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Masque, politique, inégalités: quelques raisons du bilan américain de la COVID-19

Après avoir annoncé leur premier mort connu de la COVID-19 le 29 février 2020, dans la région de Seattle, les États-Unis ont franchi lundi la barre symbolique des 500 000 morts.

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Pourquoi la première puissance mondiale détient-elle le triste record du nombre de décès connus de la maladie? Quelles premières leçons les spécialistes américains tirent-ils de cette année de pandémie? 

Pourquoi les États-Unis ont-ils été si durement frappés?

Pour le docteur Joseph Masci, qui a combattu toutes les épidémies depuis le sida, aujourd'hui un des responsables de l'hôpital Elmhurst de Queens - au coeur de l'épidémie à New York -, la pandémie de COVID-19 a présenté un élément de surprise.

Avant la pandémie, les États-Unis observaient les coronavirus «de loin», dit-il. Il y avait eu très peu de cas de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère, un coronavirus détecté en 2002) au Canada. «Et là, soudainement, les États-Unis se retrouvaient à l'épicentre du problème».

La réaction «désordonnée» du gouvernement Trump n'a pas aidé. «Dans un pays comme le nôtre, avec 50 États, une surface immense, un réseau d'hôpitaux largement privés, ça allait être difficile de rassembler tout le monde autour des mêmes stratégies.»

«Le fait que les hôpitaux se faisaient concurrence pour obtenir des équipements de protection n'avait aucun sens. Il aurait fallu centraliser ça très vite, et ils ne l'ont pas fait», dit-il.

Pour lui comme pour la docteure Michele Halpern, spécialiste des maladies infectieuses dans un hôpital de la banlieue new-yorkaise où l'épidémie arriva en force dès février 2020, une des erreurs a été de laisser le port du masque devenir «une question politique».

Avec ses revirements, son scepticisme affiché sur le virus et les gestes barrières, la gestion par Donald Trump de la crise sanitaire a été vivement critiquée.

«Ce n'est pas difficile de porter un masque, on s'habitue. Mais il faut faire comprendre aux gens que c'est important», dit la Dre Halpern.

Quelles premières leçons tirer de la crise?

Pour Joseph Masci, le premier enseignement a été d'apprendre à reconfigurer les hôpitaux pour pouvoir faire face à un afflux soudain de patients.

«Nous participons à des exercices de préparation aux catastrophes (...), on a fait beaucoup d'exercices, mais on n'en avait jamais fait pour simuler ça - passer soudain de 12 lits de soins intensifs à 150, avec le personnel et les équipements nécessaires.»

Au fil des mois, le groupe d'hôpitaux publics dont Elmhurst fait partie a trouvé des stratégies pour répartir le fardeau entre les 11 hôpitaux publics new-yorkais.

AFP

Plus généralement, dit Michele Halpern, «nous devons nous rendre compte que les hôpitaux ont besoin de ressources (...) Il faut investir dans la recherche, mais aussi dans les hôpitaux, les maisons de retraite, il faut avoir suffisamment de personnel, et qu'ils aient les équipements dont ils ont besoin».

L'épidémie a aussi étalé au grand jour aux États-Unis les inégalités face à la santé, notamment en matière de logement, qui affectent surtout les minorités noire ou hispanique, souligne le Dr Masci. La promiscuité provoquée par des logements trop petits rend difficile le respect des gestes barrière et il faut envisager des manières d'adapter le logement face aux futures épidémies «car il y en aura d'autres», dit-il.

Portera-t-on encore des masques à la fin de l'année?

Malgré l'accélération de la campagne de vaccination, les incertitudes entourant les variants britannique et sud-africain poussent les experts à rester prudents.

Sans ces derniers et avec plus de 70% de la population vaccinée, il y aurait «de bonnes chances qu'on ne porte plus de masques» fin 2021, dit Joseph Masci. S'ils s'installent, il devient «beaucoup plus difficile de dire qu'on sera tiré d'affaire» en décembre.

«J'espère que les vaccins seront efficaces, mais c'est difficile d'être sûr qu'ils le seront sur le long terme ou sur les nouveaux variants», dit la Dre Halpern. «Il faut se préparer à ce que ça dure encore un moment.»

Pour le long terme, dit le Dr Masci, «il ne «faudra pas tomber dans le piège de l'oubli» en ne pensant plus à l'épidémie une fois passée. 

«Il est troublant de penser que tout cela est arrivé sans avertissement. (...) Il faut vraiment qu'on ait un système mondial de détection des pathogènes, car on vit à une époque où on ne peut plus dire - "il y a quelque chose qui se passe en Asie, qui n'affectera pas l'Amérique"».