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La coroner reporte l'enquête publique

La coroner Géhane Kamel a reporté ce matin «à contrecoeur» l’enquête publique du coroner sur l’hécatombe qui s’est produite au CHSLD Herron de Dorval, où 47 aînés sont décédés lors de la première vague de COVID-19. 

« Mon seul souci ce matin est le respect des familles endeuillées et de la population », a résumé Me Kamel, au palais de justice de Montréal.

Assistée du Dr Jacques Ramsay, la coroner devait débuter cette semaine l’audition de témoins en vue de faire la lumière sur les circonstances troubles dans lesquelles sont décédés 47 aînés en avril dernier. 

Or, l’avocate du CHSLD Herron a demandé hier le report des audiences publiques, car la gestionnaire Samantha Chowieri et le directeur général Andrei Sabin Stanica font actuellement l’objet d’une enquête criminelle.

Les représentants du centre d’hébergement et de soins de longue durée désiraient donc s’assurer d’avoir un procès juste et équitable, si le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) devait autoriser des accusations de négligence criminelle à leur endroit.

« Ils aimeraient beaucoup collaborer aux travaux de l’enquête publique, mais qu’en serait-il de leur droit au silence [prévu par le Code criminel], s’ils devaient témoigner dans la présente audience », a fait valoir hier Me Nadine Touma.

La criminaliste anticipait d’ailleurs une décision du DPCP « dans un avenir plus rapproché que lointain ».

« Dilemme déchirant »   

Cette demande plaçait la coroner Kamel devant « un dilemme déchirant », a-t-elle illustré ce matin.

Si elle ne donnait pas droit à la requête de Me Touma, celle-ci se serait assurément tournée vers des tribunaux supérieurs pour faire appel de la décision. Et de longs délais s’en seraient inévitablement suivis.

« La dernière fois qu’une enquête a reçu une telle contestation, cela a mené à quatre ans d’attente », a souligné Me Kamel.

Considérant que les familles endeuillées des aînés de Herron ont « assez attendu pour avoir des réponses », la coroner a estimé qu’il était « primordial [qu’elle] puisse demeurer maître de [l’]agenda » des audiences.

Remis en septembre   

C’est donc « en conséquence et à contrecœur » qu’elle a annoncé un délai de sept mois avant l’audition du premier témoin impliqué dans l’hécatombe du CHSLD Herron.

« En espérant un dénouement quant à des accusations criminelles d’ici septembre prochain », a conclu Me Kamel, lançant du même coup un message au DPCP, qui avait indiqué hier « qu’il n’y a pas d’échéancier » pour rendre sa décision.

Mais si les représentants du CHSLD Herron devaient faire face à la justice criminelle, il y a fort à parier que leur avocate s’opposerait à ce qu’ils témoignent devant la coroner Kamel.

Familles déçues   

Par ailleurs, le report des audiences publiques du coroner a grandement déplu à des proches d’aînés décédés à Dorval, comme la fille de Stanley Pinnell, 96 ans.

Moira Davis trouve ce long processus « absolument épuisant ».

« Suis-je déçue, oui, absolument. Y aura-t-il des accusations criminelles, je ne sais pas. Mais si la police a suffisamment de preuves, qu’est-ce qu’ils attendent [les procureures de la Couronne] », a fait valoir la dame de 61 ans, jointe à sa résidence en Saskatchewan.

D’emblée, Mme Davis est peu enthousiaste face à l’enquête du coroner, car « c’est le gouvernement du Québec qui enquête sur lui-même ». 

Celle qui a grandi à Montréal aimerait qu’une enquête pancanadienne sur l’hécatombe des maisons de retraite soit lancée par le gouvernement fédéral.

« C’est la seule façon d’agir. Parce qu’en ce moment, personne ne veut aller dans une résidence pour aînés, c’est terrifiant », a-t-elle insisté.

D’ici la reprise des audiences, la coroner Kamel se penchera sur la mort de six autres aînés dans des CHSLD de Lanaudière, la Montérégie, la Mauricie et Chaudière-Appalaches, notamment.