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Des survivantes se battent pour que leur agresseur reste en prison

GEN - FEMME VICTIME D'UN AGRESSEUR

Photo Martin Alarie

Des survivantes du « violeur au dentier », un délinquant sexuel multirécidiviste qui aurait agressé au moins huit femmes, craignent que la justice l’échappe en permettant à leur assaillant de retrouver de nouveau sa liberté.

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« Jacques Groleau, c’est un récidiviste depuis 1981. Il a 40 ans d’histoire criminelle comme délinquant sexuel. La seule chose qu’il a démontrée jusqu’à présent, c’est qu’il récidive dans 100 % des cas », déplore l’une des survivantes de celui qui a été surnommé de « violeur au dentier » et dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication.

Il y a quelques semaines, elle et une autre victime de Groleau ont appris que son agresseur pourrait quitter l’établissement à sécurité maximale où il est détenu, pour aller dans une maison de transition. Car celui-ci pourrait obtenir une libération d’office après avoir purgé les deux tiers de sa peine, soit 10 ans.

« Tout d’un coup, on aurait dit que le monde s’écroulait. J’essayais de m’y préparer, mais c’est sûr que c’est très difficile, ça fait revivre toute sorte de choses » raconte celle qui fait partie de la 2e génération de femme que Jacques Groleau a attaqué.

À quelques jours de la décision de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, les deux survivantes veulent tout faire pour éviter qu’une autre génération de femmes soit victime de Groleau.

Elles rédigent présentement leur déclaration qui servira, notamment, aux commissaires dans leur prise de décision.

« J’ai de l’espoir [qu’ils restent en prison], mais j’essaie de ne pas m’y accrocher, car il y a quand même 95 % de chance qu’il sorte », confie l’une des survivantes de la 3e génération de victime.

Lourd passé

Ce prédateur sexuel, âgé aujourd’hui de 59 ans, agressait les femmes, principalement sur le Plateau – Mont-Royal à Montréal, et aurait fait au moins huit victimes.

Condamné pour vol qualifié et viol en 1981, Jacques Groleau passe derrière les barreaux. Cinq ans plus tard, en 1986, il s’échappe pendant trois jours et fait deux nouvelles victimes lors de son évasion. Il sera condamné à 15 ans de prison pour ces crimes, et purgera deux ans de plus pour mauvais comportement en prison.

Libéré, Groleau agresse sexuellement cinq femmes entre novembre 2008 et septembre 2010.

Pour une seconde fois, celui que l’on a surnommé le « violeur au dentier », car une de ses victimes avait réussi à lui arracher sa prothèse dentaire, reçoit une sentence de 15 ans de réclusion criminelle en 2011.

Se battre pour les femmes

« Si la justice et le système ne sont pas capables de mettre leur culotte et d’être fermes avec des délinquants sexuels comme Jacques Groleau, ce n’est pas demain que les femmes vont être protégées », martèle l’une des survivantes.

Pour la deuxième survivante du « violeur au dentier », il n’y a pas de doute, « il va récidiver s’il est libéré ».

« Ça va prendre combien de femmes violées pour que le système de justice fasse quelque chose pour protéger les futures victimes ? » souffle-t-elle.

Des déclarations douloureuses pour les survivantes  

Le processus de libération conditionnelle auquel doivent faire face les victimes d’actes criminels est douloureux pour ces dernières qui déplorent le manque de soutien qui leur est offert.

Avant qu’un détenu puisse être libéré par la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC), les victimes peuvent rédiger une déclaration remise aux commissaires afin de leur faire connaître les traumatismes et impacts qu’a eu l’agression sur leur vie. Mais aussi de faire des recommandations sur les conditions auxquels leur agresseur devrait se plier pour se retrouver dans la communauté.

Mais pour les survivantes, cette déclaration ne vient pas sans son lot de souffrance, sachant en plus que leur agresseur peut lire ces documents.

« C’est beaucoup de temps et d’énergie. Ça ramène aussi beaucoup de mauvais souvenirs quand on parle notamment des impacts que l’agression a eus sur nos vies, de flash-back d’agression. Quand on termine de l’écrire cette déclaration, on revit cette intensité d’émotions et c’est assez difficile à gérer », confie une survivante de l’agresseur sexuel multirécidiviste Jacques Groleau, condamné en 2011 à 15 ans de prison.

Ayant purgé les deux tiers de sa peine, celui qui l’a agressé pourrait être libéré d’office.

Car selon la loi, « les délinquants sous responsabilité fédérale condamnés à une peine d’emprisonnement d’une durée déterminée [doivent être] mis en liberté, sous surveillance, quand ils ont purgé les deux tiers de leur peine ».

Manque d’écoute...

Pour Stéphanie Tremblay, agente de liaison pour le Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, une grande partie des victimes ne se sentent pas assez soutenues.

« Les besoins des survivantes doivent être davantage entendus dans tout le parcours judiciaire, du début à la fin, explique-t-elle. Actuellement, c’est quelque chose qui est déficient dans le système. »

... et de reconnaissance

En plus de ne pas se sentir assez accompagnées par le système lors de cette épreuve, les deux victimes avec qui Le Journal s’est entretenu déplorent que leurs voix ne soient pas mieux entendues par la CLCC.

« J’ai appris qu’il n’y avait pas d’audience aux deux tiers de la sentence, donc ça a été une grosse épreuve pour moi d’accepter que tout ce que je pouvais faire c’était écrire un bout de papier », regrette l’une d’elles.

Une autre survivante estime qu’en prenant la décision de libérer d’office son agresseur, le système nie l’existence de victime et de survivance.

Toutefois, pour ces deux femmes, il était impensable de ne pas faire tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher leur agresseur de faire de nouvelles victimes.