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«Une décision que j’assume» - Marc Bergevin

On s’en doutait un peu. Comme les partisans et tous ceux qui suivent les activités de l’équipe, Marc Bergevin avait noté une baisse de régime au sein de ses troupes au cours des dernières semaines. Et comme ça arrive souvent en pareille situation, Claude Julien et Kirk Muller, son associé, se sont fait montrer la porte de sortie.

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«Oui, oui, oui. Il y a eu de l’émotion», s’est contenté de répéter Marc Bergevin, rendu disponible mercredi par visioconférence, lorsque l’auteur de ces lignes lui a demandé si sa discussion avec ses deux hommes de hockey avait été émotive.

On le sait. Même si son boulot l’amène à prendre des décisions d’affaires pour le bien de l’équipe, Bergevin est conscient qu’elles peuvent chambouler la vie d’une famille.

Ce n’est donc pas de gaieté de coeur qu’il a posé ce geste. Il a même raconté avoir difficilement trouvé le sommeil avant de rencontrer Muller et Julien au petit matin. Toutefois, ce qu’il a vu de son équipe au cours des derniers matchs le sommait d’agir.

«J’ai vu une équipe qui était perdue, une équipe qui manquait de direction, a indiqué Bergevin, en poste depuis mai 2012. Ce sont des choses qui arrivent dans le sport professionnel. Après un moment, les entraîneurs continuent de donner des directives, mais le message ne passe plus.»

Après un impressionnant début de saison au cours duquel il a maintenu un dossier de 7-1-2, le Canadien s’est empêtré. Dans les quatre matchs précédant la pause de six jours de la mi-février, il n’a remporté qu’une seule victoire. Même s’il voyait déjà quelque chose ne tournait plus rond, Bergevin a choisi de laisser son groupe d’entraîneurs intact.

«J’ai voulu donner à Claude et Kirk une véritable chance. Je ne voulais pas tirer sur la gâchette trop rapidement. Je croyais que cette semaine leur permettrait de renverser la situation», a-t-il souligné, démontrant ainsi qu’il avait longuement mûri sa décision.

L’effort y était encore, mais... 

Plusieurs fois au cours de son point de presse d’environ 45 minutes, Bergevin, dont la décision finale a été prise au cours de la nuit de mardi à mercredi, a évoqué ce mot: message.

Pour éviter que tout le monde ne s’emporte, il a pris soin de préciser que Julien n’était pas un mauvais communicateur.

«Souvent, le message est le même. Ça prend simplement une voix différente pour le faire passer d’une autre façon», a-t-il déclaré.

D’ailleurs, il assure que le pilote franco-ontarien n’avait pas perdu son vestiaire. Il en tient pour preuve le dernier match à Ottawa. Il soutient que ses joueurs ont fourni l’effort et qu’ils ont travaillé. Ce qui n’est pas le cas lorsqu’une mutinerie s’installe.

«Malgré les efforts, j’ai vu des choses qui se reproduisaient constamment. Des choses qui avaient besoin de changer.»Une nouvelle génération

Bergevin n’a pas eu à chercher bien loin pour effectuer la passation de pouvoir. Il a remis les rennes de l’équipe à Dominique Ducharme qui, depuis avril 2018, occupait l’un des postes d’adjoint à Claude Julien.

Le Joliettain de 47 ans occupera le poste de façon intérimaire jusqu’à la fin de la saison. Il aura donc quelques mois pour faire la preuve qu’il est l’homme de la situation.

«Quarantaine ou pas, Dominique était mon choix. La raison est simple: c’est un entraîneur de la nouvelle génération, une nouvelle voix et un bon communicateur. Il a gravi tous les échelons et a connu du succès au niveau junior», a énuméré le directeur général du Canadien.

Alex Burrows s’amène également en renfort. Adjoint à Joël Bouchard avec le Rocket de Laval, il aura pour mandat de redonner du tonus à l’attaque massive.

«C’est un autre jeune entraîneur. J’ai aimé ce que j’ai vu de lui à Laval. J’adore son enthousiasme», a énuméré Bergevin.

Ducharme jusqu'à la fin de la saison       

C’est sûr «à 100%» que Dominique Ducharme sera à la barre du Canadien de Montréal jusqu’à la fin de la saison.

Si le terme «intérim» est employé, le directeur général Marc Bergevin est clair : il a pleinement confiance envers Ducharme pour la suite. En bref, on pourrait voir le Québécois comme entraîneur-chef du Tricolore pendant des années.

La pression sur Bergevin 

Bergevin a également craint que son groupe glisse de la même façon que l’an dernier. On se rappellera que deux séquences de huit matchs sans victoire en l’espace d’un mois et demi avaient pratiquement anéanti les chances du Canadien de participer aux séries éliminatoires.

«Ça arrive d’avoir un passage à vide. C’est difficile de jouer de la même façon tous les soirs. Mais j’ai remarqué des choses que j’avais déjà vues dans le passé. Des mauvaises habitudes similaires à celles que nous avions lors de nos deux séries de défaites. Donc, je ne voulais pas attendre plus longtemps.»

On peut le comprendre. Dans une campagne de 56 rencontres, au cours de laquelle toutes les rencontres sont disputées au sein de la même division, pareille léthargie signerait l’arrêt de mort.

«C’est certain que le fait que nous soyons déjà rendus au quart de la saison a pesé dans la balance. C’est une saison courte et nous avons placé la barre haut. Nous avons des objectifs élevés.»

En montrant la porte de sortie à Julien, qu’il avait embauché le 14 février 2017, Bergevin est conscient que le dernier rempart vient de tomber. Il a acquis les joueurs qu’il croyait être en mesure de faire du Canadien une équipe compétitive, puis il a fini par congédier son entraîneur. Advenant que les insuccès se poursuivent, il sera assurément le prochain à tomber.

«Je n’ai aucun contrôle là-dessus. En tant que directeur général, je prends les décisions que j’assume et je vis avec les conséquences. Je n’ai aucun problème à mettre ma tête sur la bûche. J’ai confiance en Dominique. Je prendrai les responsabilités qui découleront de mes décisions.»

Ce sont les 38 derniers matchs de la saison qui feront foi de tout.