que de l’usage d’une main, et plus de 200 cicatrices partout sur le corps.

Il a passé trois mois dans un hôpital en Allemagne avant de pouvoir rentrer.

« C’est là où son histoire devient vraiment incroyable, lance son ami Jean-François Godmer. Franck aurait pu s’apitoyer sur son sort. Mais il a plutôt voulu montrer qu’il faut vivre sa vie à 100 %. »

En octobre 2012, moins d’un an après l’attentat, Dupéré s’embarque dans une grande aventure avec l’organisme La patrie gravée sur le cœur, qui offre du soutien aux familles de militaires et d’anciens combattants canadiens. 

Encore des défis   

Aux côtés de son frère d’armes Peter Burcew, il a repoussé ses limites physiques et mentales dans une expédition de 21 jours et de 150 kilomètres au cœur de l’Himalaya, au Népal. 

Le groupe dont faisait partie le militaire au camp de base de l’Everest, lors d’une expédition dans l’Himalaya en 2012.

Photo courtoisie, tirée de Facebook

Le groupe dont faisait partie le militaire au camp de base de l’Everest, lors d’une expédition dans l’Himalaya en 2012.

« On dormait dans la même tente, dans le froid, sans électricité et dans des conditions rudimentaires. Ce sont des moments intimes que j’ai partagés avec Franck. Et c’est mon cadeau du ciel d’avoir ces souvenirs avec lui », raconte Burcew avec émotion. 

D’ailleurs, les mots que François Dupéré a prononcés lorsqu’il est arrivé au camp de base de l’Everest résonneront pour toujours dans le documentaire March to the Top, réalisé lors de l’expédition : « Il y a deux façons de voir [ce qui m’est arrivé]. J’ai encore un bras pour serrer mes enfants et j’ai encore un œil pour les voir grandir. [...] Avec un œil, je peux voir tout ça autour de moi, dit-il en regardant le paysage grandiose. C’est assez. Je n’en ai pas besoin de deux. » 

Peter Burcew garde un souvenir précieux du moment où il a atteint avec son ami le sommet himalayen Island Peak, qui fait plus de 6000 mètres d’altitude.

« Dans la dernière montée verticale, on s’était mis les premiers en avant du groupe. On voulait montrer de quel bois on se chauffe, les deux Québécois ! Il m’a tellement impressionné de faire ça avec un poumon en moins. Il a mis un pas devant l’autre sans jamais perdre le sourire, malgré les difficultés physiques », dit-il.   

En janvier 2016, Dupéré a également fait l’ascension du Kilimandjaro, une montagne tanzanienne. Au sommet, il a fait flotter le drapeau du Royal 22e régiment. Il a été libéré des Forces en 2015, après 18 ans de service.

Outre ses exploits physiques, qui ont fait de lui un modèle de résilience, François Dupéré s’impliquait auprès de causes sociales.

Il était notamment bénévole au sein de l’Institut Dallaire pour les Enfants, la Paix, et la Sécurité, fondé par le Lieutenant-général Roméo Dallaire. 

François Dupéré avec le lieutenant-général Roméo Dallaire, fondateur de l’Institut Dallaire.

Photo courtoisie, tirée de Facebook

François Dupéré avec le lieutenant-général Roméo Dallaire, fondateur de l’Institut Dallaire.

Il formait des militaires étrangers, en Somalie, au Kenya et au Rwanda, afin de prévenir l’utilisation des enfants-soldats.  

« Quand il racontait son histoire, avec passion, tout le monde l’écoutait. Il était une rock star parmi nos bénévoles », confie Anthony Di Carlo, directeur de la politique, du plaidoyer et de la communication de l’Institut.

Un père exemplaire   

Les amis de François Dupéré s’entendent pour dire que le plus grand rôle qu’il a joué dans sa vie est celui d’être « un père exemplaire » pour ses deux enfants, aujourd’hui âgés de 16 et 14 ans. 

« Ses enfants, c’était sa raison de vivre, sa raison de continuer », souligne Jean-François Godmer, parrain de son premier enfant. 

En 2018, il a d’ailleurs amené ses deux jeunes au Maroc pour empêcher qu’un sentiment islamophobe ne naisse en eux après l’attentat dont il a été la cible. 

« Ça démontre bien quel genre d’homme il était. Il avait le cœur sur la main », laisse tomber M. Godmer.

Trop ébranlés pas la mort soudaine de François Dupéré, sa conjointe et ses parents ont préféré ne pas accorder d’entrevue au Journal.


Une campagne nommée « Pour les enfants de Franck Dupéré » a été mise en place via le site GoFundMe.

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