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Quarantaine obligatoire: l’ennui s’installe après 24 heures confiné

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Photo Hugo Duchaine

Notre journaliste a été envoyé en Floride vendredi pour raconter l’expérience d’un voyageur qui vit la quarantaine obligatoire dans un hôtel à son retour au pays. Voici la suite de son récit.

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Au moindre bruit, je me lance vers l’œil magique de la porte de ma chambre d’hôtel, juste pour chasser l’ennui... et regarder autre chose que l’autoroute 520 à la fenêtre, ne serait-ce que quelques secondes.

Car même avec un ordinateur portable, le WiFi, une télévision garnie de chaînes et un bon livre, je commence à tourner en rond après 24 heures confiné dans ma chambre de l’hôtel Aloft, près de l’aéroport Montréal-Trudeau.

La lecture me permet de me tenir occupé.

Photo Hugo Duchaine

La lecture me permet de me tenir occupé.

Hier, on m’a demandé si je me sentais comme dans une prison. Bien honnêtement, ce serait exagéré de dire oui. Et puis, personne ne surveille ma chambre.

Notre journaliste Hugo Duchaine a fait quelques exercices pour se dégourdir les jambes dans sa chambre d’hôtel.

Photo Hugo Duchaine

Notre journaliste Hugo Duchaine a fait quelques exercices pour se dégourdir les jambes dans sa chambre d’hôtel.

Pas une prison 

Il est possible de s’aventurer dans les corridors et même de descendre à la réception pour aller se chercher un café, personne ne nous en empêche.

On est loin de l’hôtel surveillé par les militaires comme en Nouvelle-Zélande ou du bracelet électronique pour traquer ceux qui entrent en quarantaine à Hong Kong.

Ici, la seule surveillance se fait par l’application ArriveCAN, avec laquelle un questionnaire nous demande de confirmer que nous sommes en quarantaine et nous rappelle les consignes. Je n’ai reçu aucun appel de Santé Canada, hier.

Besoin d’un chien 

Mais voulant tester les limites, j’ai pris ma plus belle voix pour appeler la réception et tenter de me négocier une courte marche à l’extérieur.

La vue depuis ma chambre d’hôtel.

Photo Hugo Duchaine

La vue depuis ma chambre d’hôtel.

Sans succès. Ici aussi, comme pour les Québécois sous couvre-feu, il faut un chien pour contourner les règles. La seule autre option pour une bouffée d’air est ironiquement de devenir fumeur.

C’est d’ailleurs le seul vice toléré ici. Car il n’y a aucun alcool sur place, le bar étant fermé... Certains voyageurs se mordront peut-être les doigts de ne pas avoir fait le plein au Duty free.

Moins de variétés 

Alors qu’à mon arrivée lundi, l’hôtel m’a fait parvenir un long menu, rempli de différents plats de poulet, poisson, pizzas, pâtes, poutines et j’en passe, la liste s’est rétrécie à cinq possibilités pour le dîner et le souper, hier, à l’intention de la vingtaine de voyageurs sur place.

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Photo Hugo Duchaine

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Photo Hugo Duchaine

Signe que je suis bel et bien rentré au Québec, j’ouvre la télévision à 13 h pour regarder le point de presse du gouvernement Legault. Malgré moi, je ressens un stress juste à entendre les mots « système de rendez-vous » et « ligne d’appel » ; le calvaire de 15 heures vécu pour réserver cette chambre encore trop frais dans ma mémoire.

Comme plusieurs Québécois, je suis fidèle au poste à 13 h pour regarder le point de presse de François Legault.

Photo Hugo Duchaine

Comme plusieurs Québécois, je suis fidèle au poste à 13 h pour regarder le point de presse de François Legault.

Même si plusieurs voyageurs se sentiront comme un chien danois dans une salle de bains, après 24 heures enfermés dans une chambre d’hôtel, je ne peux personnellement pas me plaindre. À peine plus grand m’attend dans mon 3 1⁄2 pour terminer les 14 jours de quarantaine, à mon départ du Aloft. 

Toutes les mesures sont respectées         

  • Pour ce reportage, j’ai respecté toutes les consignes sanitaires en vigueur afin d’éviter de contracter la COVID-19.     
  • J’ai obtenu un test négatif avant de partir, ainsi qu’avant de reprendre l’avion à mon retour.     
  • Je me suis inscrit sur l’application gouvernementale ArriveCAN et je suis les exigences relatives à ma quarantaine.     
  • Lorsque je quitterai l’hôtel, je me rendrai directement chez moi pour terminer les 14 jours d’isolement.          

Un compromis, selon des experts  

« C’est un compromis raisonnable », estime le virologue Benoit Barbeau, à propos de la quarantaine obligatoire à l’hôtel sans une surveillance accrue.

Selon lui, il serait trop compliqué d’escorter tout le monde pour s’assurer qu’on respecte les règles. Par exemple, les voyageurs dont la voiture est à l’aéroport peuvent repartir avec celle-ci pour se rendre à l’hôtel, mais rien ne les empêche de faire des arrêts dans des commerces, même si c’est interdit. Même chose pour le retour à la maison.

« Ils ne peuvent pas prendre la main des gens. On ne veut pas un État policier non plus », renchérit l’épidémiologiste Nima Machouf, qui estime qu’il faut se fier à la bonne foi des gens. 

« Si on oblige les gens à payer 2000 $ pour trois jours d’hôtel, c’est parce que c’est grave et on ne veut pas que vous alliez à gauche et à droite », poursuit-elle.