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Procès de Michel Venne: la présumée victime «troublée et choquée»

Photo Stevens LeBlanc

La présumée victime de l’ancien journaliste et éditorialiste du Devoir Michel Venne, qui fait face à des accusations à caractères sexuels, a été «troublée et choquée» par les gestes posés à son endroit en 2008 par un homme pour qui elle avait un «grand respect». 

À l’époque, la jeune femme de 17 ans – qui gravite autour du milieu artistique et dont l’identité est protégée par une ordonnance de la Cour – était stagiaire à l’Institut du Nouveau Monde (INM), une organisation fondée par Venne qui en assumait les fonctions de directeur.  

L’été des gestes reprochés, les employés de l’INM se sont déplacés dans la Vieille Capitale pour y tenir «l’École d’été», un événement citoyen lors duquel la jeunesse était invitée à discuter d’enjeux sociaux et économiques. 

En tant que stagiaire, la plaignante, aujourd’hui âgée de 29 ans, devait assister Venne, ce qu’elle considérait «comme un honneur».  

Gestes à caractère sexuel  

Elle a toutefois vite déchanté lorsqu’une première fois, dans un taxi, il «a posé une main sur ma cuisse, près de mon vagin» et à une deuxième reprise lorsque, près de l’hôtel où elle logeait, il a mis une main sur sa hanche et sur ses parties intimes.  

«J’étais complètement figée et dégoutée de ça... Il a essayé de mettre sa main dans mon pantalon et là, j’ai dit non... Ça m’a vraiment écoeuré!», a raconté la jeune femme au juge Stéphane Poulin en retenant difficilement ses larmes.  

À la suite de ces événements, si la présumée victime dit avoir fait quelques verbalisations à sa mère et à un collègue, elle s’est surtout tenue au silence, ne comprenant pas trop qu’elle avait «vécu une agression».  

#AgressionNonDénoncée  

À l’automne 2008, Venne lui aurait demandé «d’oublier les événements malheureux» qui se seraient produits à Québec puis, un peu plus tard, lorsqu’elle l’a vu participer à une conférence où il était question d’agression sexuelle, elle a réagi. 

«Je lui ai envoyé un courriel en lui disant que je le trouvais hypocrite d’être là et il m’a répondu qu’il ne savait pas de quoi je parlais», a-t-elle témoigné.  

Après en avoir fait mention à quelques reprises, et suivant la vague des dénonciations qui ont déferlé en 2014 avec le mouvement «AgressionNonDénoncée, la jeune femme a décidé d’en parler un peu plus ouvertement.  

C’est en octobre 2017 qu’elle a finalement porté plainte. Le procès doit s’étendre sur deux semaines.  

«Faire de tort à son ami»      

Lorsque la plaignante a commencé à s’ouvrir un peu plus sur les agressions qu’elle aurait subies de la part de Michel Venne, Lise Payette, alors chroniqueuse au Devoir, aurait invité la jeune fille à la prudence, pour ne pas «faire de tort à son ami».  

Six ans après les agressions qu’elle dit avoir subies à Québec, la présumée victime de Michel Venne a mentionné au Tribunal qu’au cours des années, sa «pensée» avait progressé et que si, en 2008, elle ne savait pas vraiment ce qu’était une agression sexuelle, ce n’était plus le cas en 2014. 

«À cette époque, suite à l’affaire Ghomeshi, les victimes prenaient la parole. Ça m’a touché parce que je me suis dit que je n’étais pas la seule. J’ai écrit un blogue, sans nommer M. Venne puis un tweet que j’ai rapidement effacé», a-t-elle raconté.  

Quelques minutes après, une amie, Mitsou Gélinas, l’a appelé pour lui demander ce qu’elle allait faire puis, en 2015, Lise Payette, ancienne ministre d'État à la Condition féminine, l’a invité à son condo de l’Isle des Sœurs pour y prendre le thé.  

Si, au départ, la rencontre était courtoise et plaisante, elle a constaté un changement de ton en cours de conversation.  

«Elle m’a dit qu’il était sur le bord du suicide et de la dépression à cause de ça», a-t-elle témoigné. C’est à ce moment que la dame lui aurait suggéré d’écrire une lettre à la famille de Michel Venne pour «s’excuser» de lui avoir fait du tort. 

«J’étais très intimidée et déçue qu’elle me dise ça... J’étais déboussolée, mais j’ai accepté de signer la lettre qu’elle m’a dictée... Avec le recul, je n’aurais pas dû accepter», a-t-elle ajouté. 

En sortant de chez Lise Payette, elle a appelé sa mère et son ami journaliste Patrick Lagacé pour se confier.  

En 2017, la jeune femme a recontacté la dame alors âgée de 86 ans pour tenter de comprendre pourquoi elle lui avait «conseillé» de ne pas de porter l’affaire devant les Tribunaux. Une conversation enregistrée à l’insu de Lise Payette et sur laquelle le juge devra trancher de l’admissibilité ou non en preuve. 

Qui est Michel Venne?       

Âge: 60 ans 

Accusation: Agression sexuelle et exploitation sexuelle 

Âge de la victime: 17 ans 

Parcours professionnel:        

  • journaliste au Devoir de 1990 à 2006.        
  • 2004 : fondation de l’Institut du Nouveau Monde.             

Marié, il est père de deux enfants