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L'UE instaure un contrôle des exportations de vaccins, dénoncé par l'OMS

Critiquée pour la lenteur des vaccinations, l'UE impose à partir de samedi des garde-fous aux exportations de vaccins contre la COVID-19 pour garder le contrôle des doses qui lui sont destinées, un dispositif dénoncé par l'OMS.

La Commission européenne a adopté vendredi une réglementation soumettant les vaccins à «une autorisation d'exportation» délivrée par les États. Elle doit entrer en vigueur après publication samedi au journal officiel de l'Union.

L'objectif du mécanisme, mis en place pour six semaines, est «d'avoir des informations exactes sur la production de vaccins et (savoir) où les entreprises veulent les envoyer», a expliqué le commissaire au Commerce Valdis Dombrovskis.

Ce sont les États membres qui exerceront ce contrôle et délivreront les autorisations à l'export, sur la base des «recommandations» émises par la Commission, après un échange entre les douanes nationales et Bruxelles.

Surtout, le dispositif prévoit d'obtenir des informations sur les exportations de vaccins, leurs destinations et les volumes acheminés, «pour une période couvrant les trois mois précédant l'entrée en vigueur», ce qui «permettra d'éclairer les mouvements des dernières semaines», fait valoir M. Dombrovskis.

Suspicions

Même si à la Commission, on se défend de viser une entreprise en particulier, le mécanisme est introduit sur fond de vif différend entre l'UE et le laboratoire suédo-britannique AstraZeneca, qui a annoncé réduire de trois-quarts ses livraisons de vaccins aux Vingt-Sept en raison d'un problème de «rendement» sur une usine en Belgique.

L'argument ne convainc guère Bruxelles. L'UE rappelle que le contrat signé supposait une production sur quatre usines (deux dans l'UE et deux au Royaume-Uni), et que des difficultés sur le seul site belge incriminé ne peuvent expliquer l'ampleur des retards.

D'autant que le contraste est flagrant avec sa promesse de fournir 2 millions de doses hebdomadaires au Royaume-Uni, où la campagne de vaccination continue de prendre de l'ampleur.

«Il ne peut pas y avoir d'un côté un retard significatif des livraisons à l'égard de l'Europe, et de l'autre des livraisons qui sont maintenues ou accélérées vers un autre pays», a renchéri le secrétaire d'État français aux Affaires européennes Clément Beaune.

«Plusieurs usines sont manifestement censées nous fournir les vaccins commandés, et pourtant nous ne recevons des doses que d'une seule d'entre elles...», note un responsable européen, sous couvert d'anonymat.

«Représailles»?

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a réprouvé l'initiative, y voyant «une tendance très alarmante».

«C'est toujours un sujet d'inquiétude de voir (...) restreindre l'exportation de ce qu'on peut considérer comme un bien public mondial», a indiqué devant la presse Mariângela Simão, sous-directrice générale de l'organisation, chargée de l'accès aux médicaments.

«C'est particulièrement préoccupant, car les chaînes de production sont diversifiées et fragmentées», avec des composants «venant du monde entier». Les contrôles européens peuvent «saper les efforts planétaires pour assurer un accès équitable» aux vaccins, a-t-elle regretté.

La Chambre de commerce internationale a dit redouter «des mesures de représailles par des pays tiers, au risque de déstabiliser rapidement des chaînes de production essentielles», selon une lettre envoyée jeudi à l'exécutif européen et consultée par l'AFP.

Bruxelles s'est voulu rassurant: «Il ne s'agit pas d'une interdiction des exportations! La plupart seront autorisées sans encombre» et les entreprises recevront une réponse «en 48 heures», a plaidé un responsable européen.

Il a précisé que le dispositif prévoit des exceptions pour les acheminements humanitaires vers les pays à bas revenus, ainsi que pour les pays situés dans le voisinage de l'UE - Suisse, Balkans occidentaux... mais pas le Royaume-Uni.

«Il ne s'agit pas de se défendre contre quiconque», ces contrôles entendent «protéger nos accords de précommandes (...) garantissant notre accès à des doses» et imposer «la transparence», a insisté la commissaire à la Santé Stella Kyriakides.

Pour Bruxelles, la «mesure d'urgence» s'imposait pour répondre à l'exaspération des États membres. La Belgique avait notifié mercredi à la Commission qu'elle se préparait à établir unilatéralement des restrictions, affirme une source européenne, rappelant que l'UE «décourage» ce type d'action individuelle.