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La SQ débarque chez Desjardins

 Les policiers ont passé quatre jours et trois nuits dans les bureaux de Desjardins à Montréal pour mener une discrète perquisition la semaine dernière, dans le cadre de l’enquête sur le vol massif de données personnelles des clients du Mouvement.

Les enquêteurs de la Sûreté du Québec (SQ), de la police de Laval et de la police de Montréal ont décidé de rester sur place 24 heures sur 24 afin de protéger l’intégrité de l’enquête, selon nos sources.

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En pleine perquisition, la SQ a présenté une requête à la cour mercredi dernier pour avoir accès à des documents auxquels Desjardins avait l’intention de lui refuser l’accès. Ils remontent jusqu’à octobre 2016.

Un ancien employé du marketing, Sébastien Boulanger Dorval, est soupçonné d’avoir dérobé des renseignements sur des millions de membres de l’institution financière.

La SQ s’intéresse de près à son ordinateur et son contenu, mais aussi à « des enregistrements de conversations avec des individus liés à Desjardins auxquelles il a participé », selon la requête.

C’est la première fois que des inspecteurs procèdent à des perquisitions chez Desjardins dans le cadre de l’enquête sur ce vol massif de renseignements.

Contacté vendredi dernier, le Mouvement a refusé de confirmer la perquisition.

« Ce que je peux vous dire, c’est que Desjardins a toujours collaboré avec la police », a simplement déclaré la porte-parole Chantal Corbeil.

La SQ a aussi refusé de commenter. 

La police s’adresse à la cour  

Les enquêteurs ont demandé à la cour d’encadrer l’examen du matériel saisi. Desjardins avait déjà allégué que « plusieurs des items recherchés étaient de nature privilégiée », selon la requête de type Lavallée qu’a elle-même présentée la police.

L’institution financière a invoqué le privilège avocat-client pour exclure certains éléments de la preuve amassée.

Pour les criminalistes qu’a contactés notre Bureau d’enquête, le fait que les policiers aient choisi de dormir sur place démontre le faible niveau de confiance qui règne entre eux et Desjardins, deux ans après le début de l’enquête.

« Ouais, il y a de la méfiance ! » s’étonne l’ancienne procureure Isabelle Briand. 

« C’est totalement inédit »  

C’est la première fois qu’elle entend parler d’une telle situation, tout comme le criminaliste Jean-Claude Hébert.

« Pour moi, c’est totalement inédit », dit-il.

Desjardins a tout intérêt à limiter la quantité d’éléments qui seront rendus publics dans le cadre d’un procès criminel, car ils pourraient ensuite être utilisés pour des recours collectifs, juge M. Hébert.

« C’est quand même des faits qui vont être établis publiquement, dit-il. D’autres avocats vont peut-être pouvoir dire : “On a des éléments de preuve pour démontrer une faute lourde” ».

–Avec Philippe Langlois et Michaël Nguyen

Plus de deux ans d’enquête... et ce n’est pas fini  

Fin 2018

Desjardins porte plainte à la police de Laval après une transaction suspecte.

Juin 2019

L’enquête se tourne vers un employé affecté au marketing, Sébastien Boulanger Dorval.

20 juin 2019

Desjardins annonce avoir subi un vol massif de données sur ses clients. Le Mouvement déclare alors que la fuite touche 2,7 millions de particuliers et 173 000 entreprises.

10 octobre 2019

Notre Bureau d’enquête et d’autres médias révèlent que des courtiers et prêteurs privés de Québec auraient racheté les informations volées pour cibler des clients.

1er novembre 2019

L’institution financière annonce que tous ses membres particuliers ont été victimes du vol de données, soit 4,2 millions de personnes.

3 décembre 2019

Desjardins annonce le départ du bras droit du PDG Guy Cormier, Denis Berthiaume, premier vice-président principal et chef de l’exploitation. Le premier vice-président des technologies de l’information, Chadi Habib, part aussi.

10 décembre 2019

Guy Cormier annonce que 1,8 million de détenteurs de cartes de crédit et 2 millions de clients d’assurances sont aussi victimes.

16 décembre 2019

Le PDG est réélu sans opposition à la tête du Mouvement pour quatre ans.

14 décembre 2020

La Commission d’accès à l’information du Québec (CAIQ) et le Commissariat à la vie privée du Canada concluent que le vol de renseignements chez Desjardins a finalement touché 9,7 millions de personnes, dont 7 millions de Québécois. 

« Desjardins était informée de la menace, elle n’a pas agi avec diligence », selon la présidente de la CAIQ, Diane Poitras. 

L’Autorité des marchés financiers ordonne à l’institution financière de « mettre en place une série de mesures correctives » pour rehausser la sécurité de l’information.