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COVID-19: le mari d'une préposée tué par le virus qu’elle craignait

Une préposée aux bénéficiaires vit avec le lourd sentiment d’avoir «tué» son mari, après lui avoir vraisemblablement transmis la COVID-19 sans le vouloir.

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«Il aurait pu faire encore un bout avec moi, mais c’est la COVID qui l’a achevé», déplore Guylaine Minier, 62 ans, encore très peinée par la perte de son mari des 27 dernières années.

Depuis le décès de «l’homme de sa vie» le 30 décembre dernier, Mme Minier vit avec un douloureux sentiment de culpabilité. «[...] c’est moi qui l’ai tué. J’ai amené ça à la maison», ajoute-t-elle, la voix étouffée par les sanglots.

Préposée aux bénéficiaires à Mont-Tremblant depuis 21 ans, Mme Minier était aussi aidante naturelle pour son mari, André Lainesse, âgé de 83 ans, aux prises avec des problèmes cardiaques et de l’arthrose.

«C’était ma plus grande anxiété de ramener ça [la COVID-19] ici [à la maison]», mentionne-t-elle.

Malheureusement, le pire est arrivé le 17 décembre, alors que son test de dépistage à la COVID-19, effectué à son lieu de travail, s’est avéré positif.

«Je me suis mise à pleurer toutes les larmes de mon corps. L’anxiété a monté en flèche», raconte-t-elle.

Les heures qui ont suivi ont ensuite été « catastrophiques », confie Mme Minier qui a été foudroyée par le virus.

«Je me suis sentie très fatiguée, j’avais des maux de tête, perte d’odorat, d’appétit et beaucoup de fièvre», dit-elle.

GEN - GUYLAIN MINIER

Photo Martin Alarie

«Descente aux enfers»  

À son grand désespoir, son mari présentait lui aussi des symptômes.

«Il s’est mis à tousser, il était confus. Sa respiration était difficile. Je voyais bien que là, c’était la descente aux enfers», se désole-t-elle.

Hospitalisé d’urgence, M. Lainesse a été rapidement transféré aux soins palliatifs. «Je le savais bien que c’était un point de non-retour», affirme-t-elle.

Quelques jours plus tard, faisant toujours de la fièvre et ayant de la difficulté à respirer, Mme Minier a aussi été hospitalisée. «Je faisais juste pleurer, je n’avais plus d’énergie, je n’avais plus de force», dit-elle.

«Je te laisse partir»  

Bien que toujours «très faible», elle obtient son congé deux jours plus tard et, dans les jours suivants, se rend de peine et de misère au chevet de son mari, qui est «sur le point de partir».

«Ça me déchirait de devoir le quitter, mais je devais me reposer. [...] Il m’a parlé une fois et ensuite, il a perdu l’esprit. Il était très en douleurs», dit-elle.

«Je me suis penchée et je lui ai dit : je t’aime mon amour, tu peux partir, je te laisse partir», dit-elle, la voix nouée par le chagrin.

Devant la gravité de son état, le personnel médical a amorcé le «protocole de morphine».

En soirée, l’infirmière a appelé Mme Minier pour lui annoncer que son mari était décédé. «J’étais toute seule. Je n’ai pas pu être à ses côtés quand il est mort», dit-elle, peinée.

Donner sans compter  

Même après avoir vécu ce drame, Mme Minier est maintenant de retour au travail, pour briser la solitude qui lui «pèse lourd», mais aussi pour «donner et recevoir de l’amour».

«Je n’ai pas d’enfant, c’est ma façon à moi de me sentir heureuse», dit la préposée, dévouée dans son travail. «Mais, c’est certain que je vais trouver ça dur de voir quelqu’un mourir», poursuit-elle.

Alors que plusieurs régions du Québec ont récemment basculé en zone orange, Mme Minier insiste sur le fait qu’il ne faut pas «sous-estimer» le virus.

«Il faut toujours être vigilant. C’est notre responsabilité», conclut-elle. 

Le drame en dates           

  • 17 décembre | Guylaine Minier reçoit un résultat de test positif à la COVID-19.     
  • 18 décembre | Son mari, André Lainesse, l’a aussi contractée. Il est hospitalisé d’urgence.     
  • 19 décembre | Son mari est transféré aux soins palliatifs.     
  • 21 décembre | Mme Minier est aussi hospitalisée.     
  • 23 décembre | Elle obtient son congé de l’hôpital et retourne seule à la maison.     
  • 29 décembre | Elle se rend quelques heures au chevet de son mari, inconscient.     
  • 30 décembre | Mme Minier, toujours très malade, retourne voir son mari à l’hôpital en après-midi. Il décède en soirée, vers 22 h.