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Pier-Luc Funk, acteur à tout faire

Pier-Luc Funk

Photo Chantal Poirier

Pier-Luc Funk

L’édifice TVA a revampé sa devanture l’automne dernier. Quand on longe le boulevard De Maisonneuve à Montréal, on remarque dorénavant les têtes d’affiche du réseau exposées en vitrine. Chaque silhouette est accompagnée d’un qualificatif : «complice» pour Charles Lafortune, «inspirante» pour Lara Fabian, «rayonnant» pour Gino Chouinard... Pour Pier-Luc Funk, c’est «polyvalent». 

Ce choix d’adjectif n’étonnera personne. Depuis une douzaine d’années, l’acteur remplit son carnet de chasse à vitesse grand V. 

Comédie, drame, jeunesse, improvisation, animation... Cinéma, télé, scène, radio... Il conquiert chacune des avenues qu’il explore.

«Plus t’as de cordes à ton arc, plus tu peux faire des affaires», déclare l’autodidacte de 26 ans au Journal.

Les 12 derniers mois nous ont donné un bon aperçu de tout ce qu’il peut accomplir. 

Du suspense psychologique de Fragile aux sketches humoristiques d’Entre deux draps, en passant par l’improvisation structurée de Rue King et l’animation des gentils bien-cuits de Sans rancune, sa palette est large.

Le tout, sans oublier son travail du côté jeunesse, avec Mammouth et Pour toujours, plus un jour, projets grâce auxquels il s’est illustré aux derniers Prix Gémeaux.

«Mon but, c’est d’offrir quelque chose de différent chaque fois, souligne Pier-Luc Funk. Je n’ai pas envie de devenir du prémâché ou d’ennuyer les gens. Je n’ai pas envie qu’ils se disent : “Ah non ! pas encore lui”»

Avec Marc-André Grondin dans Fragile

Photo courtoisie

Avec Marc-André Grondin dans Fragile

Se lancer des défis

C’est en ralliant la distribution de SNL Québec, l’adaptation de Saturday Night Live diffusée à Télé-Québec en 2014 et 2015, que Pier-Luc Funk a réalisé combien c’était important de «savoir tout faire».

«Pour ne jamais répondre non, explique le principal intéressé. Si c’est non, c’est parce que t’en as pas envie ; pas parce que t’es pas capable de faire
quelque chose. Et personnellement, je trouve ça beau d’essayer de devenir un artiste le plus complet possible.»

Depuis SNL Québec, Pier-Luc Funk se lance régulièrement des défis. Des défis qui l’amènent à sortir des sentiers battus, à s’aventurer en terrains inconnus. 

Avec Vincent Bolduc en coulisses des enregistrements de Rue King

Photo courtoisie

Avec Vincent Bolduc en coulisses des enregistrements de Rue King

À 100 %

Cette volonté de plonger tête première explique en grande partie pourquoi toute l’industrie s’arrache Pier-Luc Funk. C’est ce qu’on réalise en parlant aux gens qui l’entourent.

Producteur au contenu sur Mammouth et Rue King, Vincent Bolduc apprécie l’audace du comédien. «Il prend des risques, il essaie des choses.»

Aux dires de Vincent Bolduc, Pier-Luc Funk cherche toujours à s’améliorer, une clé pour durer dans ce métier.

«Il veut toujours perfectionner quelque chose. S’il peut faire mieux, il veut le savoir. Il prend les notes des autres. Et chaque fois, il donne tout ce qu’il peut. Avec lui, ce n’est jamais 80 % ; c’est toujours 100 %.»

Même son de cloche du côté du comédien et réalisateur Jean-Carl Boucher, son ami depuis bientôt 10 ans.

«Pier-Luc a besoin de bouger. Il n’est pas capable de rester en place. C’est un workaholic. Il est compétitif, mais envers lui-même. Je ne l’ai jamais vu économiser son énergie. Peu importe le projet. C’est une qualité admirable.»

Une roue qui tourne

Pier-Luc Funk a trouvé sa voie très jeune. «Quand j’étais petit, je n’étais pas bon au hockey ; je faisais du théâtre. C’était mon loisir.»

Le jeu n’est pas resté un loisir bien longtemps puisqu’il a décroché son premier grand rôle à 12 ans dans Un été sans point ni coup sûr de Francis Leclerc.

Ce long métrage a lancé sa carrière. Ont suivi Tactik, la Ligue nationale d’improvisation, MED, Le chalet, Code G, Mémoires vives (Gémeaux du Meilleur premier rôle masculin en 2017), Matthias et Maxime... La roue n’a jamais arrêté de tourner... jusqu’au printemps dernier, quand une certaine pandémie est débarquée. Étonnamment, le bourreau de travail décrit cette période d’accalmie de «super bénéfique».

«Pas voir ma famille, mes amis, j’ai trouvé ça rough, mais en général, j’ai trouvé ça bien de prendre un moment pour relaxer.»

Avec Virginie Ranger-Beauregard dans Entre deux draps

Photo courtoisie

Avec Virginie Ranger-Beauregard dans Entre deux draps

Opportunités inattendues

Malgré la COVID-19, Pier-Luc Funk a connu une année 2020 chargée. Certes, quelques projets sont tombés à l’eau. Côté télé, les tournages de Plan B ont été reportés. Côté théâtre, les représentations des Voisins, qui devaient être données à guichet fermé, ont été suspendues.

D’autres options sont toutefois venues remplir l’agenda du comédien.

Parmi elles, on signale la comédie à sketches Entre deux draps, qui récolte passablement de succès sur Noovo depuis janvier. 

Brossant le quotidien de quatre couples et deux colocs, la série présente une particularité : elle met en vedette des duos de comédiens qui habitent ensemble, ce qui leur permet d’être à moins de deux mètres devant l’objectif. Pier-Luc Funk partage ainsi ses scènes avec Virginie Ranger-Beauregard, sa véritable copine.

«Jouer avec sa blonde, c’est spécial. Quand tu l’embrasses devant les caméras, t’as un peu l’impression d’exposer ton couple. Mais l’avantage, c’est qu’on n’a pas besoin de travailler la complicité. Et puis, on joue des rôles qui sont tellement loin de nous. Virginie joue une fraîche-pette, une étudiante en sexologie, une fille de riche, une fille à papa. Elle n’est pas du tout comme ça dans la vie. Et moi, je fais quelqu’un de gêné et d’insécure, qui répare des cellulaires.»

Une «grande liberté»

Dans un courriel transmis au Journal, le créateur d’Entre deux draps, Matthieu Pepper, révèle qu’il souhaitait retenir les services de Pier-Luc Funk au tout début du projet, bien avant qu’une certaine pandémie entraîne son lot de contraintes.

«Parce qu’il maîtrise vraiment le ton réaliste de l’humour qu’on voulait exploiter, écrit l’humoriste. Ça facilite la tâche d’un auteur de savoir qu’il écrit pour quelqu’un comme Pier-Luc.»

Quant aux raisons du succès du comédien, Matthieu Pepper fait écho aux paroles de Vincent Bolduc en mentionnant «sa grande liberté».

«Aussitôt que “action” se fait entendre, il saute dans chacune des scènes avec justesse, originalité, mais surtout, avec une grande liberté. Il ne réfléchit plus. Il vit la scène. Il s’affranchit de tout jugement pour aller au bout.»

Aux commandes de Sans rancune, avec Pierre-Yves Roy-Desmarais et Hélène Bourgeois-Leclerc

Photo courtoisie

Aux commandes de Sans rancune, avec Pierre-Yves Roy-Desmarais et Hélène Bourgeois-Leclerc

Stand-up et chansons

Sans rancune fait également partie des projets-surprises coronaviraux. Dans cette nouveauté créée et produite par Attraction Images (En direct de l’univers) en collaboration par Québecor Contenu, Pier-Luc Funk accueille chaque semaine en studio 25 personnes ayant quelque chose en commun, la plupart du temps un métier (pompiers, coiffeurs, drag queens) ou encore une passion (musique country, entraînement physique, Canadien de Montréal). Avec ses complices, Hélène Bourgeois-Leclerc et Pierre-Yves Roy-Desmarais, il passe une heure à « taquiner » ce groupe.

Sans rancune permet à Pier-Luc Funk de défricher de nouveaux territoires, comme livrer des numéros de stand-up

Avec son beau palmarès en improvisation, on pourrait penser qu’une responsabilité du genre ne l’énerverait pas outre mesure, mais on ferait erreur.

«Je suis habitué d’improviser. Une page blanche, ça ne me fait pas peur, parce que je peux écrire ce que je veux dessus. S’il y a quelque chose qui ne marche pas, je peux changer de direction et faire autre chose. C’est moi qui décide. Mais en stand-up, si ce n’est pas drôle, ce n’est pas drôle. Tu n’as pas d’échappatoire. T’es un peu prisonnier. C’est quand même stressant de savoir que peu importe ce qui arrive, tu dois te rendre du point A au point B en gardant le même chemin.»

L’animateur s’amuse également à pousser la note dans l’émission, chose qu’il n’aurait jamais osé faire avant.

«J’étais en comédie musicale au secondaire, et j’avais peur de chanter. J’étais terrorisé ! Heureusement, j’ai réussi à vaincre cette peur. Aujourd’hui, je chante toujours aussi mal, mais j’y vais à fond pareil!»

Un premier scénario   

Pier-Luc Funk a profité du confinement du printemps dernier pour compléter l’écriture d’un scénario de film avec Jean-Carl Boucher (1981). La paire a développé quelques courts métrages au fil des années, mais jamais un projet d’une telle envergure, soutenu par une maison de production.

«C’est une nouvelle affaire, commente le scénariste en herbe. C’est un nouveau défi que je voulais me lancer.»

Entre amis

Pier-Luc Funk et Jean-Carl Boucher présenteront bientôt leur scénario aux institutions pour obtenir du financement.

Joint au téléphone, Jean-Carl Boucher parle d’une comédie d’été qui traite d’un sujet lourd, mais avec légèreté. Mais il parle surtout d’une collaboration avec un bon ami. «C’est un charme, travailler avec Pier-Luc, souligne l’acteur et réalisateur. On n’a pas tout à fait la même personnalité. Je dirais qu’il est plus hyperactif que moi. Ça crée un parfait équilibre.»