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Cinq ans et demi de détention pour un kidnappeur de femmes

enlèvement

Photo courtoisie

Un Montréalais qui a harcelé une femme pendant des mois, et qui en a enlevé et séquestré une autre sous la menace d’une arme, a récemment été condamné à cinq ans et demi de détention. Une peine nettement insuffisante aux yeux des victimes, toujours hantées par la peur, un an et demi plus tard.

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«Son plan, la prochaine fois, il ne va pas le manquer. [...] J’ai peur d’être enlevée, j’ai peur d’être violée, j’ai peur d’être torturée, j’ai peur d’être tuée. Je vais avoir peur de ça toute ma vie quand il va sortir de prison. Si ce n’est pas moi, ça va être quelqu’un d’autre», a témoigné Zoé (nom fictif), au palais de justice de Montréal. 

Ghislain Laplante.
Détenu

Photo tirée de Facebook

Ghislain Laplante. Détenu

Les mots de l’enseignante de profession frappent l’imaginaire, mais sa crainte, elle, est bien réelle et profondément ancrée.

Le 5 septembre 2019, Ghislain Laplante avait tout prévu pour la garder captive pendant trois mois, dans un chalet des Cantons-de-l’Est.

L’homme de 40 ans avait une fixation sur cette mère de famille dans la trentaine, au point où il l’inondait de textos et la suivait dans ses parcours de jogging.

Se sentant rejeté par celle sur qui il avait jeté son dévolu, Laplante a élaboré un plan diabolique pour l’enlever, la séquestrer et donner libre cours à son esprit tordu.

Il s’était muni d’une arme à air comprimé, d’un couteau de chasse, de menottes, de jouets sexuels, de vêtements pour femme, de condoms et de lubrifiant, notamment.

Quand Laplante s’est rendu compte qu’il ne pourrait pas concrétiser son plan avec Zoé, il s’est rabattu sur une autre femme dans la vingtaine, qui œuvrait auprès de son fils. 

Vicky (nom fictif) a donc été enlevée à la place de Zoé, tout près de son lieu de travail à Montréal. 

En mode survie 

Faisant preuve d’un incroyable sang-froid, la jeune psychoéducatrice a fait mine de devoir recharger la batterie de son véhicule électrique sur la Rive-Sud avant de continuer leur chemin vers l’Estrie.

Elle a profité d’un bref instant de nonchalance du ravisseur pour s’enfuir à toutes jambes vers une quincaillerie, où elle a pu appeler les secours. 

«Si, pour vous, j’ai eu l’air courageuse et vive d’esprit cette journée-là, pour moi c’était de la survie. Ma vie en dépendait et j’ai agi sur le pilote automatique», a écrit Vicky dans une lettre lue à la cour.

Emprisonné depuis le crime, Laplante a récemment écopé d’une sentence «juridiquement raisonnable» de cinq ans et demi de pénitencier, desquels deux ans de détention préventive ont été retranchés.

Devant la juge Karine Giguère, le procureur Jérôme Laflamme a candidement avoué qu’il pensait réclamer une sentence deux fois plus longue, mais que cela n’aurait pas représenté la jurisprudence. 

«Moi aussi, j’ai été fort étonnée de voir que les peines en semblable matière pour des individus sans antécédents judiciaires, dans le contexte des infractions, étaient dans une fourchette de trois à cinq ans», a noté la magistrate, tentant tant bien que mal de rassurer les victimes. 

Laplante a aussi tenté de le faire, par l’entremise d’une lettre lue par son avocat. «Aujourd’hui, je reconnais à quel point ce que j’ai fait est terrible. [...] Je voudrais exprimer mes regrets, qui sont profonds et sincères, malgré le cliché que ça représente», a-t-il soutenu, souhaitant un «avenir lumineux» aux deux jeunes femmes.

Regrets et compassion 

Il est aisé de comprendre que Zoé puisse douter de sa sincérité, car Laplante a utilisé les mêmes mots le jour du crime pour lui faire part de ses sombres intentions.

«Mon crime est horrible et ma demande de compassion peut sembler ironique, pourtant elle ne l’est pas, avait-il écrit à Zoé quand il était dans la voiture avec Vicky.

«Avec un peu de compassion, sans doute, j’aurais encore une vie et je n’aurais pas détruit autant de vies autour de moi.» 

Témoignages poignants  

«J’ai peur. Je vais être condamnée à regarder par-dessus mon épaule»

– Zoé, victime de harcèlement

«Je considère qu’il y a une [Vicky] avant le 5 septembre 2019 et une [Vicky] après, changée et marquée»

– Vicky, victime d’enlèvement