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Surdoses: la situation de plus en plus préoccupante à Montréal

drug addiction on the old wooden background

Victoria М - stock.adobe.com

Le nombre de surdoses de drogue ne cesse d’augmenter depuis la pandémie, et le couvre-feu n’a fait qu’envenimer les choses au cours du mois dernier.

«Même si les itinérants sont maintenant exemptés, les consommateurs ont quand même peur de sortir en pleine nuit pour aller dans un centre d’injection supervisée. Ils craignent d’être contrôlés par la police et que l’on trouve de la drogue sur eux», a témoigné Marie-Ève Grenier, de Spectre de rue, un organisme qui est installé dans le quartier Centre-Sud.

Par rapport à la même date l’an dernier, elle estime avoir eu connaissance de deux fois plus de surdoses et d’effets secondaires indésirables chez des consommateurs réguliers.

Et Cactus Montréal, qui a pignon sur rue dans le centre-ville, observe la même tendance. Dans un message publié samedi sur sa page Facebook, le centre d’injection supervisée dit avoir eu à «intervenir sur plusieurs surdoses sévères au cours de la dernière semaine».

On prévient également que du fentanyl a été dissipé dans des drogues en circulation, de même que de l’étizolam, un tranquillisant de la famille des benzodiazépines.

«Contrairement au fentanyl, la naloxone [un médicament utilisé pour traiter les intoxications] n’est pas efficace sur les benzodiazépines, comme ce ne sont pas des opioïdes», a commenté Marie-Ève Grenier, particulièrement inquiète, puisque les choses ne font qu’empirer depuis un an.

Appel à la décriminalisation

La fermeture des frontières, à cause de la COVID-19, rend considérablement plus difficile l’acheminement de la drogue. Les revendeurs coupent alors leurs stocks avec toutes sortes de produits que l’on peut trouver en pharmacie, comme du fentanyl, ou pire, des benzodiazépines.

«Les revendeurs coupent leur dope avec n’importe quoi!», a résumé Mme Grenier, qui presse Ottawa de décriminaliser la possession simple pour usage personnel de «drogues dures».

Selon elle, les toxicomanes seraient ainsi davantage portés à aller chercher de l’aide dans ce contexte difficile, alors qu’ils ne seraient plus arrêtés si on venait à trouver des stupéfiants en leur possession.

La Ville de Montréal est du même avis. À la fin janvier, une motion a été adoptée au conseil municipal pour demander au gouvernement fédéral de modifier la loi.

«Ça ne réglerait pas tout, mais ce serait un pas en avant. Il faut traiter la consommation comme une dépendance et non comme un crime», a souligné Marie-Ève Grenier. Elle est même d’avis qu’à long terme, les gouvernements devraient aller plus loin et permettre aux pharmaciens et aux médecins de distribuer des drogues récréatives.

«Ça permettrait de vérifier les quantités pour qu’il n’y ait pas de surdoses. Ça permettrait aussi aux consommateurs de créer des liens de confiance, de sorte que lorsqu’ils prendront la décision d’arrêter de consommer, on pourra mieux les accompagner», a-t-elle plaidé.

Une vraie épidémie

D’ici là, la crise des opiacés continue de faire des ravages dans le pays. Entre avril et juin, l’an dernier, 1628 décès ont été enregistrés, du jamais-vu depuis 2016, l’année où ces statistiques ont commencé à être comptabilisées.

En Colombie-Britannique, de loin de la province la plus touchée, le fentanyl a tué plus que la COVID-19 en 2020.

«On voyait ce qui se passait à Vancouver, mais les gouvernements ont peut-être trop tardé à réagir, ici. Mais c’était certain que ça allait arriver ailleurs au Canada», s’est désolée la cheffe d’équipe des services de consommation supervisée chez Spectre de rue.

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