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COVID-19: des jeunes en détresse et des parents à bout de ressources

Près de la moitié des jeunes de la Mauricie–Centre-du-Québec ont des symptômes reliés à de l’anxiété sévère ou à une dépression majeure, et un bon nombre de parents ne savent plus où cogner pour avoir de l’aide.

Une mère de deux adolescentes de 11 et 14 ans est inquiète. Depuis la pandémie et l’école à distance, elle compare l’état de son aîné à des montagnes russes.

«Elle a des moments de colère ou de tristesse non justifiés, elle est démotivée et là avec le bulletin on constate une chute dans les notes scolaires. Deux cours en échec et ça c’est une première», a témoigné cette mère qui souhaite garder son anonymat par respect envers ses filles.

Elle est loin d’être la seule 

Selon une récente étude de l’Université Sherbrooke, près d’un jeune de 12 à 25 ans sur deux (48 %) en Mauricie–Centre-du-Québec rapporte actuellement des symptômes compatibles avec un trouble d’anxiété généralisée ou une dépression majeure.

Trois fois plus de jeunes du secondaire rapportent une santé mentale passable ou mauvaise, comparativement à ce qui a été observé en janvier 2021 (30 % contre 11 %).

Hausse des demandes de service 

Les experts sont unanimes, il y a un rehaussement des demandes de service et ça pourrait prendre jusqu’à cinq ans avant de rétablir la situation.

«Dans le secteur privé, c’est du jamais vue, je dois refuser environ une dizaine de clients par semaine», a souligné la psychologue, Dre Marie-Claude Larivière.

«En ce moment, on reçoit des appels de parents qui ont déjà appelé à d’autres cliniques et malheureusement nous aussi on va être complet», a indiqué le psychologue Dr Victor-Olivier Hamel-Morasse.

Les parents se sentent à bout de ressources et limités dans les outils qu’ils peuvent fournir à leurs enfants.

«Je souhaite les aider, mais je ne suis pas capable de faire plus! Alors, je me suis tournée vers une aide professionnelle. Par contre, la plage horaire était complète et ça pouvait aller jusqu’à deux ans d’attente. Ce n’est pas normal d’attendre aussi longtemps. On parle en ce moment beaucoup des aînés et c’est vrai qu’ils ont besoin d’accompagnement, mais je pense qu’on doit aussi écouter nos jeunes qui vivent les répercussions de la pandémie», a ajouté la mère.

Voici des exemples de courriel que des psychologues reçoivent des parents qui ont mis la main sur des rendez-vous:

«Merci d’avoir pris en main le dossier de mon fils. Il s’en allait dans le mur avec son comportement» — père d’un enfant suivi.

«Dans la première semaine d’école, après les essais des fêtes pendant trois semaines, il y a eu des résultats immédiats à l’école. J’ai reçu des louanges des intervenants par courriel. Quand je lisais ces messages, j’avais les yeux pleins d’eau.» — père d’un enfant suivi.

Revoir la stratégie 

Des psychologues considèrent qu’il faut revoir les stratégies pour améliorer l’offre de service envers les jeunes, mais aussi pour les adultes.

«La seule façon d’avoir une intervention de masse et d’avoir une intervention qui est très efficace, c’est de mettre des cours d’éducation en santé mentale dans les écoles. En fait, ce n’est pas normal qu’on n’aborde pas la santé mentale dans les écoles», croit Dre Larivière.

«Il y a des programmes dans le monde qui l’inclue à des services d’assurance maladie, donc de quelle manière est-ce que ça pourrait être implanté de façon réelle, pas de cinq-six rencontres et on te ramène dans ton milieu. En ce moment, c’est comme un système de porte-tournante », considère Dr Hamel-Morasse.

«En ce moment, les jeunes sont moins physiquement à l’école, il est effectivement plus difficile pour le personnel enseignant et non enseignant de repérer ces jeunes-là qui sont en difficulté. Puisque malheureusement un jeune tranquille, ne veut pas dire qu’il est un jeune qui va bien. On travaille en ce moment à donner du matériel aux parents, on travaille également avec les centres de services scolaires pour s’assurer qu’on n’a un filet de sécurité autour des jeunes», a indiqué le directeur adjoint au continuum jeunes en difficulté et santé mentale du CIUSSS-MCQ, Éric Tremblay.

Le CIUSSS de la Mauricie–Centre-du-Québec compte 250 personnes en liste d’attente, mais la direction assure qu’elles seront vues en moyenne à l’intérieur de 47 jours. Un délai qui est plus court si les besoins sont plus urgents.