/news/coronavirus

Un combattant de la rougeole premier vacciné du Nunavik

Après avoir aidé à combattre une épidémie mortelle de rougeole dans les années 1950, c’est au tour de Johnny Watt, 94 ans, d’être le premier au Nunavik à recevoir une dose du vaccin Moderna qui le protégera contre la COVID-19.

Photo courtoisie, Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik

Après avoir aidé à combattre une épidémie mortelle de rougeole dans les années 1950, c’est au tour de Johnny Watt, 94 ans, d’être le premier au Nunavik à recevoir une dose du vaccin Moderna qui le protégera contre la COVID-19.

Le premier résident du Nunavik à recevoir le vaccin contre la COVID-19 a déjà joué un rôle essentiel pour contrecarrer une épidémie de rougeole en livrant des médicaments en traîneau à chiens dans les années 1950.

« Je crois qu’en raison de son âge, mais surtout de sa contribution à la communauté, ils en sont arrivés à un consensus pour qu’il soit le premier », explique Larry, fils de Jonnny Watt.

• À lire aussi: EN DIRECT | Les derniers développements sur le coronavirus

Son père, aujourd’hui âgé de 94 ans, a reçu sa première dose du vaccin Moderna, le 17 janvier, dans la maison pour aînés Tusaajiapik, à Kuujjuaq. Sa santé ne lui permettait pas de s’entretenir avec Le Journal.

Tour à tour marchand de fourrure de la baie d’Hudson, pilote de bateau et maire de Kuujjuaq pendant plus de 10 ans, M. Watt est bien connu dans la petite communauté nordique.

Par le passé, il s’est aussi porté volontaire pour venir en aide à des dizaines de familles inuites et naskapies aux prises avec la rougeole lors d’une épidémie qui a décimé 7 % de la population de la baie d’Ungava en 1952.

Livrés en traîneau à chiens 

Accompagné d’une infirmière et de son conjoint, l’Inuk a conduit pendant un mois un attelage comptant une douzaine de chiens de traîneaux jusqu’aux campements isolés autour de Fort Chimo (aujourd’hui Kuujjuaq), pour apporter des antibiotiques aux malades. 

« C’était l’un des seuls à la hauteur de la tâche, parce qu’il n’avait pas attrapé la rougeole et qu’il connaissait si bien le territoire », fait remarquer Larry Watt, qui prépare un livre sur la vie de son père. 

Johnny Watt, le premier vacciné du coronavirus au Nunavik, en compagnie de sa mère à Old Fort Chimo (Kuujjuaq) dans les années 1950.

Photo courtoisie, Collection de la famille Watt

Johnny Watt, le premier vacciné du coronavirus au Nunavik, en compagnie de sa mère à Old Fort Chimo (Kuujjuaq) dans les années 1950.

Avec 39 cas de coronavirus et aucun décès à déplorer depuis mars, le Nunavik a été épargné par le pire de la pandémie. 

À l’opposé, la rougeole s’était propagée comme une traînée de poudre entre février et avril 1952 dans la baie d’Ungava, infectant 99 % de la population, soit environ 900 Autochtones. 

Les Inuits ont baptisé cette maladie qui leur était inconnue aupallaat (ᐊᐅᐸᓪᓛᑦ), soit « des points rouges » en inuktitut. 

Un rapport de l’époque situe le début de l’épidémie après le retour à Fort Chimo de deux Inuits qui avaient attrapé ce virus à Goose Bay, au Labrador, où ils s’étaient fait soigner. 

Peu après, un proche des malades entamait un voyage de près de 350 kilomètres, contaminant malgré lui plusieurs personnes dans les camps visités en chemin. 

Sauver des vies 

À l’arrivée des secours, certains étaient si faibles qu’ils ne pouvaient pas parler, a raconté Johnny Watt à son fils.

« Quand la famille au complet était clouée au lit, personne ne pouvait apporter de nourriture ou de combustible. Il s’agit d’un facteur important dans le haut taux de mortalité », spécifie le rapport.

Les antibiotiques apportés en traîneau à chiens « ont sans doute contribué à sauver la vie de plusieurs Autochtones », concluent les scientifiques.  

Aujourd’hui, la Régie régionale de santé et des services sociaux du Nunavik dispose de moyens autrement plus modernes pour la distribution du vaccin contre la COVID-19 dans les 14 communautés qui le composent. 

Les premières 1000 doses sont arrivées via un vol d’Air Inuit, la semaine dernière, et 520 ont déjà été administrées.