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Le premier ministre grec se défend d'avoir voulu «camoufler» une affaire de viols sur mineurs

Le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis s'est défendu jeudi devant le Parlement d'avoir voulu «camoufler» une affaire de viols en série sur mineurs, dans laquelle est impliqué l'ex-directeur du Théâtre national grec Dimitris Lignadis, nommé par son gouvernement.

Le premier ministre a accusé l'opposition et les médias de gauche dont nombreux ont réclamé «la démission» de la ministre de la Culture, Lina Mendoni, de traîner le débat public dans la «boue» et d'avoir répandu le «poison de la démagogie».

«Pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas limogé Lina Mendoni?», a lancé Alexis Tsipras, chef du parti de gauche Syriza soulignant que le gouvernement «n'a pas fait d'autocritique et n'a pas assumé la responsabilité politique» de ce scandale.

Le débat parlementaire se déroulait jeudi au moment où l'ancien directeur du Théâtre national, Dimitris Lignadis, devait être entendu par le procureur et répondre d'accusations de viols sur mineurs, parmi lesquels des enfants réfugiés.

Interrogé depuis ce week-end, il a nié encore une fois jeudi devant le tribunal avoir commis des abus sexuels et a prétendu qu'il n'était pas à Athènes lors des faits. Mais après l'audition de plusieurs témoins, durant toute la nuit, procureur et juge se sont mis d'accord pour mettre le célèbre metteur en scène en détention provisoire.

Dimitris Lignadis, 56 ans, a démissionné le 6 février de ses fonctions, évoquant un «climat toxique de rumeurs, d'insinuations et de fuites».

Les partis d'opposition reprochent au gouvernement d'avoir mis du temps à lancer l'enquête, ce qui aurait pu conduire à la destruction de preuves.

Le dirigeant du principal parti d'opposition, Alexis Tsipras, s'exprimant jeudi devant le Parlement, a estimé qu'il s'agissait d'un «scandale majeur avec une tentative de dissimulation» et a accusé le premier ministre d'«hypocrisie» et d'autres ministres d'avoir «menti» au public.

Depuis la mi-janvier, les dénonciations d'agressions sexuelles dans le milieu du sport et de la culture se multiplient en Grèce dans le cadre d'un #MeToo tardif, entamé par l'athlète Sofia Bekatorou, deux fois médaillée olympique de voile.

Elle avait déclaré avoir été victime à l'âge de 21 ans de «harcèlement et de violences sexuelles» de la part d’un membre de la fédération de voile dans sa chambre d'hôtel.

Mais l'affaire Lignadis est celle qui a provoqué le plus de remous jusqu'à présent.

Outre le volet concernant les soupçons de viols sur mineurs entre 2010 et 2015, le parquet d'Athènes enquête également sur des violences sexuelles sur des mineurs migrants non accompagnés, qui suivaient des cours de théâtre avec Dimitris Lignadis entre 2017 et 2018.

Pour combattre les agressions sexuelles, le premier ministre a annoncé jeudi une série de mesures qui seront mises en place prochainement: un alourdissement des peines pour les abus sexuels, l'instauration de plates-formes en ligne où il sera possible d'avoir de l'aide et de dénoncer des abus (metoogreece.gr, metoo.gov.gr), de codes de déontologie dans toutes les entreprises, et des cours d'éducation sexuelle dans toutes les écoles dès la rentrée prochaine.