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Course aux vaccins: où en est la planète?

Feu vert du régulateur européen pour AstraZeneca, premiers résultats encourageants pour Novavax et Johnson & Johnson et questions lancinantes autour des variants: la semaine écoulée a été riche en annonces sur les vaccins contre le COVID-19.

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Plus de 88 millions de doses ont pour l'instant été administrées dans le monde, dont 26 millions aux États-Unis (au 28 janvier) et 22,7 millions en Chine (au 26 janvier), selon des données compilées par l'AFP vendredi à 17h00 GMT.

Sur les 73 pays ou territoires où la vaccination a commencé, c'est Israël qui mène la course: plus du tiers de sa population a déjà reçu au moins une première injection.

En Europe, l'Agence européenne des médicaments (EMA) a recommandé vendredi de faire du vaccin d'AstraZeneca/Oxford le troisième approuvé, après ceux de Pfizer/BioNTech (administré depuis le week-end du 26/27 décembre) puis Moderna (6 janvier).

Ce feu vert, qui doit être entériné par la Commission européenne, intervient en pleine controverse entre l'UE et AstraZeneca à cause d'importants retards de production.

Le Royaume-Uni avait commencé à vacciner dès le 8 décembre avec le vaccin Pfizer/BioNTech et est devenu le 4 janvier le premier pays au monde à administrer celui d'AstraZeneca/Oxford.

Les États-Unis, eux, disposent des vaccins de Pfizer/BioNTech et Moderna depuis mi-décembre.

La Russie a démarré sa campagne le 5 décembre avec son vaccin national Spoutnik V. Et la Chine, où la pandémie a éclaté il y a un an, a commencé à vacciner dès l'été dernier. Plusieurs de ses laboratoires produisent un vaccin, les plus avancés étant ceux de Sinopharm et Sinovac.

Outre ces vaccins déjà administrés, basés sur différentes technologies, 58 autres sont testés sur l'homme dans le cadre d'essais cliniques, selon le dernier décompte de l'OMS.

Le développement et la mise sur le marché d'un nouveau vaccin prennent d'habitude dix ans en moyenne, un délai réduit à moins d'un an pour le COVID-19 grâce à l'accélération des procédures de recherche, de production industrielle et d'évaluation, appuyée par des financements colossaux.

Rien n’est gagné 

Cette vitesse inédite fait parfois oublier qu'arriver au but n'est pas gagné d'avance: le laboratoire américain MSD-Merck a stoppé cette semaine deux projets de vaccin (dont l'un développé avec l'Institut Pasteur), jugés pas assez efficaces.

Les vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna, qui utilisent la même technologie (l'ARN messager), affichent un très fort taux d'efficacité, de 95% et 94,1%. 

Le vaccin d'AstraZeneca/Oxford, lui, est efficace à 60% environ, selon les estimations de l'EMA. Il s'appuie sur une autre technologie, dite «à vecteur viral»: on prend pour base un autre virus (ici, un adénovirus de chimpanzé), adapté pour combattre le COVID.

De son côté, l'entreprise américaine Novavax a affirmé jeudi que le vaccin qu'elle développe était efficace à 89,3%. C'est un vaccin dit «sous-unitaire», à base de protéines (des antigènes) qui déclenchent une réponse immunitaire, sans virus.

Dernière annonce en date, celle de Johnson & Johnson vendredi, selon qui l'efficacité de son vaccin à vecteur viral est de 66% en général, et, surtout, de 85% pour prévenir les formes graves.

Ces annonces ouvrent la porte à des autorisations prochaines de ces deux vaccins.

Enfin, le Spoutnik V russe (à vecteur viral) et le vaccin chinois Sinopharm (qui utilise la technique classique du virus inactivé) se prévalent respectivement d'une efficacité de 91,4% et 79%, sans qu'on ait les données scientifiques détaillées.

Tous ces chiffres d'efficacité sont globaux, et on ne sait pas avec certitude à quel point ces vaccins protègent les personnes âgées, population particulièrement à risque.

Limite du vaccin AstraZeneca 

L'interrogation est particulièrement vive pour le vaccin d'AstraZeneca, que la commission de vaccination allemande a déconseillé jeudi aux plus de 65 ans, en arguant d'un manque de données.

L'EMA a au contraire jugé «qu'il peut être utilisé chez les plus âgés»: même si on manque de données pour cette classe d'âge, «on s'attend à une protection» en se basant sur l'expérience d'autres vaccins, a-t-elle estimé.

Au-delà de l'efficacité, le vaccin AstraZeneca/Oxford a comme avantages un prix bas (environ 2,50 euros la dose) et une logistique plus simple que ceux de Moderna et de Pfizer/BioNTech, qui ne peuvent être stockés à long terme qu'à très basse température (-20° Celsius pour le premier, -70°C pour le second).

Pour tous ces vaccins, d'autres questions restent en suspens: quelle est leur efficacité à long terme et empêchent-ils la transmission du virus, en plus de réduire la sévérité de la maladie chez les personnes vaccinées?

Cette question taraude les spécialistes alors que des variants plus contagieux du coronavirus classique pourraient à terme prendre sa place.

Variants qui inquiètent 

Si l'expansion du variant initialement détecté en Angleterre inquiète, les craintes liées au vaccin portent surtout sur un autre variant, qui a émergé en Afrique du Sud. L'une des mutations qu'il contient (appelée E484K) semble susceptible de rendre les vaccins moins efficaces, selon plusieurs études menées in vitro.

Moderna a assuré lundi que son vaccin était efficace contre le variant britannique et contre le Sud-Africain, mais dans une moindre mesure. L'entreprise va donc travailler à mettre au point une dose de rappel spécifiquement dirigée contre le variant sud-africain.

Pfizer et BioNTech ont pour leur part affirmé jeudi que leur vaccin restait efficace contre les principales mutations des variants anglais et sud-africain.

Des tests «n'ont pas montré la nécessité d'un nouveau vaccin pour faire face aux variants», selon les deux compagnies, qui se disent toutefois «prêtes à réagir» si une mutation résistante émergeait.

Variant sud-africain résistant 

Enfin, les résultats préliminaires de Novavax et Johnson & Johnson montrent que ces deux vaccins sont moins efficaces dans la partie de leurs essais cliniques réalisés en Afrique du Sud. Cela semble confirmer que le variant sud-africain pose plus de problèmes aux vaccins existants.

«Une course contre la montre s'engage» pour vacciner le plus de monde possible parallèlement à l'émergence des variants, a prévenu mi-janvier le Conseil scientifique qui guide le gouvernement français.

Pour tenter de vacciner plus largement, certains pays ont décidé de retarder la deuxième dose de vaccin. Le but: fournir une première dose à davantage de gens avant de passer à la deuxième.

Le Danemark a, par exemple, décidé de faire passer ce délai à 6 semaines, et le Royaume-Uni carrément à 12.

Or, les vaccins de Pfizer/BioNTech et Moderna ont été conçus pour que leurs deux doses soient administrées à 3 et 4 semaines d'intervalle.

Des spécialistes craignent donc qu'espacer davantage les doses nuise à l'efficacité du vaccin, voire favorise l'émergence de nouveaux variants à cause d'une protection seulement partielle de la population.

Début janvier, l'OMS a jugé que la deuxième dose pouvait être décalée «dans des circonstances exceptionnelles», en cas d'explosion de l'épidémie ou de problèmes d'approvisionnement. Mais le délai entre les deux ne doit pas excéder six semaines, avait-elle ajouté.

L'EMA a été plus prudente: elle a recommandé jeudi de s'en tenir à un intervalle de trois semaines entre les deux injections du vaccin Pfizer/BioNTech.

La France, qui envisageait initialement un report à six semaines, a finalement décidé mardi de respecter les délais prévus par les fabricants.

L'arrivée prochaine du vaccin de Johnson & Johnson pourrait aider à trancher le débat, puisque contrairement aux autres, ce vaccin ne nécessite qu'une injection.

Sécuritaire 

«Les avantages de Comirnaty (nom commercial du vaccin de Pfizer/BioNTech, (ndlr) dans la prévention contre le COVID-19 continuent de l'emporter sur tous les risques», a assuré l'EMA vendredi en publiant sa première mise à jour sur la sécurité de ce vaccin depuis que l'UE a commencé à l'administrer.

Ces dernières semaines, plusieurs pays ont signalé des cas de décès chez des personnes âgées et souvent très malades qui avaient auparavant reçu le vaccin. Après avoir analysé ces cas, l'EMA a conclu que «les données ne montraient pas de lien avec la vaccination avec Comirnaty» et a exclu tout «problème de sécurité».

La surveillance étroite des vaccins contre le COVID se poursuit, afin de détecter d'éventuels effets secondaires graves survenant à plus long terme.

Par ailleurs, comme tous les vaccins, ils peuvent provoquer des effets secondaires légers et attendus.

«Ces vaccins sont assez réactogènes (induisent des réactions, ndlr): leur niveau de sécurité est assez satisfaisant, mais par contre, ils font mal au bras, entraînent un sentiment de fatigue», avait expliqué en décembre la spécialiste française Marie-Paule Kieny lors d'une audition parlementaire.

Depuis que le vaccin Pfizer/BioNTech est administré, des cas d'allergie graves ont été signalés. Mais les spécialistes soulignent que la contre-indication concerne uniquement les patients allergiques à l'un ou l'autre des ingrédients contenus dans ce vaccin, et en particulier le polyéthylène glycol (PEG).

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