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Trop facile de se procurer une arme

Ak47

Photo d'archives

La relative facilité avec laquelle il est maintenant possible de se procurer une arme à feu et la glorification de la culture des gangs chez les jeunes sont au cœur des fusillades qui secouent Montréal, selon plusieurs observateurs.

« On voit de plus en plus de gens qui ne sont pas des criminels d’expérience qui se retrouvent avec un fusil dans leurs mains », constate le criminaliste Michael Morena.

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« Il y a quelques années, les personnes qui se faisaient arrêter avec une arme à feu étaient liées au crime organisé, ça faisait partie de leur travail. Maintenant, des jeunes en ont pour faire des clips de rap », illustre un autre avocat, qui a demandé l’anonymat pour ne pas nuire à sa clientèle.

C’est que les sources d’approvisionnement en armes à feu pour ces petits criminels en puissance se multiplient, notamment sur le marché noir en ligne.   

« Avant, les armes provenaient essentiellement des États-Unis. Maintenant, nous avons le trafic domestique, le dark web et des armes fabriquées », énumère Robert DiDanieli, détective pour le Service de police de Toronto.

Là, le problème des fusillades est dramatique depuis plusieurs années.

Problème préoccupant  

Cette accessibilité aux armes à feu permet à des jeunes, qui ne baignent pas nécessairement dans le crime, de s’en procurer et de les utiliser « pour n’importe quoi », souligne la criminologue Maria Mourani.

« Après, il y a une simple chicane et ils s’affrontent avec des armes. C’est préoccupant », dit-elle.

Des fusillades récentes dans l’est de Mont-réal seraient en effet le fruit de différends plutôt futiles, et non pas d’une guerre de territoire. 

Sur les réseaux sociaux, des jeunes banalisent les armes en s’exhibant avec leurs possessions, affirme Slim Hammami, coordonnateur au Café-Jeunesse multiculturel, à Montréal-Nord.

« Il y a comme une bulle qui s’est créée. Ils ont de la difficulté à sortir de cette ambiance. C’est leur nouvelle réalité. Pour eux, c’est normal que ça fonctionne comme ça », explique-t-il. 

Si la glorification de la culture de la rue et des armes chez les jeunes n’est pas récente, les réseaux sociaux ont amplifié le phénomène, selon le sociologue Jooyoung Lee, professeur à l’Université de Toronto : « Maintenant, ils ont Instagram ou YouTube pour la promouvoir ».

Pour se protéger  

Ironiquement, le fait que davantage de jeunes possèdent désormais une arme à feu en pousse d’autres à s’armer, souligne Roberson Berlus, travailleur de rue au Café-Jeunesse multiculturel.

« Il y a cette peur. Certains me disent : “C’est dangereux, il faut que je me défende”, confie-t‐il. Depuis la dernière année, presque tous ces jeunes-là connaissent quelqu’un, de près ou de loin, qui a été atteint par balles. »

– Avec Michael Nguyen et Antoine Lacroix

Comment les criminels s’en procurent  

Par la poste

Anatoliy Vdovin vendait de chez lui des AK-47 qu’il recevait en pièces détachées.

Photo d'archives

Anatoliy Vdovin vendait de chez lui des AK-47 qu’il recevait en pièces détachées.

Anatoliy Vdovin

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Des contrebandiers discrets préfèrent vendre des carcasses d’armes à feu. Avec cette base, l’acheteur peut ensuite se procurer d’autres pièces pour assembler une arme. C’était le cas d’Anatoliy Vdovin, un trafiquant montréalais qui vendait sur internet des carcasses d’AK-47, qu’il envoyait par la poste. 

Le silencieux qu’aurait commandé par la poste Karl Maheux, qui a fait l’objet d’une perquisition de la GRC la semaine dernière.

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Le silencieux qu’aurait commandé par la poste Karl Maheux, qui a fait l’objet d’une perquisition de la GRC la semaine dernière.

C’est aussi grâce à un colis intercepté par les services frontaliers qu’un résident de L’Ancienne-Lorette a été arrêté la semaine dernière avec un véritable arsenal.  


Avec une imprimante

En 2019, une perquisition de la police de Montréal chez Giovanni Presta Jr. à Terrebonne a permis de trouver­­ une imprimante 3D servant à fabriquer des armes à feu.

Photo d'archives

En 2019, une perquisition de la police de Montréal chez Giovanni Presta Jr. à Terrebonne a permis de trouver­­ une imprimante 3D servant à fabriquer des armes à feu.

La sophistication des imprimantes 3D est une nouvelle menace dans le fléau de la contrebande d’armes à feu. Les autorités s’inquiètent du fait qu’elles permettent à des criminels de construire des armes ou des pièces pouvant servir à transformer des armes d’épaule en semi-automatiques pouvant tirer des rafles.

Le type d’arme de poing qu’on peut fabriquer avec ce type de machine.

Photo AFP

Le type d’arme de poing qu’on peut fabriquer avec ce type de machine.

En septembre, la GRC a saisi une arme de poing imprimée en 3D chez un contrebandier de la Nouvelle-Écosse. Les enquêteurs de la police de Montréal avaient aussi découvert en 2018 une imprimante 3D dans l’atelier secret d’un armurier lié au crime organisé, accusé depuis d’avoir pris part au meurtre d’un motard.


En volant des armes

Pas besoin d’aller loin pour trouver des armes à feu, se disent des criminels, qui n’hésitent pas à cibler des chalets de chasseurs ou des armuriers afin d’y voler du matériel et le revendre sur le marché noir. 

L’été 2016 a d’ailleurs été le théâtre de ce type de vol à travers le Québec, a rappelé une juge dans une récente décision à Granby. « Plus d’une cinquantaine d’armes à feu ont été volées et ensuite mises sur le marché noir, avait-elle dit. Elles sont maintenant entre les mains d’individus ayant vraisemblablement l’intention de les utiliser. »

Plus récemment, à Roberval, un homme s’était fait prendre après avoir volé neuf armes à feu dans une maison, ainsi que d’autres objets qu’il a tenté de revendre.


En allant aux États-Unis

Acheter des armes à feu aux États-Unis est beaucoup plus simple, si bien que des criminels n’hésitent pas à s’en procurer chez nos voisins du Sud pour les importer illégalement. Une Montréalaise a été coincée avec 19 armes à feu prohibées ou à autorisation restreinte cachées dans son véhicule, ainsi que 32 chargeurs et un silencieux, lors d’un passage à la frontière en 2018. Elle est toujours en attente de son procès.

Rien qu’en 2019, l’Agence des services frontaliers du Canada a intercepté 20 103 armes à feu, armes et dispositifs prohibés. Ces chiffres incluent tant les silencieux que les chargeurs haute capacité, mais aussi les poings américains, entre autres. 


Dans son usine

Des trafiquants n’hésitent pas à fabriquer des armes clandestinement dans des usines locales. C’est ce qu’a fait Jean-Pierre Huot, qui faisait croire à ses employés qu’il s’agissait de fusils pour balles de peinture. 

Il produisait plutôt dans son usine de LaSalle des répliques de TEC-9 et TEC-22, des armes semi-automatiques suédoises. 

Vendues sur le marché noir, ces armes ont servi à de nombreux crimes, dont l’assassinat du caïd Ducarme Joseph. Huot a écopé de sept ans de pénitencier en 2018.