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Peut-on emprunter sur sa maison pour faire fructifier son CELI?

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Illustration Adobe Stock

Le printemps va bientôt se pointer et avec lui arrivera la saison des renouvellements hypothécaires.

Je vous propose cette idée : si la taille de votre CELI vous donne des complexes, il y a peut-être ici une occasion de vous redonner une fierté. 

Vous pourriez emprunter sur la valeur de votre maison afin d’investir dans votre CELI. L’opération sera profitable si vous obtenez des rendements supérieurs aux intérêts de l’hypothèque. Comme les taux hypothécaires actuels sont à des creux historiques (moins de 2 % fixe pour cinq ans), il n’est pas nécessaire de rechercher des gains spectaculaires pour gagner au change.

Le succès n’est pas garanti, mais à moins de succomber à la tentation de dilapider le contenu du CELI ou de spéculer avec cet argent, le risque reste minime. 

Les conditions

Pour procéder, une bonne partie de la maison doit être libre de dettes. Deuxièmement, on doit disposer d’une certaine marge financière, car la stratégie augmentera les mensualités hypothécaires (à moins d’étirer la période d’amortissement de l’hypothèque). Évidemment, il faut aussi avoir accumulé des droits inutilisés de cotisation au CELI.

Sur le plan personnel, on doit faire preuve de discipline. Un minimum de tolérance au risque est requis, sans pour autant être cowboy. Si la perspective d’investir ailleurs que dans les obligations d’épargne du Québec vous angoisse, oubliez ça.

Comment faire ? 

La stratégie peut être mise en place très facilement. Au moment de renouveler votre hypothèque, demandez un refinancement pour un prêt plus élevé que le solde hypothécaire. S’il vous reste à payer à 100 000 $ sur votre maison, demandez une nouvelle hypothèque de 150 000 $, par exemple. 

Le refinancement occasionnera des frais de notaire, environ 800 $. Placez les 50 000 $ dans le CELI et investissez-le afin d’obtenir des rendements plus élevés que les intérêts du prêt. Le succès de la stratégie repose entièrement là-dessus. Oui, c’est plus facile à écrire qu’à faire. Sur une période de 5 ans, ce qui est relativement court, on peut se faire jouer des tours. 

Qu’est-ce que ça donne ? 

J’ai réalisé quelques calculs avec une hypothèse de rendement prudente : 4 % par année.

Comme point de départ, j’ai utilisé une hypothèque de 100 000 $ à taux fixe de 2 % sur 5 ans avec un amortissement sur 15 ans. J’ai comparé cette situation à un emprunt de 150 000 $ assorti des mêmes conditions. 

Dans ce dernier cas, les mensualités sont évidemment plus élevées. L’emprunteur qui recourt à la stratégie paiera 965 $ par mois contre 643 $ dans l’autre cas. Toutefois, celui qui sort plus d’argent de ses poches démarre avec 50 000 $ qui fructifient à l’abri de l’impôt dans le CELI.

Pour obtenir une juste comparaison, celui qui ignore cette stratégie investira graduellement dans son CELI la différence qui l’avantage sur le plan des mensualités (965 $ - 643 $ = 322 $/mois).

Pour savoir qui est le plus riche au prochain renouvellement hypothécaire dans 5 ans, on n’a qu’à prendre le solde du prêt de chacun et soustraire de ces montants la valeur de leur CELI respectif. Aussi simple que ça. 

Celui qui s’est lancé avec une hypothèque de 150 000 $ se retrouve après 5 ans avec un solde 104 885 $. À côté, son CELI vaut 60 833 $. En soustrayant la valeur du CELI de l’emprunt, on se trouve avec une dette de 44 052 $.

L’autre se retrouve au bout de l’exercice avec un solde hypothécaire beaucoup plus petit, à 69 924 $. Et il a accumulé 21 350 $ dans son CELI durant la période. Bilan : un passif de 48 674 $. 

On ne sait pas qui aura le plus de complexes, mais on connaît le plus riche. 

La joie d’une maison payée   

-J’ai évoqué la fierté d’avoir un CELI plus dodu, mais nombreux sont les propriétaires pour qui la priorité est de se libérer de leur hypothèque. S’empresser de rembourser son prêt hypothécaire n’est pas la stratégie qui enrichit le plus, surtout avec des taux aussi bas qu’en ce moment.    

-D’un autre côté, on comprend aussi la fierté d’habiter une maison entièrement payée. L’ambition est tout à fait louable. Si c’est la vôtre, allez-y sans gêne.