/regional/montreal/lanaudiere

Vidéoconférences dans le stationnement

Joël Lemay / Agence QMI

Des résidents de Lanaudière doivent aller dans des stationnements de grandes chaînes de restauration afin utiliser du Wi-Fi de qualité, parce qu’ils n’ont toujours pas internet haute vitesse chez eux.

« Je dois aller dans une ville avoisinante et me stationner le plus près possible d’un McDo ou d’un Tim Hortons pour capter leur internet gratuit », explique Guillaume Lefebvre, un résident de Saint-Calixte, alors que la pandémie a fait ressortir encore plus le besoin d’internet haute vitesse dans les foyers de ce secteur.

Il s’y rend à l’occasion pour télécharger des fichiers, mais surtout pour assister à ses rendez-vous médicaux une fois par mois en vidéoconférence – pandémie oblige – à bord de sa voiture dans des stationnements de Saint-Lin–Laurentides, notamment. Ses rendez-vous médicaux se faisaient en personne auparavant.

« Cauchemar »

« Je n’aurais jamais cru que l’internet, chose qui peut nous sembler si accessible, devienne un cauchemar ! »

Saint-Calixte est d’ailleurs l’une des villes les moins bien servies de la MRC de Montcalm – qui comprend aussi Sainte--Julienne, Saint-Liguori et Saint-Esprit –, où il reste encore environ 5600 adresses à brancher à internet haute vitesse.

Cela représente le quart des quelque 21 600 ménages que comptait cette MRC au recensement de 2016.

Même les réseaux cellulaires laissent à désirer. « J’ai déjà dû appeler le 911 et la ligne coupait toujours », ajoute M. Lefebvre.

À son domicile, il ne bénéficie que d’une vitesse de 0,2 à 0,8 Mbit/s avec son modem. Une vitesse de 1 à 3 Mbit/s est considérée comme lente. Il a de la difficulté à ouvrir des photos, entre autres.

Regroupements de voisins au Tim

Julie Lamoureux, une relationniste de presse qui travaille de sa maison de Saint-Calixte, explique pour sa part que ces stationnements font même l’objet de « regroupements » de gens non branchés qui ne peuvent plus aller dans leurs locaux de Montréal en raison de la COVID-19, par exemple.

« Mes vidéoconférences de travail se font dans le stationnement du Tim Hortons de Saint-Lin, comme plusieurs de mes voisins, dit-elle. On se croise dans le stationnement, ce n’est même pas une blague. »

Marc-André Pouliot, de Sainte-Julienne, déplore de son côté que son garçon de 5 ans ne puisse participer à des activités sur Zoom avec sa professeure.

« J’ai accès à internet satellite, mais entre ça et ne pas en avoir, je ne sais pas c’est quoi qui est le pire, relate-t-il. S’il mouille, la réception coupe, s’il neige, la réception coupe, et s’il ne fait pas beau quelque part au Québec, la qualité est saccadée. »

Bien des obstacles au branchement

Desservir ce territoire ne semble pas rentable pour les fournisseurs internet, a expliqué Pierre La Salle, qui a été préfet de la MRC de Montcalm avant d’annoncer sa démission en décembre.

C’est ce qui a poussé la MRC à créer Montcalm Télécom et fibres optiques (MTFO), afin d’offrir graduellement des services internet haute vitesse à la population. Le tout grâce à des subventions gouvernementales.

Parmi les obstacles rencontrés pour arriver à brancher les régions, l’accès aux poteaux de Bell pour installer de la fibre optique complique parfois les choses.

« Quand un poteau n’est pas assez solide, ils ne veulent pas qu’on le change nous-mêmes, ça prend des fois 18 mois, dit-il. S’il y a deux poteaux sur un rang de 80 [poteaux] et qu’on ne peut avoir le permis, comment tu fais pour envoyer le signal au bout ? »

« Nous avons travaillé avec la MRC afin de fournir l’accès aux poteaux de Bell, a assuré la porte-parole de Bell, Caroline Audet. Toutes les demandes de permis pour accéder à notre infrastructure ont été traitées dans les délais prescrits par le CRTC », assure-t-elle.