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Des mères s’unissent contre la violence à Montréal-Nord

Zanouba Seid Djamous, Samah Aggoud et trois autres membres du groupe des mamans contre la violence à Montréal-Nord. Par crainte de représailles des gangs de rue, les trois dernières ont demandé l’anonymat.

Photo Olivier Faucher

Zanouba Seid Djamous, Samah Aggoud et trois autres membres du groupe des mamans contre la violence à Montréal-Nord. Par crainte de représailles des gangs de rue, les trois dernières ont demandé l’anonymat.

Des mères de Montréal-Nord terrifiées par la multiplication des fusillades dans leur arrondissement ont décidé de s’unir pour lutter contre la violence.

« Je ne veux pas que mon fils soit la prochaine victime, dit Selma, mère d’un adolescent de 14 ans. C’est un problème pour toutes les mamans ici. »

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Dans le secteur où elle habite, les gangs de rue ont longtemps été un problème, mais depuis la pandémie, la situation s’est aggravée. 

Au cours des six derniers mois, pas moins de 11 événements impliquant des coups de feu ont été recensés dans Montréal-Nord par notre Bureau d’enquête.

C’est pourquoi une trentaine de mamans ont formé un groupe de mobilisation contre la violence.

Elles font régulièrement pression sur les élus locaux pour qu’on s’attaque au problème. Elles tentent aussi de sensibiliser les jeunes à la présence de nombreuses familles dans le secteur dans l’espoir de prévenir la prochaine fusillade.

Mais parler publiquement dans le climat de tension actuel implique un risque d’être ciblées, selon elles. 

C’est pourquoi plusieurs mères interrogées par Le Journal ont souhaité qu’on ne révèle que leur prénom. Craignant des représailles pour elles ou leurs enfants, d’autres ont quitté le groupe de mères. 

« La peur est là et la sécurité n’est plus là du tout », constate Samah Aggoud, mère de quatre enfants.

Proie pour les gangs 

Privés d’activités en confinement, les jeunes de Montréal-Nord deviennent des proies faciles pour les gangs de rues, dénoncent-elles.

« Les enfants n’ont accès à rien. Ils cherchent autre chose », explique Saliha, mère de trois garçons.

« Avant, ils pouvaient faire du sport, ajoute Mme Aggoud. Il y avait des activités à l’école comme le soccer, le football. »

Plusieurs familles ont ainsi surveillé davantage leur ado et leur ont parlé de certains risques. 

« Je dis à mon garçon de ne pas se chicaner avec les autres et de revenir à la maison directement après l’école », raconte Selma.

Le groupe a déposé cette semaine une pétition sur le site web de l’Assemblée nationale pour faire valoir leurs revendications. Elles aimeraient inviter le premier ministre François Legault à venir constater la situation dans leur quartier.

« À partir du moment où tu as des mamans qui disent qu’elles n’en peuvent plus, je pense que c’est très révélateur du climat en ce moment », souligne la députée libérale de Bourassa-Sauvé, Paule Robitaille, qui parraine la pétition.

Des pistes de solution 

Celle-ci demande au gouvernement, entre autres, d’offrir aux jeunes des emplois valorisants et de rehausser le financement des organismes locaux. 

La députée insiste sur l’impact disproportionné de la pandémie dans ce secteur particulièrement défavorisé de Montréal--Nord, où les familles à faible revenu avec un enfant de 0 à 5 ans représentent 53,4 % de la population. 

« Tu ne peux pas faire du mur-à-mur. Ce qui marche à Outremont ne marche pas à Montréal-Nord. »