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Le manque de travailleurs étrangers nuit à la reprise économique

GEN-ÉTRANGERS-CHAMPS

FRANÇOIS-DAVID ROULEAU/l'ÉCHO DE LA RIVE-NORD/AGENCE QMI

Plusieurs secteurs économiques souhaitent augmenter leur nombre de travailleurs étrangers temporaires au risque de perdre des contrats ou de carrément déménager leurs activités aux États-Unis.

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Présentement, le programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) mis en place par le ministère de l’Emploi et Développement social fixe à 10% le nombre de travailleurs étrangers temporaires avec un salaire plus bas que 22$ de l’heure au Québec, soit l’équivalent du salaire horaire médian de la province.

Cette mesure est en place afin de protéger les travailleurs canadiens. Pour les hauts salaires, il n’y a pas de limite, mais le recrutement est tout aussi difficile.

Selon le président de la firme de recrutement technique Métier Plus International, Sylvain Pelletier, c’est le jour de la marmotte. Avec la reprise économique, les problèmes de pénurie de main-d’œuvre vécus avant la pandémie sont de retour.

«C’est assez simple. Tous les métiers techniques sont en pénurie de main-d’œuvre», révèle-t-il.

Alexandre Desmarais, directeur des opérations chez CNC Solstice, une entreprise de soudure basée à Saint-Hubert, en Montérégie, vit aussi le même problème. Faute de main-d’œuvre, le temps d’attente promis pour les commandes de ses clients a doublé récemment. Concrètement, M. Desmarais prend l’exemple de contrats gouvernementaux qui pourraient prendre donc deux fois plus de temps à voir le jour.

 Il en est de même dans le secteur manufacturier.

«C’est vraiment un frein. Il y a des gens qui n’arrivent pas à prendre les commandes et doivent en refuser, car ils ne sont pas capables d’avoir les travailleurs dont ils ont besoin. Plusieurs à qui je parle en région à travers le Québec pensent à consolider leurs entreprises du côté américain, car ils n’y arrivent pas», déplore la présidente de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, Véronique Proulx.

En date du 31 décembre, le taux d’emploi dans son secteur était de 96,9%, soit le même qu’au mois de mars 2020.

«Même si on a [environ] 100 000 chômeurs [au Québec], personne ne postule pour ces postes-là», reconnaît-elle.

Solution

Tous sont unanimes: augmenter le nombre de 10% le nombre de travailleurs étrangers aiderait grandement leur entreprise, car ces emplois ne sont pas comblés au Québec ou n’intéressent pas les chômeurs.

Dans ce contexte, Mme Proulx souhaiterait un taux de travailleurs étrangers personnalisé aux besoins de l’entreprise.

«Pourquoi mettre un pourcentage? C’est unique à chaque entreprise. Il n’y a pas un taux qui va faire l’affaire de personne», déclare-t-elle, soulignant les démarches administratives déclarées par les entreprises pour prouver leur problème.

Selon M. Pelletier, augmenter les salaires des travailleurs étrangers n’est pas nécessairement la solution.

«Tu es obligé de payer le même salaire que les employés qui sont dans l’usine. S’ils sont syndiqués, tu ne peux pas jouer avec les salaires comme tu veux», explique-t-il.

«Si tu augmentes trop les salaires, tu ne seras pas compétitif avec ce qui vient d’ailleurs». Le consommateur sera aussi affecté, car il paiera beaucoup plus cher le même produit, dit-il du même souffle.

Au moment d’écrire ces lignes, nous étions en attente d’une réponse d’Emploi et développement social Canada. Du côté provincial, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a annoncé vendredi une aide financière de 1,9M qui permettra la mise sur pied d'une offre de formation inédite s'adressant aux personnes au chômage, particulièrement à celles des secteurs de l'économie les plus touchés par la crise sanitaire.