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Saint-Élie-de-Caxton: un «personnage imbu de lui-même»

Rien ne va plus à Saint-Élie-de-Caxton, le célèbre village du conteur Fred Pellerin. Presque tous les employés municipaux et les élus ont démissionné depuis trois ans, au milieu d’allégations de climat toxique à l’Hôtel de ville.

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De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le style de gestion du maire Robert Gauthier dans cette municipalité de la Mauricie. 

L’ambiance de travail à l’intérieur des murs de l’hôtel de ville se serait rapidement détériorée depuis son élection en novembre 2017.

Depuis, 13 employés ont abandonné le navire dans cette municipalité qui compte 15 postes. La majorité des démissions est en lien avec un climat de travail qualifié de toxique ou à la suite de congés maladie. 

« Le climat suspicieux, difficile, la non-confiance, c’est épuisant. J’étais épuisée physiquement et mentalement », explique l’ex-directrice générale de Saint-Élie-de-Caxton Manon Shallow. 

Celle qui compte plus d’une vingtaine d’années d’expérience dans le monde municipal dénonce l’omniprésence du maire dans tous les dossiers, dont les siens.

Selon le syndicat de la CSN, l’administration Gauthier aurait cumulé une douzaine de griefs depuis 2019, dont le tiers est en lien avec du harcèlement au travail.

La vague de départs a aussi frappé de plein fouet le conseil municipal, formé de six sièges de conseillers. Depuis l’élection du maire Gauthier, la moitié d’entre eux a choisi de prendre la porte, et deux de leurs successeurs n’ont pas terminé leur mandat, portant le total à cinq élus démissionnaires.

Écoutez la chronique de Félix Séguin sur QUB radio: 

« Personnage imbu de lui-même »  

Dans au moins deux lettres de démission, le climat tendu à l’hôtel de ville est ciblé comme élément déclencheur des départs. 

Un des élus démissionnaires décrit le maire comme « un travailleur infatigable qui consacre temps et énergie pour arriver à ses fins ». Il le qualifie toutefois de « personnage imbu de lui-même » pour qui « la gestion est une partie d’échecs ».

M. Gauthier, qui a été cadre au sein de plusieurs ministères du gouvernement du Québec, a assuré au téléphone que tout allait bien dans son village, et que ses relations étaient bonnes avec les employés. Il n’a pas voulu accorder d’entrevue à la caméra de TVA. 

En novembre 2019, une pétition signée par près de 1000 personnes réclamait l’intervention de Québec. En août 2020, la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, s’est rendue sur place pour rencontrer le maire et les élus toujours en poste.

La ministre optimiste  

En entrevue, elle assure que tout a été fait pour aider Saint-Élie-de-Caxton à se remettre dans le droit chemin.

« Il y a du sang neuf au sein du conseil municipal. Je pense qu’il faut regarder vers l’avenir », dit Mme Laforest, qui croit que des critiques formulées à l’endroit du maire sont « une question de perception ».

La ministre sous-entend que la Commission municipale du Québec mène présentement des vérifications. Un accompagnateur du ministère agit également auprès de la municipalité.

« S’il y a des points à améliorer dans le rapport que j’attends à la fin du mois, on va proposer qu’il y ait des améliorations », assure-t-elle.  

L’AMBIANCE DE TRAVAIL DÉNONCÉE

« C’est trop toxique comme ambiance, toujours du négatif. [Le maire] me demandait n’importe quoi. C’en était désastreux ! » –Jean-François Marcouiller, ex-directeur des travaux publics

« On sentait dans l’ensemble des bureaux municipaux un stress. Tout le monde marchait sur des œufs. » –Anne-Claude Hébert-Moreau, ex-responsable de l’urbanisme

« J’ai quitté en raison de Robert Gauthier. La façon qu’il est, la façon dont il se comporte, la façon dont il agit. » –Manon Shallow, ex-directrice générale

Les touristes sont de moins en moins présents  

La vitalité touristique de Saint-Élie-de-Caxton, longtemps moussée par l’œuvre de Fred Pellerin, est en train de s’effondrer.

La popularité du village avait atteint des sommets en 2015, alors que 60 000 visiteurs étaient venus découvrir « l’arbre à paparmanes » et « la traverse de lutins », issus du monde imaginaire du conteur. 

À l’été 2019, les ventes de billets pour les balades en carrioles et les audioguides ont chuté de 59 %.

La Municipalité a révisé en forte baisse les retombées économiques liées au tourisme dans ses prévisions budgétaires, passant de 304 000 $ en 2018 à 34 000 $ l’an dernier.

Selon son infolettre d’octobre 2020, 3725 visiteurs se sont présentés au bureau touristique l’été dernier et moins d’un millier de billets ont été achetés pour les principaux attraits.

Pandémie en région  

Saint-Élie-de-Caxton n’a visiblement pas su profiter de la ruée des touristes québécois observée dans d’autres régions.

Dans un court entretien téléphonique, le maire Robert Gauthier a affirmé que les données désastreuses sont en lien direct avec la pandémie. Selon lui, seule la Gaspésie a été envahie par les Québécois. 

Or, une étude menée par le ministère du Tourisme révèle que des entreprises touristiques de partout au Québec ont réussi à tirer leur épingle du jeu l’été dernier, surtout celles proposant des activités en plein air, et en particulier celles des régions à proximité des grands centres. La Mauricie se situe à mi-chemin entre Montréal et Québec.

Divorce avec Fred Pellerin  

À l’automne 2019, l’annonce de la fin de la collaboration entre Fred Pellerin et le village a résonné aux quatre coins de la province. À l’origine de la rupture, un litige entre lui et l’administration Gauthier au sujet de la création des balades audioguidées.

L’artiste a vidé son sac pour la première fois à ce sujet, se montrant amer. 

« Je ne travaillerai plus jamais avec la Municipalité, peu importe qui sera élu, jamais ! » lance-t-il.

Le maire soutient quant à lui que la Ville avait « une entente avec Fred Pellerin et Fred n’a pas voulu renouveler ».


À ne pas manquer, tous les détails à l’émission J.E. diffusée ce soir à 21 h, à TVA