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Itinérance: «il va falloir qu’on trouve des solutions» -Francine Ruel

Francine Ruel, dont l’un des fils a passé sept ans dans la rue, trouve «formidable» de voir la Cour supérieure donner raison aux personnes sans-abri en leur accordant une exemption pour le couvre-feu au moins jusqu’au 8 février prochain.

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La mise en place de la loi du couvre-feu par le gouvernement Legault avait d’ailleurs ravivé ses inquiétudes pour son fils récemment.

«De remettre des contraventions à des sans-abri, on se dit ‘’bravo’’, mais comment vont-ils payer? Ils n’ont même pas de quoi manger. Ils sont dépourvus de résidence! On veut bien qu’ils s’en aillent chez eux à 8h le soir, mais pour aller où?», dénonce-t-elle.  

Bien que les autorités aient ajouté des places dans les refuges, ou des haltes-chaleurs, «ces endroits deviennent des foyers de COVID-19 pour tout le monde! On peut les comprendre de vouloir rester dans la rue et d’avoir peur», soutient Mme Ruel. 

Heureusement, l’exemption de couvre-feu pour les sans-abri permettra peut-être d’éviter des accidents «aberrants», dit-elle en parlant de la mort de Raphaël André, cet itinérant retrouvé sans vie dans une toilette chimique alors qu’il tentait de se cacher des policiers lors du couvre-feu. 

«Un drame absurde dans un endroit effrayant. Mourir gelé là, juste parce qu’il avait peur de la police», se désole-t-elle. 

Sans vouloir jeter la pierre au gouvernement, Legault, le simple fait d’imaginer qu’une personne puisse vouloir se faire passer pour un itinérant pour ne pas être mis à l’amende, la dépasse complètement. 

«C’est grave si des gens pensaient à ça pour aller se promener dehors après 20 heures! Je ne sais pas quoi dire de plus que ça.»

Logements sociaux et abordables 

Depuis le début de la pandémie, le nombre d’itinérants a doublé dans la métropole, et les logements sociaux se font attendre. Le prochain projet devrait être livré d’ici une année, selon une annonce récente.

Pour Francine Ruel, quelque chose cloche, et les autorités en font trop peu. 

«Il va falloir qu’on s’assoie qu’on trouve des solutions. Moi, je demeure à la campagne, je viens à Montréal le moins souvent possible... Quand je vois toutes les constructions d’hôtels, d’édifices à bureaux, ou d’appartements de luxe, je me demande ‘’c’est pour qui’’? Y’a plus personne qui a vraiment d’argent! Les sans-abri, les gens qui n’ont pas d’argent, où est-ce qu’on va les loger?», se demande-t-elle. 

Des vraies personnes 

L’autrice et comédienne souhaite aussi déconstruire un mythe autour des personnes qui vivent dans la rue. 

«On a toujours pensé que les sans-abri c’étaient des gens qui n’avaient pas d’éducation, qui n’avaient jamais eu de métier, qui n’ont pas de famille, qui n’ont pas de parent, pas d’enfant, pas de conjoint, ce n’est pas ça! Il y a du monde riche qui s’est retrouvé dans la rue! Ce sont des gens intelligents», précise-t-elle.

Son fils aîné qui a quitté la rue depuis peu vit une petite chambre, mais Mme Ruel le précise, «il est sorti de la rue, mais pas du bois. Ce n’est pas simple vivre dans la rue, mais en sortir, c’est aussi très difficile.»

Elle lance un dernier message : si vous croisez des personnes sans logis dans la rue «dites-leur bonjour, donnez-leur un peu d’argent, aidez-les, parce qu’ils en ont vraiment besoin». 

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