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Deux amoureux emportés par la COVID-19 à six jours d’intervalle

Gérarda et Roger Moisan, respectivement âgés de 96 et 88 ans, avaient été hospitalisés avant les Fêtes pour différentes raisons, et risquaient des complications s’ils contractaient la COVID-19.

Photo courtoisie

Gérarda et Roger Moisan, respectivement âgés de 96 et 88 ans, avaient été hospitalisés avant les Fêtes pour différentes raisons, et risquaient des complications s’ils contractaient la COVID-19.

La COVID-19 aura peut-être pris la vie de Gérarda et Roger Moisan, mais elle n’aura jamais raison de leur amour. Mariés depuis 68 ans, ils sont décédés récemment à quelques jours d’intervalle à Québec, ne pouvant vivre l’un sans l’autre. 

Hélène Moisan, l’aînée des huit enfants du couple, a accepté de faire partager ce récit qu’elle qualifie de « plus belle des histoires d’amour ». Pour la famille, les dernières semaines auront été la preuve que, malgré la pandémie et ses zones d’ombres, la vie a encore du beau à offrir. Un drame apaisé par le grand amour.

« C’est difficile pour toute la famille, parce qu’on réalise qu’on ne les verra plus. Mais ils sont partis de la plus belle des façons, soit ensemble. C’est ce qui nous réconforte », confie la dame de Saint-Raymond, dans Portneuf.

Inséparables 

Gérarda et Roger Moisan, respectivement âgés de 96 et 88 ans, avaient une santé fragilisée par le poids des années.

Tous les deux hospitalisés avant les Fêtes pour différentes raisons, ils risquaient des complications s’ils contractaient la COVID-19.

Le 23 décembre, le virus s’est malheureusement invité à la Résidence l’Estacade, où le couple demeurait. Rapidement, la situation s’est dégradée et, deux semaines plus tard, Roger et Gérarda Moisan étaient positifs à la COVID.

« Papa a été transféré au CHSLD Saint-Augustin après son test positif, le 5 janvier. Maman a [été] testée le 8 janvier et son état a baissé assez vite », rapporte leur fille.

C’est là qu’a été prise la décision de transférer Mme Moisan auprès de son mari. « Une infirmière de la résidence m’a dit qu’elle se laissait aller. Elle sentait qu’il lui manquait quelque chose, qu’elle devait aller rejoindre mon père [au CHSLD] Saint-Augustin », souligne avec émotion Hélène Moisan. 

Gérarda Moisan, née Genois, est finalement décédée le 12 janvier, quatre jours à peine après son diagnostic, mais aux côtés de son mari.

« Dans les heures avant, deux de mes sœurs étaient avec elle et les six autres enfants, on était là en vidéo sur la tablette. C’était incroyable de vivre ça à distance, mais au moins, on était là », laisse tomber Mme Moisan.

« Et papa lui a tenu la main jusqu’à la fin », ajoute-t-elle, envahie par l’émotion.

« Je voudrais juste aller la rejoindre » 

Mariés pendant 68 ans, Gérarda et Roger Moisan ont été heureux ensemble jusqu’à la fin, selon leur fille aînée

Photo courtoisie

Mariés pendant 68 ans, Gérarda et Roger Moisan ont été heureux ensemble jusqu’à la fin, selon leur fille aînée

Dans les jours suivants, Hélène Moisan a bien compris que son père n’endurerait pas l’absence de sa douce moitié. 

« Il répétait que ça n’allait pas bien, son affaire. Moi, je lui disais qu’il allait prendre du mieux, mais à un moment donné, il m’a dit : “J’ai perdu ma femme, je ne peux pas rester ici tout seul. Je voudrais juste aller la rejoindre” », se rappelle sa fille.

Le couple avait souvent exprimé leur idéal de « partir ensemble », mais c’est finalement six jours plus tard, le 18 janvier, que Roger Moisan est allé rejoindre sa Gérarda. 

« C’est pénible, mais on a beaucoup demandé à maman de venir le chercher », confie Hélène Moisan, insistant sur le fait que l’un n’allait pas sans l’autre.

« Ils ont passé 68 ans ensemble, à la maison, sur la ferme, 24 heures sur 24 ensemble. C’était juste normal au fond. »

En paix avec leur deuil 

Roger et Gérarda Moisan, c’est une famille comme on n’en voit plus tellement aujourd’hui. Huit enfants, 19 petits-enfants et 13 arrière-petits-enfants, tous en deuil, mais malgré tout en paix avec ce coup du destin.

« Malgré tout ce malheur que la COVID nous aura apporté, la fin de leur histoire, cette façon de partir nous réconforte », confie Hélène Moisan, tenant à faire partager ce témoignage qui aide un peu à faire la paix avec « la mort au temps de la COVID ».

« Ce n’est pas vrai que tout le monde meurt seul. Il y a aussi du beau », insiste Mme Moisan, se raccrochant au fait que ses parents « auront eu une belle vie ». « J’en suis assurée. Ils ont été heureux ensemble, jusqu’à la fin. » 

Vivre la mort sur une tablette  

Le couple et ses huit enfants.

Photo courtoisie

Le couple et ses huit enfants.

La famille Moisan aura vécu deux fois en l’espace de quelques jours « la mort sur tablette », une façon pas idéale de dire adieu à ceux qu’on aime, mais une façon qui permet au moins « d’être là ».

« On a tellement entendu d’histoires d’horreur durant la première vague, de gens qui sont décédés seuls dans leur chambre, je tenais à raconter que ça peut être différent », témoigne Hélène Moisan, la fille de Gérarda et Roger Moisan, décédés dans les dernières semaines au CHSLD Saint-Augustin, à Québec.

Anges gardiens 

Pour les Moisan, les anges gardiens de ce tourbillon auront été les employés du CHSLD chargés d’organiser des rencontres virtuelles avec les malades.

« On a pu parler avec maman à la fin. Elle nous faisait des signes de main, on voyait qu’elle nous comprenait bien. Et ç’a été la même chose avec papa. C’est pas comme être là, mais dans le contexte, c’était beaucoup », raconte Mme Moisan.

Humains 

D’ailleurs, la famille salue le soutien des employés du réseau, qui ont su rester humains même s’ils côtoient la mort au quotidien depuis près d’un an maintenant.

« On a vu qu’il y a encore de l’humain dans la machine », s’émeut Hélène Moisan.