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Des milliers de Birmans ont manifesté, internet à nouveau coupé

Internet a de nouveau été coupé très tôt mardi au Myanmar où des milliers de personnes ont encore manifesté la veille pour réclamer la démocratie, malgré le déploiement de troupes par la junte dans plusieurs villes.

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Des «coupures d'internet» sont en cours depuis 01h (heure locale) sur l'ensemble du territoire birman, a annoncé l'ONG spécialisée NetBlocks, qui a son siège à Londres.

Les connexions avaient aussi été interrompues pendant des heures la nuit précédente, avant d'être rétablies en début de matinée, au moment de la reprise du travail.

À Rangoun, la plus grande agglomération et la capitale économique, des milliers de personnes s'étaient réunies dans la journée devant les ambassades de Chine et des États-Unis, avec des slogans comme «Dehors le dictateur !» écrits sur des banderoles.

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Elles ont également été des milliers devant les locaux de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi, dont le gouvernement civil a été renversé le 1er février par l'armée, qui a ainsi mis fin à une fragile transition démocratique de 10 ans.

Plus de mille contestataires s'étaient en outre regroupés près du siège de la banque centrale. »Nous n'avons pas peur d'être arrêtés ou fusillés», avait alors lâché Nyein Moe, une guide touristique.

La présence de militaires appuyés par des véhicules blindés a toutefois refréné les ardeurs, tandis que des entreprises ont envoyé des courriels à leurs employés pour les inciter à ne pas manifester. 

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«On a eu très peur. On a cru qu'ils (les soldats) allaient nous tirer dessus comme par le passé», a raconté Nyein Moe, une allusion aux soulèvements populaires de 1988 et de 2007 réprimés dans le sang.

D'autres rassemblements se sont déroulés à Naypyidaw, la capitale administrative, où une vingtaine d'étudiants ont été interpellés, et à Mandalay, la deuxième ville birmane, où la police, qui a fait usage de balles en caoutchouc, a blessé au moins six contestataires.

Risque de «graves conséquences»

Inculpée pour avoir importé illégalement des talkies-walkies, Aung San Suu Kyi, 75 ans, a de son côté été maintenue en détention jusqu'à mercredi à la suite du report d'une audience. Elle est «en bonne santé», assignée à résidence à Naypyidaw, a cependant assuré ce week-end la LND.

La peur des représailles est omniprésente au Myanmar, un pays qui a déjà vécu près de 50 ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948.

D'autant que les forces de l'ordre ont déjà dispersé des rassemblements en tirant sur des manifestants depuis le coup d'État. Une femme de 20 ans, grièvement blessée la semaine dernière, est toujours dans un état critique.

De plus, quelque 400 personnes -responsables politiques, militants, médecins, étudiants- ont au total été arrêtées.

Les événements au Myanmar continuent par ailleurs de préoccuper la communauté internationale.

«Les arrestations de dirigeants politiques, de fonctionnaires, d'acteurs de la société civile et de représentants des médias sont profondément préoccupantes», a ainsi réagi lundi l'ONU, selon laquelle les coupures d'internet sapent «les principes démocratiques fondamentaux».

Quant à la diplomate suisse Christine Schraner Burgener, l'émissaire des Nations unies, elle «continue d'insister auprès de l'armée sur le fait qu'elle doit s'abstenir de toute violence et respecter pleinement les droits de l'homme, les libertés fondamentales et l'État de droit», l'avertissant que «toute forme de réaction brutale risquait d'avoir de graves conséquences».

Les États-Unis ont pour leur part pris une série de sanctions à l'encontre de plusieurs généraux.

Avant lundi, des centaines de milliers de Birmans étaient descendus dans les rues, le plus fort vent de fronde depuis la «révolution de safran» - encadrée par des moines - de 2007, tandis que de nombreux fonctionnaires s'étaient mis en grève pour soutenir le mouvement.

En réaction, les généraux putschistes, qui contestent la régularité des législatives de novembre, massivement remportées par la LND, ont autorisé les perquisitions sans mandat ou les placements en détention pour une courte période sans le feu vert d'un juge.

Pour leur chef, Min Aung Hlaing, paria au plan international en raison des exactions commises contre les musulmans rohingyas en 2017, ce qui se passe au Myanmar reste «une affaire intérieure».