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Délestage : «c'est évident qu'il va y avoir des drames»

Les cas comme celui de la comédienne Rosine Chouinard-Chauveau, décédée dans l’attente d’une chirurgie, risquent de se multiplier en raison du délestage de plusieurs activités, craignent des médecins à la vue des listes d’attente qui ne cessent de s’allonger.

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«On a toutes les raisons de penser qu’effectivement, ces derniers mois, il y a des gens qui sont devenus de plus en plus malades et qui sont potentiellement décédés d’une pathologie évolutive, en raison de la pandémie et du système de santé qui était de plus en plus sous pression», a constaté lundi le Dr Michaël Bensoussan, gastro-entérologue à l’hôpital Charles-Le Moyne.

Simplement dans sa spécialité, le Dr Bensoussan indique que le délestage a sérieusement allongé les listes d’attente pour les coloscopies, soit les tests de dépistage du cancer du côlon.

«On commence à entendre parler des drames et c’est évident qu’il va y en avoir», craint-il.

«Pour rattraper cette liste d’attente, il va falloir être inventif, ajoute le médecin. Il va falloir faire des quarts de soir et même de week-end. Il va falloir multiplier les contrats qui sont déjà présents avec des cliniques en dehors des hôpitaux.»

Ce qui pose actuellement le plus problème, mentionne le spécialiste, ce sont les chirurgies qui nécessitent une hospitalisation.

«Le gouvernement a fait de gros efforts – et ça marche assez bien – pour qu’on puisse diminuer les listes d’attente pour tout ce qui se fait sans passer de nuits à l’hôpital, explique-t-il. Par contre, il y a beaucoup d’interventions qui nécessitent une hospitalisation d’un, deux, quatre ou cinq jours. Ça, pour l’instant, on n’a pas de solution et on ne voit pas arriver de plan.»

Au cœur de la pandémie, le Québec a délesté jusqu’à 70 % de ses activités au sein du système de santé. Actuellement, en gastro-entérologie, le gouvernement a demandé de revenir à un délestage de 20 % des activités.

«Ce qu’on est en train de dire, c’est qu’avec le retard accumulé pendant la pandémie, il va falloir trouver un moyen de rouler pendant quelque temps à 110 %, 120 %, voire 130 %, note le Dr Bensoussan. Avec un personnel qui est sous tension depuis des mois, des infirmières qui ont démissionné, des médecins qui sont épuisés et des locaux qui sont pleins, la tâche est longue.»

La baisse du nombre de nouvelles contaminations est selon lui le moment idéal pour mettre en place une stratégie afin de revenir le plus rapidement possible à ce qu’auraient dû être les listes d’attente sans pandémie.

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