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Pour un «autre» Plan nord

Ces temps-ci, je n’ai jamais vu autant de Québécois s’extasier à propos du ski de fond, du patin, de la raquette, etc. Ils publient sur leurs réseaux des milliers de photos de paysages hivernaux en vantant la saison froide.

Si bien que le proverbe «à quelque chose malheur est bon» me vient à l’esprit. Un peu comme l’été dernier où les Québécois, COVID oblige, ont redécouvert leur territoire.

Dépressif

Je vous l’accorde, ça ne va pas bien: l’invariant des mauvaises nouvelles sur les variants du virus; les vaccins en nombre insuffisant, les hospitalisations, les morts.

Les chiffres de «nouveaux cas» semblent rassurants, mais ne nous réjouissons pas trop vite.

Au moins, la pandémie a des effets collatéraux insoupçonnés. La «redécouverte» de l’hiver en fait partie.

Le discours traditionnel à propos de cette saison – qui se trouve pourtant au cœur de notre identité – a quelque chose de malsain, de dépressif.

«Maudit hiver», chantait Dominique Michel dans les années 1970, pestant contre «les dents serrées, les mains gercées, les batteries à terre».

La haine de l’hiver québécois pourrait remplir une anthologie. C’est sans doute Voltaire qui a lancé le bal vers 1756 avec ses multiples dénonciations des efforts déployés par la France pour ces «quelques arpents de neige en Amérique».

Chez l’historien et poète François-Xavier Garneau, l’hiver apparaît «comme un fantôme immense», qui «semble couvrir les cieux»; illustration de la période sombre de l’Union de 1840.

Soyons positifs

Métaphore politique à part, 181 ans plus tard, il est plus que jamais possible de profiter de la saison froide, de sa lumière sans pareille.

Depuis quelques décennies d’ailleurs, un courant a combattu la sinistrose hivernale en valorisant la «nordicité», vocable dû au regretté géographe Louis-Edmond Hamelin.

Certains résistent: «Je sors encore tous les jours avec mon séchoir à cheveux pour faire fondre la nordicité», m’écrivait hier à la blague une amie un peu «maniaque» anti-hiver.

Parions que la situation actuelle est en train de déciller les yeux de plusieurs dans ce camp.

«Plan nord»

Il y a même une occasion à saisir pour nos gouvernements. Il faudrait une sorte de «Plan nord». Non pas comme celui de Jean Charest, qui visait principalement le profit. (Très légitime au demeurant.)

Plutôt investir afin que notre nordicité soit encore plus souvent agréable à vivre. Et pratique pour se déplacer.

Il y aurait des projets un peu fous à considérer. À Edmonton, en 2015, un étudiant en architecture avait conçu le «Freezeway», piste patinable de quelque 10 km permettant à des citoyens de se déplacer entre maison et travail.

Mais inutile d’être aussi audacieux: il suffirait dans nos villes d’avoir plus de patinoires réfrigérées, comme les quelques-unes que compte Montréal ou, à Québec, le formidable anneau de glace des Plaines d’Abraham.

Curieusement, le ski de fond est sous-exploité dans nos villes et banlieues, où l’équivalent d’une motoneige équipée comme une dameuse pourrait transformer des pistes cyclables en voies skiables.

Ce Plan nord là aurait des effets assez rapides, non seulement sur la qualité de vie en hiver, mais aussi sur la santé des citoyens.