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Elle lance une pétition pour que les commerçants gardent leurs toilettes accessibles aux clients

Marie-Ève Dubuc

Andréanne Lemire / JdeM

Une livreuse atteinte d’une maladie intestinale a inspiré le lancement d’une pétition pour convaincre les commerçants de garder leurs toilettes accessibles aux clients en ces temps de confinement.

«C’est humiliant [...] Aller aux toilettes, ce n’est pas un caprice», dit Marie-Ève Dubuc, 40 ans. 

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Le sujet est délicat, mais elle est prête à briser le tabou : elle est en attente d’un diagnostic de maladie de Crohn. Elle souvent prise par de soudaines crises et l’oblige à aller aux toilettes de façon urgente. 

Elle fait des livraisons pour Doordash pour de courtes périodes. Il lui arrive de devoir se déplacer de la Mauricie à l’Outaouais pour un rendez-vous chez l’orthopédiste. 

Sa vie est donc plus compliquée depuis la pandémie, de nombreux commerces ayant réduit ou fermé l’accès à leurs salles de bains. Le Journal a d’ailleurs fait le tour des grandes bannières pour connaître leur politique sur le sujet.   

«Je ne peux plus aller dans les places où on refuse de m’accommoder [...] Il faut que je planifie mes déplacements en fonction de ça.»  

«On est en train de nous enlever un peu de notre dignité», déclare Julie Houle-Serwantynski. C’est elle qui a lancé la pétition il y a une semaine, choquée de la situation que vit Marie-Ève Dubuc. Près de 400 personnes l’avaient signée vendredi. 

Refusé à une fillette  

C’est le cas de Valérie Gravel Dubois, une résidente de Mascouche qui raconte s’être fait refuser l’accès aux toilettes d’un Tim Hortons pour sa fille de 4 ans en novembre dernier. 

Elle allait chercher son conjoint blessé à l’hôpital de Saint-Jérôme et elle venait de passer à la commande à l’auto quand la fillette a eu une envie de pipi urgente. Elle a finalement dû faire ses besoins à l’extérieur. 

«Elle pleurait», dit sa mère. «Elle ne comprenait pas pourquoi on lui refusait ça.»

Pour bon nombre de travailleurs qui doivent passer leur journée dans leur véhicule, le problème est quotidien. 

«La pire histoire que j’ai entendue, c’est un camionneur qui a fait ses besoins drette devant la porte d’un café parce qu’il n’était plus capable de se retenir», illustre Stéphane Lavoie, directeur régional à l’Association des routiers professionnels du Québec.

«Pour un homme c’est moins pire [parce qu’il peut uriner dehors]», dit-il. «Mais il y a de plus en plus de femmes qui chauffent des camions.» 

Protéger les employés  

De façon générale, les commerces essaient de garder leurs toilettes ouvertes, indique Jean-François Belleau du Conseil canadien du commerce de détail. Le hic, c’est que celle des employés est parfois la même que celle du public. 

«Ça ne peut pas être mixte. La CNESST demande aux employeurs de protéger leurs employés», explique M. Belleau. 

De son côté, le ministère des Transports explique ne pas pouvoir obliger les commerces privés à permettre l'accès à leurs toilettes aux usagers de la route. 

Heureusement, les aires de services et haltes routières gérées par le MTQ sont toujours accessibles et la fréquence d'entretien a été augmentée, félicite Marc Cadieux, président de l'Association du camionnage du Québec. 

Reste que pour Stéphane Lavoie, ces haltes ne sont pas assez nombreuses pour suffire à la demande et couvrir le territoire. Leur absence pose particulièrement problème dans les grandes villes, souligne M. Lavoie.