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Une pénurie de colchicine redoutée

Même si l’industrie assure qu’elle a prévu le coup, des médecins qui prescrivent la colchicine pour toutes sortes de maladies inflammatoires se préparent à une pénurie, advenant que l’efficacité de ce médicament contre la COVID-19 se confirme.

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«Si c’est avéré, on peut prévoir une très forte demande, et l’industrie risque peut-être de ne pas compenser dans un premier temps», a anticipé Dre Isabelle Deschênes, rhumatologue à l’Hôpital du Haut-Richelieu.

Dans sa pratique, la spécialiste prescrit régulièrement la colchicine à ses patients lorsqu’ils souffrent d’une crise aigüe de la maladie de la goutte, une forme d’arthrite.

La colchicine est aussi utilisée pour traiter la péricardite ou encore certaines malades cutanées.

Or voilà que les premiers résultats d’une vaste étude menée par l’Institut de cardiologie de Montréalaise laissent entendre que ce comprimé limiterait également les complications liées à la COVID-19.

«Si le médicament finit par être approuvé pour la COVID-19, ça va débouler très vite. Alors il faut déjà penser à des recommandations pour identifier les patients à qui la colchicine est le seul médicament qui peut être prescrit», a expliqué la Dre Deschênes.

La rhumatologue a tout de même tenu à ajouter que, pour la plupart des gens, d’autres remèdes peuvent servir d’alternatives lors de phases extrêmes de la goutte.

Prêt à suffire à la demande 

La pharmaceutique québécoise Pharmascience, le principal fabricant de la colchicine au pays, se veut également rassurante.

«Même s’il n’y a pas encore d’indications que les gouvernements veulent l’utiliser, on a pris un risque et on a un inventaire qui pourrait être capable de répondre à la demande canadienne pour la COVID-19», a fait savoir le directeur des affaires gouvernementales et publiques de l’entreprise, Alain Boisvert.

«Déjà la Grèce vient approuver la colchicine pour la COVID-19. C’est entendu qu’il va y avoir une grosse demande de partout dans le monde. D’où l’importance que le médicament soit fabriqué au Canada», a poursuivi le Dr David Goodman, président et chef de la direction de Pharmascience.

Mauvais souvenirs 

Ainsi, la compagnie montréalaise ne s’attend pas à une pénurie, à condition bien sûr que le milieu de la santé fasse preuve de plus de discipline avec la colchicine qu’avec l’hydroxychloroquine, au début de la pandémie.

Vanté par le controversé infectiologue français Didier Raoult, ce traitement a été au centre d’un engouement sans précédent à travers le monde, bien qu’aucune étude sérieuse n’atteste son efficacité pour le coronavirus.

Des médecins l’ont prescrit à des patients sans fondements valables et des hôpitaux en ont fait des réserves.

Conséquence: les instances sanitaires du Québec ont dû restreindre la distribution d’hydroxychloroquine au printemps et des personnes souffrant de rhumatisme en ont été privées pendant quelques semaines.

«Comme l’hydroxychloroquine fonctionne sur une longue période, il n’y a pas eu de conséquences sur la santé des gens, mais il y a eu beaucoup de stress chez les patients», a témoigné la Dre Isabelle Deschênes, qui espère ne pas revivre la même situation avec la colchicine.